Coupe du Monde 2026: pour un boycott collectif, offensif et alternatif
Plus de matchs, plus de profits, plus d’exclus. Après la Russie et le Qatar, la Coupe du Monde 2026, majoritairement organisée dans des États-Unis en […]





La reprise du football en Palestine annoncée pour le 4 septembre. Dans quelles conditions?
La Fédération Palestinienne de Football (PFA) a annoncé que la reprise du football de clubs était prévue le 4 septembre prochain, après quasiment trois ans d’interruption, sous la forme d’un tournoi. Alors qu’Israël ne compte pas mettre un terme à sa guerre génocidaire à Gaza, reprendre le football de compétition est une forme de résistance symbolique, malgré d’importants points d’interrogation. Trois ans après le déclenchement de la guerre génocidaire en représailles au massacre du 7 octobre, cette annonce soulève autant d’enthousiasme que de questions. Au vu de ce contexte, dans quelles conditions le football va-t-il pouvoir reprendre en Palestine ? Pour le moment, il ne s’agit pas de la reprise des championnats officiels, mais d’une compétition transitoire, sous la forme d’un tournoi: la Thousand Martyrs’ Cup (la “Coupe des Mille Martyrs”), qui doit débuter le 4 septembre. Comme son nom l’indique, cette compétition rend hommage aux membres de la communauté sportive palestinienne tués par l’armée israélienne ces trois dernières années. Il n’y aura pas de montée ni de relégation. Selon le souhait de la PFA, il devrait concerner l’ensemble des territoires palestiniens: la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem. Dans une bande de Gaza détruite à 80%, avec la quasi totalité des infrastructures sportives inutilisables, cet objectif va être délicat à tenir. Première pierre d’une reconstruction du football palestinien Les principaux clubs gazaouis se sont déclarés prêts à participer malgré cette absence d’installations en état, mais ils ont récemment réussi à reprendre une activité footballistique à travers des évènements ponctuels et l’organisation en juillet dernier du championnat de beach soccer sur le terrain du club maritime. Mais il est évident que la condition sine qua non pour participer à cette Thousand Martyrs’ Cup repose sur la possibilité matérielle et sécuritaire de jouer. La PFA doit notamment composer avec les épineuses questions des déplacements empêchés, mais aussi de l’état des terrains et des moyens financiers des clubs. Le financement serait un des problèmes majeurs. Les clubs, qui ont très peu de ressources, devraient recevoir de l’aide de l’Autorité palestinienne, voire bénéficier de certains programmes de la FIFA et de l’AFC, afin de fournir aux clubs un minimum pour les joueurs et les déplacements, mais aussi la remise en état des installations. Cette date du 4 septembre est voulue comme la première pierre d’une reconstruction progressive du football palestinien, sans garantie réelle que tous les matches pourront se jouer. La présence des clubs de la bande de Gaza est forcément incertaine. Ce tournoi a une évidente portée symbolique, la reprise du football devient l’expression d’un peuple qui se tient debout, malgré plus de 70 000 morts, dont un nombre important d’enfants.
Turin: Le Regaldi, un bien commun à défendre
Cette interview de Riccardo, membre du Dopolavoro 47 FC, est extraite de “Campi di Provincia”, fanzine de l’ASD Aurora Vanchiglia, un club antifasciste et antisexiste basé à Turin. On y découvre le projet du Regaldi, un complexe sportif autogéré au cœur de Barriera Di Milano, un ancien quartier ouvrier aujourd’hui marginalisé. Alors, qu’est-ce que le Regaldi ? “Le Regaldi est un lieu unique dans le paysage turinois. Ces dernières années, nous assistons à une privatisation des infrastructures publiques, surtout sportives, et c’est restée l’un des rares équipements municipaux encore accessibles et publiques. Récemment, les différentes associations qui le font vivre se sont retrouvées dans une situation très précaire, car le complexe risquait – et risque toujours – d’être privatisé. Depuis 2021, le Regaldi est autogéré par un groupement d’associations (entre 12 et 14) qui en obtiennent chaque année la concession d’utilisation par la circonscription n°6 du Turin. Malgré le nombre et la variété des associations, nous avons entrepris cette démarche autogestionnaire et nous nous sommes lancés dans ce défi. Bien que la nature des associations soit diverse, nous partageons et portons toutes et tous une même idée du sport: pour nous, le sport est une promotion du territoire et des liens sociaux, et il doit rester le plus éloigné possible des logiques marchandes. Ce parcours autogestionnaire est devenu pour nous une école de la vie et un laboratoire de promotion sociale, où règne un travail authentique, loin de l’opportunisme et de la satisfaction d’intérêts personnels.” “Quelque chose de nouveau et à contre-courant” “Au fil du temps, les nombreuses associations ont réussi à converger vers un projet commun, poussées par le désir d’avoir un impact réel sur la société. À partir d’un manifeste écrit ensemble, nous avons d’abord défini ce que nous entendons par autogestion et en quoi le sport peut être un vecteur important pour renouer ces liens sociaux qui se perdent: dans un monde où nous restons de plus en plus seuls et isolés, et où les déplacements sont souvent liés au travail et à la productivité, un lieu comme celui-ci permet à la fois de faire du sport, mais surtout de croiser des associations et des histoires différentes, et ensemble, de créer quelque chose de nouveau et à contre-courant. Cette histoire d’autogestion qui vient tout juste de commencer nous remplit d’enthousiasme, malgré l’effort qu’elle demande : tant en termes d’engagement, car nous devons sans cesse nous remettre en jeu, que dans la coordination entre nous, en tenant compte des différents points de vue. Mais c’est un défi auquel nous croyons et qui, pensons-nous, peut nous emmener très loin.” En discutant avec des groupes de jeunes de diverses nationalités, j’ai été surpris de voir à quel point le football et le sport en général avaient été importants dans leur vie: à la fois pour se retrouver et pour s’intégrer, par exemple en apprenant la langue en jouant. Cela m’a surpris parce que le football de haut niveau perd complètement cette magie. Pour toi, comment ces deux façons de concevoir le football peuvent-elles cohabiter ? “J’appartiens à cette part importante de la population qui a toujours eu un grand amour pour le football, car c’est pour moi avant tout un sport populaire qui appartient à la rue, mais aussi un moyen d’être ensemble. Depuis tout jeunes nous apprenons à taper dans un ballon (certains même avant d’apprendre à courir!), mais malheureusement, le football nous a été arraché des mains: je pense aux grandes équipes de Serie A, aux joueurs d’aujourd’hui, au mercantilisme qui l’entoure. Ce n’est pas le football que j’aime et qui me fait battre le cœur. Il y a un rejet de ce point de vue, et je crois que dans beaucoup d’endroits est en train de naître ce qu’on appelle le “calcio popolare” comme expression de ce rejet. Je voudrais citer un concitoyen, Antonio Cassano, à qui l’on a demandé : “Quand as-tu arrêté de t’amuser en jouant au ballon ?”, il a répondu : “Quand j’ai arrêté de jouer dans la rue.” Voilà, ici au Regaldi, nous essayons de revenir à la rue et à la communauté, en tissant des relations, des projets et des émotions. Je suis convaincu que le football peut même changer le territoire: je pense à l’Amérique du Sud, mais aussi près de chez nous, comme au Regaldi. Ici, se croisent des histoires de gens différents, y compris de ceux qui viennent de loin et qui trouvent dans le football un outil d’inclusion, d’émancipation et de lutte.” Le Regaldi – bien que magnifique par rapport aux autres équipements auxquels nous sommes habitués – se trouve dans le quartier Barriera et ce n’est pas un stade clinquant comme celui du Torino ou de la Juve, où il est bien plus facile d’avoir un attrait. Que penses-tu de sa présence dans le quartier ? “À Barriera di Milano, dans un secteur difficile pour ceux qui y vivent, parce qu’il manque de services et qu’il s’agit d’une partie de Turin où il n’y a pratiquement rien, le Regaldi est justement là, avec ses terrains à 5, 8 et 11 joueurs. Ici, on cherche à créer quelque chose de nouveau et de différent, loin des terrains modernes, et qui agit concrètement sur le territoire, tant sur le plan social que dans la vie locale.”
« Ils veulent nous retirer notre terrain »: soutien à la Popolare Trebesto
En Italie, la Ville de Lucca menace d’expulser la Popolare Trebesto du Stadio Bardo de Sorbano, sur lequel ses équipes jouent depuis six ans. Le club auto-organisé et auto-financé se dit prêt à lutter pour défendre un lieu qui fait désormais partie intégrante de son histoire. Le club alternatif toscan, “né de rien et né sans rien”, sort pourtant d’une belle saison, manquant la montée en Seconda Categoria d’un cheveu. Qu’est-ce qui lui vaut d’être aujourd’hui mis en péril par la municipalité? Depuis 2020, la Popolare Trebesto partage la concession du Stadio Bardo avec l’AC Luccasette. Or, ce dernier a décidé d’y renoncer. Une décision qui entraînerait automatiquement la remise en cause de l’ensemble de la concession “avec effet immédiat, sans même pouvoir bénéficier du préavis de six mois prévu par l’article 32”, précise le club qui s’attend à recevoir une notification officielle d’expulsion dans les prochains jours. Mais la Popolare Trebesto ne compte pas se laisser faire. “Lorsque nous sommes arrivés sur ce terrain il y a six ans, le Stadio Bardo était un espace abandonné, dans un état de délabrement avancé. Nous l’avons rendu à la ville, entièrement réhabilité, grâce aux sacrifices et aux investissements de toutes nos adhérentes et de tous nos adhérents, qui en font chaque jour un lieu vivant et une richesse pour le territoire”, rappelle le club dont le modèle est une antithèse du football dominant. Il ne perçoit en effet aucune subvention et repose intégralement sur le soutien de ses membres. Au cours de ces six dernières années, la Popolare Trebesto a assumé l’intégralité des dépenses liées à l’installation sportive, ce que l’AC Luccasette a reconnu. La jeune histoire de la Popolare Trebesto est intimement liée au Stadio Bardo. “Il existe des lieux qui sont bien plus qu’un simple terrain de football. Ce sont des espaces rendus à la ville alors que tout le monde les avait oubliés. Des lieux où l’on grandit, où l’on tisse des liens, où l’on pratique un sport accessible, inclusif et populaire.” Le club créé en 2018 dénonce “un choix politique délibéré” de la municipalité de Lucca, conquise en 2022 par l’alliance de l’extrême droite et du centre. Elle ne semble pas disposée à lui attribuer la concession du Stadio Bardo. “On nous explique aujourd’hui que le terrain ne fera pas l’objet d’un nouvel appel à candidatures parce que des travaux de réhabilitation devront être réalisés.” Une justification hypocrite, tant le club a sollicité la mairie à maintes reprises pour engager ces travaux nécessaires. Sans réponse. Cette séquence montre surtout que pour disposer d’un équipement sportif dans la commune de Lucca, il ne suffit pas de présenter un projet sérieux au service du territoire. “Ce qui compte avant tout, c’est d’être dans les petits papiers de l’administration.” Le maire, Mario Pardini, fait-il payer à la Popolare Trebesto ses engagements en faveur d’un sport populaire, antiraciste, antifasciste et antisexiste? Toujours est-il qu’à un mois du début des championnats, la centaine de footballeurs et footballeuses du club – dont la seule et unique équipe féminine de football de la ville de Lucca! – ne sait toujours pas où ils s’entraîneront et joueront la saison prochaine. Les prochaines semaines seront décisives. Avec cette bataille, le club l’affirme: “ce n’est pas seulement une installation sportive qui est défendue, c’est une certaine idée de la communauté.”
Ceuta: Une footballeuse marocaine parmi les victimes
Depuis quelques jours, des dizaines de milliers de Marocains traversent la frontière menant à l’enclave espagnole de Ceuta. Au moins 57 personnes sont mortes dans cette action massive et désespérée. Parmi les victimes: Faten Ben Omar El Azizi, joueuse du Moghreb Athletic de Tanger et ancienne pensionnaire du Moghreb de Tétouan. Comme Melilla, l’autre enclave espagnole au Maroc, Ceuta (Sebta en arabe) est un symbole de l’Europe forteresse, et de la violence des politiques migratoires vis à vis des populations africaines. Ces deux enclaves sont des résidus tenaces de la colonisation espagnole au Maroc. Elles servent aujourd’hui de pointe avancée de l’Espace Schengen sur le continent africain. Ces territoires constituent une porte d’entrée en Europe pour celles et ceux qui cherchent à fuir un quotidien précaire, quitte à risquer sa vie pour y arriver, comme pour Faten Ben Omar El Azizi. Suite à ce décès tragique de la footballeuse du Moghreb de Tanger, l’Union Marocaine des Footballeurs Professionnels (UMFP) a envoyé un message de condoléances au nom de Mustapha El Hadaoui, son président, et de l’ensemble des membres du syndicat, adressé à la famille, aux proches et aux coéquipières de Faten. Elle fait partie des 57 victimes recensées à ce jour. Un bilan qui pourrait malheureusement être revu à la hausse. Les autorités espagnoles précisent que certaines personnes se sont noyées et que d’autres ont été écrasées en tentant d’escalader la digue qui soutient la clôture frontalière. Ces derniers jours, ce sont quelques 60 000 ressortissants marocains qui sont parvenus à traverser la frontière et entrer à Ceuta. Selon le gouvernement espagnol, qui a approuvé le déploiement de l’armée dans l’enclave, plus de 48 000 d’entre eux auraient déjà été expulsés de façon sommaire en direction du Maroc. De son côté, l’Union européenne aurait proposé le soutien de Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières, responsable de dizaines de milliers de morts en Méditerranée, selon le média La Izquierda Diario qui parle “d’escalade réactionnaire”. Dans le viseur, le gouvernement socialiste qui reprend une à une les exigences de l’extrême droite pour “gérer” cette crise.
Marcelo Bielsa, le dernier existentialiste du football
L’élimination par la petite porte de l’Uruguay à la Coupe du monde a signé la fin de l’aventure de Marcelo Bielsa à la tête de la sélection. Au-delà de la simple photographie du résultat sportif, Migue Fauré – du média chilien Revista de Frente – salue cette conception du football dont l’entraîneur argentin est un des derniers représentants actifs, à rebours d’une industrie dominée par le spectacle, l’argent et la logique de la performance immédiate. “Les buts ratés, c’est le football… c’est pour ça qu’on en tombe amoureux.” C’est ainsi qu’il a fait ses adieux à l’Uruguay : seul, retranché derrière les micros. Le cortisol à son comble et les flèches des médias braquées sur son visage. La douleur encore à vif d’une élimination prématurée, il s’est présenté, en première ligne, assumant la responsabilité de ses joueurs. Quelques heures plus tôt, une offrande d’Olivera au Cap-Vert et un Muslera aux gants savonneux face à l’Espagne avaient éliminé la Celeste d’une nouvelle Coupe du monde. Erreurs tactiques ? Mauvaise organisation ? Changements mal inspirés ? Oui. Tout cela, et un peu plus encore. Mais aussi la solidité et la malice d’adversaires réputés plus modestes, qui l’ont contraint à se découvrir, au détriment de son arrière-garde. Le Mondial de Bielsa ne se mesure pas à l’aune de ces critères, mais à celle des dernières leçons fécondes qu’il a dispensées au milieu d’un désert d’idées. Son visage baissé sur la photo officielle semble témoigner d’une défaite symbolique. Les jours qui ont suivi n’ont fait que lui donner raison: Trump faisant retirer le carton rouge (pour des raisons de “gros sous”) à un joueur américain qui – ô surprise ! – est le meilleur buteur de la sélection. Tout comme les pauses fraîcheurs transformées en interminables tunnels publicitaires. “Je ne suis pas un modèle”, a lancé el Loco, à la fois comme une excuse et comme une protestation. Au milieu de sélections composées de ce qu’il appelle des « millionnaires prématurés »: des gamins qui, à vingt ans, ne jouent plus que pour les caméras, leur avenir étant déjà garanti par leur compte en banque avant même d’avoir atteint cet âge. Non, un modèle, jamais. Pourtant, cette photo où il baisse les yeux est vite passée du statut de mème à celui d’icône. Quoi qu’il en soit, elle était bonne à vendre. Que fait un homme comme lui au milieu des projecteurs et des confettis ? Il joue les rabat-joie, évidemment. Il est cette voix qui rappelle encore qu’entraîner, c’est éduquer. Former. Ce n’est pas un hasard si, dans le football, on continue d’appeler l’entraîneur « le prof ». Bielsa est arrivé à cette Coupe du monde en sachant qu’il serait l’inclassable. La voix discordante. Le porte-voix d’une morale venue d’un autre siècle. Ou d’une autre planète. Bielsa est simplement un homme qui voit dans son métier un travail parmi d’autres. C’est ce qui le met sur un pied d’égalité avec tous ceux qui l’entourent : le journaliste qui le harcèle de questions, le jardinier qui veille sur la pelouse hybride, la photographe qui l’invite à prendre la pose. Et c’est en travailleur qu’il revendique le droit de réfléchir au sens humain de ce qu’il fait. De se penser lui-même. Dans son discours, Bielsa trace une frontière entre deux manières d’être au monde : fonctionner ou exister. D’un côté, la réussite qui vous ouvre les portes de la finale ; de l’autre, l’échec qui vous fait grandir en tant qu’être humain. D’un côté, la victoire sous les projecteurs, arrosée de Coca-Cola; de l’autre, l’apprentissage et la dignité du métier. L’Uruguay n’a pas été à la hauteur, point final. Ça fait mal, évidemment. Mais qu’en sait un journaliste qui ne l’interroge que sur ses choix ? “Vous traitez le temps de l’angoisse comme s’il obéissait au même rythme que celui du bonheur”, a-t-il conclu lors de sa dernière conférence de presse. Ils ne comprendront pas, Loco. Laisse-les donc. Le dernier Don Quichotte du football vient de refermer la porte derrière lui, sans jamais salir le ballon. Cette fois, les moulins ont gagné.
La Chine du football espère son « grand bond en avant »
Malgré les investissements et les réformes, le football chinois reste en quête de stabilité et de résultats. Comment expliquer l’écart entre la puissance commerciale du pays et son échec footballistique ? Dans le prolongement de son “socialisme de marché”, Pékin cherche à bâtir un football “à caractéristiques chinoises”. Le 4 juin 2010, la Chine battait l’équipe de France de Raymond Domenech en amical (1-0). Au-delà de l’aspect annonciateur du fiasco qui s’en est suivi pour les Bleus, cette victoire est le dernier fait d’arme de la sélection masculine chinoise. En effet, depuis, plus rien : 1,4 milliard d’habitants pour une seule qualification en Coupe du Monde en 2002 (3 défaites, 0 buts marqués). Pourtant, la Chine est considérée comme un des berceaux du football. Entre 255 et 205 av. JC, elle a vu naître le Ts’u Chü (足球, littéralement “pied-ballon”), reconnu par la FIFA comme un des ancêtres du sport roi. Mais aujourd’hui le football chinois est insignifiant sur la scène internationale, et son championnat, la Chinese Super League (CSL) n’attire plus les Didier Drogba, Nicolas Anelka, Oscar, Hulk et autres Carlos Tevez d’antan. Depuis 2009, la Chine multiplie les plans et réformes pour devenir une superpuissance du football mondial. Il faut l’avouer, avec peu de succès. Alors pourquoi un pays qui a connu des réussites spectaculaires dans plusieurs secteurs stratégiques se casse-t-il les dents sur son football ? Anatomie d’un naufrage Depuis sa prise de fonction en 2012, Xi Jinping a fait du “Rêve chinois” un des piliers de sa rhétorique. L’industrie du football devait y jouer un rôle central. Le « Programme de réforme et de développement du football” adopté en 2015 fixait un objectif clair: “accroître de manière significative la compétitivité internationale de l’équipe nationale masculine”. Le Parti Communiste chinois (PCC) y voyait une “occasion sans précédent” de faire du football un objet de fierté patriotique et une vitrine de son capitalisme d’État hybride. Pour se faire bien voir, et se rapprocher du pouvoir, les financiers suivent cette impulsion et investissent massivement. Ainsi, entre 2015 et 2017, la CSL cumule 1,12 milliards de dollars d’achats de joueurs. Des stars arrivent en Chine et le Guangzhou Evergrande sera même sacré double vainqueur de la Ligue des Champions asiatique. Cette période faste sera de courte durée. Guangzhou a été exclu par la Fédération Chinoise de Football (CFA) en janvier 2025, en raison de la dette colossale contractée par l’ancien propriétaire du club, le groupe immobilier Evergrande Real Estate. Cette exclusion est le symbole d’un football qui n’a pas fini de payer les pots cassés de son train de vie dispendieux des années 2010. Avec une planification basée sur la recherche de résultats rapides et le recours intensif aux capitaux privés, le marché du football chinois s’est débridé. Ce modèle mortifère aura pour conséquence l’effondrement du championnat en quelques années. Les clubs sont devenus des gouffres financiers et la crise du Covid n’aura plus qu’à achever le travail. Près de quarante clubs professionnels ont cessé leur activité depuis 2021. La corruption aura aussi longtemps gangrené la scène nationale, entraînant le désintérêt du public pour le championnat local, au profit des très populaires championnats européens. Si cet échec est ultra-violent pour la Chine, qui aura beaucoup investi dans le football, il est aussi très surprenant. Depuis la prise de fonction de Xi, le pays a rattrapé son retard dans de nombreux domaines : éolien, ferroviaire, universitaire… Le chantier du foot s’est avéré plus compliqué que prévu. Le renouveau : nouvelle stratégie, nouvelles ambitions Suite aux déconvenues post-covid, le PCC a fait son auto-critique (comme diraient les maoïstes) et pris la décision de rationaliser son approche du football. Avec le grand plan de développement pour le football de 2021, une stratégie plus patiente et mesurée a été adoptée. Cela s’ajoute aux mesures de régulation déjà appliquées avant 2020 : un salary cap et un luxury cap exigeant que tout club dépensant plus de 6 millions de dollars doive payer une taxe de 100%, réinjectée dans le développement du football national. Des politiques anti-corruption sévères ont été mises en place ainsi qu’une surveillance accrue des finances et de la solvabilité des clubs. Pour éviter de reproduire les erreurs du début des années 2000, le PCC se positionne à l’inverse des pays du Golfe et de leur folie des grandeurs. Sa planification s’inscrit sur le long-terme avec la construction de centres de formation régionaux et nationaux. Elle renforce les politiques anti-corruption et souhaite faire de 18 villes chinoises des “football cities”, subventionnées par le Parti pour avoir un terrain pour 10 000 habitants. De plus, le football féminin est devenu une préoccupation importante du pouvoir. Depuis 2021, chaque club de CSL doit avoir une branche féminine. Les première et deuxième divisions féminines sont professionnelles et la sélection féminine reste une référence, avec 9 victoires en coupe d’Asie, et même une finale de Coupe du Monde, en 1999. Enfin ce lent renouveau vient aussi d’en-bas, avec une nouvelle compétition locale amateur : le tournoi Suchao qui fait s’affronter des joueurs venus de 13 villes de la province de Jiangsu, pendant 7 mois et pour un total de 91 matchs ! Organisé par les autorités locales, ce tournoi jouit d’une popularité extrême, loin des démons persistants de la corruption et de la triche du football professionnel. Le ticket coûte 20 yuans (2,50 euros) et la finale a accueilli 62 000 fans au stade et 2,2 milliards de vues en ligne ! D’autres provinces commencent à répliquer le format. C’est d’autant plus étonnant que le Suchao – même si quatre de ses joueurs ont été convoqués en équipe nationale U19 – ne compte aucune vedette. Le Suchao agit comme une antithèse de ce football chinois hyper-spéculatif des années 2010. Mais il n’en fallait pas tant pour attirer les grandes marques, comme la plateforme de commerce en ligne JD.com, qui y voient une opportunité publicitaire. Vers un futur radieux ? Le recours aux politiques publiques et à la planification centralisée a fait du pays une locomotive du sport olympique, terminant 2e au tableau des médailles …
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Depuis octobre 2023, les manifestations de solidarité au peuple palestinien se sont multipliées dans le football. En Égypte, plusieurs font référence à Handala, personnage dessiné iconique […]
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