Dans un climat politique étouffant où l’Assemblée nationale organise une minute de silence pour un militant de la mouvance néo-fasciste, les tribunes du Stade Vélodrome ont préféré rendre hommage aux nombreuses victimes de l’extrême droite, dont Ibrahim Ali, enfant de Marseille.
La réception de l’Olympique Lyonnais par l’Olympique de Marseille tombait à pic, ou pas. Quinze jours après la mort de Quentin Deranque, suite à un affrontement avec un groupe antifasciste dans les rues de Lyon, les médias dominants poursuivent une entreprise méthodique de diabolisation de la gauche radicale. Avec une rhétorique qui échappe à tout bon sens: les antifascistes seraient les “nouveaux fascistes”. Ce qui, à quelques jours d’élections municipales tendues, se traduit par des appels répétés du bloc bourgeois à “isoler La France Insoumise”.
Le duel entre l’OM et l’OL ce dimanche 1er mars au Vélodrome pouvait difficilement échapper à ce contexte. La rivalité entre les supporters des deux clubs revêt aussi une dimension politique. Les ultras marseillais sont connus pour leur engagement antiraciste alors que les tribunes lyonnaises sont des repaires historiques de l’extrême droite violente. Les deux virages marseillais avaient donc prévu plusieurs animations marquantes pour l’occasion. Dans le virage sud, secteur des South Winners (SW87), on pouvait lire les prénoms de plusieurs victimes de la haine raciste, fasciste ou antisémite: Clément Méric, Federico Martin Aramburu, Ilan Halimi, Angela Rostas ou Ibrahim Ali.
Ce dernier est un nom tristement connu dans la cité phocéenne. Ibrahim Ali est un jeune d’origine comorienne qui a été assassiné par balle par des colleurs d’affiches du Front National le 21 février 1995. Ce crime avait provoqué une certaine émotion. Dans le virage, dit virage “Depé”, le groupe Marseille Trop Puissant (MTP) lui a également rendu un hommage appuyé avec un tifo à son effigie, arborant le logo de l’antifascisme. Quelques mètres plus bas, un message: “31 ans après, Marseille ne t’oublie pas”.
Face à l’offensive “anti-antifasciste” largement relayée par la classe politique, les tribunes du Vélodrome rappellent simplement la réalité: l’extrême droite et ses nervis ont toujours tué. De Brahim Bouarram – jeté dans la Seine le 1er mai 1995 par des skinheads en marge du rassemblement du Front National en hommage à Jeanne d’Arc – à Djamel Bendjaballah et Hichem Miraoui, assassinés par des adorateurs des théories racistes et xénophobes. La sociologue Isabelle Sommier a recensé huit morts directement imputables aux diverses mouvances de droite radicale depuis 2022. Sur les quatre dernières décennies, 90% des morts attribuées à des militants politiques sont le fait de l’extrême droite.

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