Coupe du Monde 2026: pour un boycott collectif, offensif et alternatif
Plus de matchs, plus de profits, plus d’exclus. Après la Russie et le Qatar, la Coupe du Monde 2026, majoritairement organisée dans des États-Unis en […]





Marcelo Bielsa, le dernier existentialiste du football
L’élimination par la petite porte de l’Uruguay à la Coupe du monde a signé la fin de l’aventure de Marcelo Bielsa à la tête de la sélection. Au-delà de la simple photographie du résultat sportif, Migue Fauré – du média chilien Revista de Frente – salue cette conception du football dont l’entraîneur argentin est un des derniers représentants actifs, à rebours d’une industrie dominée par le spectacle, l’argent et la logique de la performance immédiate. “Les buts ratés, c’est le football… c’est pour ça qu’on en tombe amoureux.” C’est ainsi qu’il a fait ses adieux à l’Uruguay : seul, retranché derrière les micros. Le cortisol à son comble et les flèches des médias braquées sur son visage. La douleur encore à vif d’une élimination prématurée, il s’est présenté, en première ligne, assumant la responsabilité de ses joueurs. Quelques heures plus tôt, une offrande d’Olivera au Cap-Vert et un Muslera aux gants savonneux face à l’Espagne avaient éliminé la Celeste d’une nouvelle Coupe du monde. Erreurs tactiques ? Mauvaise organisation ? Changements mal inspirés ? Oui. Tout cela, et un peu plus encore. Mais aussi la solidité et la malice d’adversaires réputés plus modestes, qui l’ont contraint à se découvrir, au détriment de son arrière-garde. Le Mondial de Bielsa ne se mesure pas à l’aune de ces critères, mais à celle des dernières leçons fécondes qu’il a dispensées au milieu d’un désert d’idées. Son visage baissé sur la photo officielle semble témoigner d’une défaite symbolique. Les jours qui ont suivi n’ont fait que lui donner raison: Trump faisant retirer le carton rouge (pour des raisons de “gros sous”) à un joueur américain qui – ô surprise ! – est le meilleur buteur de la sélection. Tout comme les pauses fraîcheurs transformées en interminables tunnels publicitaires. “Je ne suis pas un modèle”, a lancé el Loco, à la fois comme une excuse et comme une protestation. Au milieu de sélections composées de ce qu’il appelle des « millionnaires prématurés »: des gamins qui, à vingt ans, ne jouent plus que pour les caméras, leur avenir étant déjà garanti par leur compte en banque avant même d’avoir atteint cet âge. Non, un modèle, jamais. Pourtant, cette photo où il baisse les yeux est vite passée du statut de mème à celui d’icône. Quoi qu’il en soit, elle était bonne à vendre. Que fait un homme comme lui au milieu des projecteurs et des confettis ? Il joue les rabat-joie, évidemment. Il est cette voix qui rappelle encore qu’entraîner, c’est éduquer. Former. Ce n’est pas un hasard si, dans le football, on continue d’appeler l’entraîneur « le prof ». Bielsa est arrivé à cette Coupe du monde en sachant qu’il serait l’inclassable. La voix discordante. Le porte-voix d’une morale venue d’un autre siècle. Ou d’une autre planète. Bielsa est simplement un homme qui voit dans son métier un travail parmi d’autres. C’est ce qui le met sur un pied d’égalité avec tous ceux qui l’entourent : le journaliste qui le harcèle de questions, le jardinier qui veille sur la pelouse hybride, la photographe qui l’invite à prendre la pose. Et c’est en travailleur qu’il revendique le droit de réfléchir au sens humain de ce qu’il fait. De se penser lui-même. Dans son discours, Bielsa trace une frontière entre deux manières d’être au monde : fonctionner ou exister. D’un côté, la réussite qui vous ouvre les portes de la finale ; de l’autre, l’échec qui vous fait grandir en tant qu’être humain. D’un côté, la victoire sous les projecteurs, arrosée de Coca-Cola; de l’autre, l’apprentissage et la dignité du métier. L’Uruguay n’a pas été à la hauteur, point final. Ça fait mal, évidemment. Mais qu’en sait un journaliste qui ne l’interroge que sur ses choix ? “Vous traitez le temps de l’angoisse comme s’il obéissait au même rythme que celui du bonheur”, a-t-il conclu lors de sa dernière conférence de presse. Ils ne comprendront pas, Loco. Laisse-les donc. Le dernier Don Quichotte du football vient de refermer la porte derrière lui, sans jamais salir le ballon. Cette fois, les moulins ont gagné.
La Chine du football espère son « grand bond en avant »
Malgré les investissements et les réformes, le football chinois reste en quête de stabilité et de résultats. Comment expliquer l’écart entre la puissance commerciale du pays et son échec footballistique ? Dans le prolongement de son “socialisme de marché”, Pékin cherche à bâtir un football “à caractéristiques chinoises”. Le 4 juin 2010, la Chine battait l’équipe de France de Raymond Domenech en amical (1-0). Au-delà de l’aspect annonciateur du fiasco qui s’en est suivi pour les Bleus, cette victoire est le dernier fait d’arme de la sélection masculine chinoise. En effet, depuis, plus rien : 1,4 milliard d’habitants pour une seule qualification en Coupe du Monde en 2002 (3 défaites, 0 buts marqués). Pourtant, la Chine est considérée comme un des berceaux du football. Entre 255 et 205 av. JC, elle a vu naître le Ts’u Chü (足球, littéralement “pied-ballon”), reconnu par la FIFA comme un des ancêtres du sport roi. Mais aujourd’hui le football chinois est insignifiant sur la scène internationale, et son championnat, la Chinese Super League (CSL) n’attire plus les Didier Drogba, Nicolas Anelka, Oscar, Hulk et autres Carlos Tevez d’antan. Depuis 2009, la Chine multiplie les plans et réformes pour devenir une superpuissance du football mondial. Il faut l’avouer, avec peu de succès. Alors pourquoi un pays qui a connu des réussites spectaculaires dans plusieurs secteurs stratégiques se casse-t-il les dents sur son football ? Anatomie d’un naufrage Depuis sa prise de fonction en 2012, Xi Jinping a fait du “Rêve chinois” un des piliers de sa rhétorique. L’industrie du football devait y jouer un rôle central. Le « Programme de réforme et de développement du football” adopté en 2015 fixait un objectif clair: “accroître de manière significative la compétitivité internationale de l’équipe nationale masculine”. Le Parti Communiste chinois (PCC) y voyait une “occasion sans précédent” de faire du football un objet de fierté patriotique et une vitrine de son capitalisme d’État hybride. Pour se faire bien voir, et se rapprocher du pouvoir, les financiers suivent cette impulsion et investissent massivement. Ainsi, entre 2015 et 2017, la CSL cumule 1,12 milliards de dollars d’achats de joueurs. Des stars arrivent en Chine et le Guangzhou Evergrande sera même sacré double vainqueur de la Ligue des Champions asiatique. Cette période faste sera de courte durée. Guangzhou a été exclu par la Fédération Chinoise de Football (CFA) en janvier 2025, en raison de la dette colossale contractée par l’ancien propriétaire du club, le groupe immobilier Evergrande Real Estate. Cette exclusion est le symbole d’un football qui n’a pas fini de payer les pots cassés de son train de vie dispendieux des années 2010. Avec une planification basée sur la recherche de résultats rapides et le recours intensif aux capitaux privés, le marché du football chinois s’est débridé. Ce modèle mortifère aura pour conséquence l’effondrement du championnat en quelques années. Les clubs sont devenus des gouffres financiers et la crise du Covid n’aura plus qu’à achever le travail. Près de quarante clubs professionnels ont cessé leur activité depuis 2021. La corruption aura aussi longtemps gangrené la scène nationale, entraînant le désintérêt du public pour le championnat local, au profit des très populaires championnats européens. Si cet échec est ultra-violent pour la Chine, qui aura beaucoup investi dans le football, il est aussi très surprenant. Depuis la prise de fonction de Xi, le pays a rattrapé son retard dans de nombreux domaines : éolien, ferroviaire, universitaire… Le chantier du foot s’est avéré plus compliqué que prévu. Le renouveau : nouvelle stratégie, nouvelles ambitions Suite aux déconvenues post-covid, le PCC a fait son auto-critique (comme diraient les maoïstes) et pris la décision de rationaliser son approche du football. Avec le grand plan de développement pour le football de 2021, une stratégie plus patiente et mesurée a été adoptée. Cela s’ajoute aux mesures de régulation déjà appliquées avant 2020 : un salary cap et un luxury cap exigeant que tout club dépensant plus de 6 millions de dollars doive payer une taxe de 100%, réinjectée dans le développement du football national. Des politiques anti-corruption sévères ont été mises en place ainsi qu’une surveillance accrue des finances et de la solvabilité des clubs. Pour éviter de reproduire les erreurs du début des années 2000, le PCC se positionne à l’inverse des pays du Golfe et de leur folie des grandeurs. Sa planification s’inscrit sur le long-terme avec la construction de centres de formation régionaux et nationaux. Elle renforce les politiques anti-corruption et souhaite faire de 18 villes chinoises des “football cities”, subventionnées par le Parti pour avoir un terrain pour 10 000 habitants. De plus, le football féminin est devenu une préoccupation importante du pouvoir. Depuis 2021, chaque club de CSL doit avoir une branche féminine. Les première et deuxième divisions féminines sont professionnelles et la sélection féminine reste une référence, avec 9 victoires en coupe d’Asie, et même une finale de Coupe du Monde, en 1999. Enfin ce lent renouveau vient aussi d’en-bas, avec une nouvelle compétition locale amateur : le tournoi Suchao qui fait s’affronter des joueurs venus de 13 villes de la province de Jiangsu, pendant 7 mois et pour un total de 91 matchs ! Organisé par les autorités locales, ce tournoi jouit d’une popularité extrême, loin des démons persistants de la corruption et de la triche du football professionnel. Le ticket coûte 20 yuans (2,50 euros) et la finale a accueilli 62 000 fans au stade et 2,2 milliards de vues en ligne ! D’autres provinces commencent à répliquer le format. C’est d’autant plus étonnant que le Suchao – même si quatre de ses joueurs ont été convoqués en équipe nationale U19 – ne compte aucune vedette. Le Suchao agit comme une antithèse de ce football chinois hyper-spéculatif des années 2010. Mais il n’en fallait pas tant pour attirer les grandes marques, comme la plateforme de commerce en ligne JD.com, qui y voient une opportunité publicitaire. Vers un futur radieux ? Le recours aux politiques publiques et à la planification centralisée a fait du pays une locomotive du sport olympique, terminant 2e au tableau des médailles …
« Per un Calcio Giusto e Popolare »: la pétition atteint les 150 000 signatures
Une conférence de presse s’est tenue le 17 juin dernier au Palazzo Madama de Rome, siège du Sénat italien, pour y porter la pétition “Pour un football juste et populaire”. Soutenu par près de deux cents groupes et associations de supporters, ce texte a recueilli plus de 150 000 signatures en deux mois et sera examiné par les parlementaires. Fruit d’une mobilisation populaire et unitaire sans précédent, c’est une nouvelle étape qui attend le texte “Per un Calcio Giusto e Popolare”. Il doit dorénavant passer par la commission Environnement du Sénat. Les groupes de supporters italiens espèrent voir les revendications qu’ils portent être satisfaites. Ils réclament notamment une tarification accessible et un plafonnement du prix des places, des déplacement garantis ou la fin de la multipropriété. Cette initiative intervient dans un contexte de dépossession avancée du football, livré à des affairistes ou des fonds d’investissement sans attache avec l’histoire des clubs et des territoires. La présentation au Sénat a été organisée à l’initiative du sénateur centriste Antonio De Poli qui s’érige en soutien de l’initiative. “Aujourd’hui, une fracture de plus en plus visible s’est creusée entre le football populaire, fait de passion, de sacrifice et de participation, et un système toujours davantage orienté vers des logiques économiques qui risquent d’éloigner précisément ceux qui font vivre le football au quotidien. Trois points fondamentaux doivent être préservés: garantir l’accessibilité, parce que le football doit redevenir véritablement celui de tous ; protéger la participation, parce que le stade doit être un lieu vivant, accueillant et inclusif ; assurer des règles justes et transparentes, capables de protéger la compétition ainsi que le lien entre les clubs et leurs territoires.” Des paroles qui rejoignent les attentes exprimées par les ultras italiens, mais la méfiance reste de mise envers une classe politique qui a largement œuvré à la dérive commerciale et sécuritaire du calcio. En attendant, les 150 000 signatures soutenant ce texte témoignent de l’existence d’une volonté populaire de défendre un football vecteur de sociabilité, libéré des effets conjugués de la répression et de la marchandisation. Reste à voir si cet élan peut déboucher sur une mobilisation à même de faire pencher le rapport de force en faveur du peuple des tribunes. ************** Rappel des axes revendicatifs de la pétition: • Des prix plus “populaires”: Revendication sociale historique et majeure pour celles et ceux qui défendent un football populaire. Les ultras italiens proposent la mise en place d’un plafond tarifaire dans les virages: 20 € en Serie A, 15 € en Serie B, 10 € en Serie C. Des prix qui permettraient de garantir un football accessible aux catégories les moins aisées pour que ces tribunes gardent leur coloration sociale qui en font “le cœur battant du supportérisme”. • Des déplacements garantis pour les fans visiteurs: Cette mesure passe par la mise en place de procédures claires et rapides permettant aux supporters adverses d’organiser leurs déplacements suffisamment à l’avance. Les groupes revendiquent la liberté de circulation, censée être un droit constitutionnel, et l’achat de billets par des moyens non numériques, au nom d’une accessibilité maximale. Enfin, contre les restrictions généralisées, ils veulent que soit supprimées les interdictions de stade systématiques et les programmes de fidélisation obligatoires qui transforment les tifosi en clientèle. • Des interdictions de stade (D.A.SPO) repensées: Toute interdiction de stade devrait être soumise à l’examen d’un juge, pour garantir un véritable droit à la défense. De même, la mesure du “D.A.SPO hors contexte”, qui permet de sanctionner des tifosi pour des faits sans lien avec le football et le stade, doit être aboli selon les supporters signataires de la pétition. • Meilleur contrôle des opérations de rachat de clubs et fin des multipropriétés: Les traumatismes laissés par certaines cessions de clubs incitent les supporters à réclamer la mise en place de critères stricts et transparents imposer aux nouveaux propriétaires: solidité financière avérée et respect de l’histoire et de l’identité locale. Dans le même esprit protectionniste, ils exigent l’interdiction de la multipropriété qui piétine le lien entre le club et son territoire en en faisant une vulgaire franchise. L’expérience du Genoa, pris dans le marasme de 777 Partners, alimente cette prise de conscience collective. • Des stades pensés pour les supporters: Il s’agit d’aller à rebours de la vision de stades conçus comme des enceintes consuméristes en redonnant aux supporters “la possibilité d’apporter voix et couleur aux tribunes”. Cela implique notamment de mettre fin aux horaires indécents et aux restrictions de matériel indispensable à l’expression de la ferveur, comme les tambours. Les ultras signataires réclament aussi l’abolition du “code éthique”, qui permet aux clubs d’exclure de façon arbitraire des supporters, et la mise en place de zones dédiées aux supporters en situation de handicap ainsi qu’à ceux qui veulent assister au match debout. • Un football “méritocratique”: Celui-ci s’exprime entre autre par le refus de voir les équipes réserves –comme celle de la Juventus, de l’Atalanta et du Milan AC – participer au championnat de Serie C et fausser la compétition. Les ultras estiment que les divisions inférieures ne doivent pas servir “d’incubateurs” au service des clubs les plus riches, qui bloquent des places au détriment de clubs traditionnels, plus modestes. Pour préserver le mérite sportif, ils prônent la création d’un championnat spécifique pour les équipes “B”, comme en Angleterre.
Couper les matchs en quatre, une vieille idée de João Havelange
L’innovation majeure introduite par la FIFA durant la Coupe du Monde 2026 est probablement le redécoupage du match autour de quart-temps qui ne disent pas leur nom, sous couvert de pauses fraîcheur imposées. L’idée n’est pas nouvelle et avait été mise sur la table il y a plus de 30 ans. Et les intentions de João Havelange (président de la FIFA de 1974 à 1998) derrière ce projet n’étaient même cachées: faire de l’argent, encore et encore. “Hey João… Leave our game alone!” (“Hey João… Laisse-nous jouer”) , c’est le titre d’une tribune dans le magazine Soccer International d’avril 1990. Le coup d’envoi Coupe du Monde en Italie n’avait pas encore été donné que le patron brésilien de la FIFA étalait déjà ses ambitions contre-révolutionnaire pour le football du futur. L’idée de João Havelange était de modifier le format des matchs en vue du Mondial 94 organisé aux Etats-Unis, en remplaçant les deux mi-temps de 45 minutes par quatre périodes de 25 minutes. Ce projet a pris encore plus de poids dans sa tête après Italia 90, jugée médiocre sur le plan du jeu avec seulement 2,21 buts par match en moyenne et une finale plus rugueuse que spectaculaire. Loin d’être un simple changement ornemental, beaucoup d’observateurs ont vu dans cette proposition un changement pouvant ébranler les fondements mêmes du jeu. D’autant que l’argument du président de la FIFA en faveur de ce redécoupage n’avait aucun fond footballistique: il s’agissait avant tout d’accorder davantage de temps de publicités aux diffuseurs télé et radio. “Le football est extrêmement professionnel et, à ce titre, il doit chercher par tous les moyens à augmenter ses revenus”, avait-il déclaré, lançant cette bombe. Anticommuniste convaincu et collaborateur appuyé du régime dictatorial brésilien, Havelange n’a pris personne en traitre. Son règne à la tête de la FIFA est souvent illustré par sa célèbre phrase programmatique: “Je suis là pour vendre un produit appelé football”. Mais nous sommes alors au début des années 90 et ce qu’on a appelé le football moderne posait encore les premières pierres de son édifice. Le niveau de réticence, y compris dans l’organigramme de la FIFA, face à un tel virage culturel était encore élevé. L’UEFA s’y était notamment opposé avec vigueur. “Même les observateurs les plus myopes peuvent voir que la proposition de Havelange, si elle était adoptée, dévasterait le jeu”, clamait l’article de Soccer International pour qui il était inconcevable que l’International Board (IFAB), puisse sérieusement donner son approbation à une mesure aussi caricaturale. Le magazine y voyait aussi le résultat de la pression mise par les empires médiatiques américains à quatre ans d’accueillir l’évènement sportif le plus populaire au monde. Les diffuseurs étasuniens étaient terrifiés par l’idée de diffuser un sport avec des périodes de 45 minutes sans interruption publicitaire, si éloigné de la culture et du séquençage des sports US. Pour eux, le découpage en quart-temps était une garantie. “Si cela est vrai, et rien ne permet d’en douter, alors nous avons des chaînes de télévision américaines qui tentent de dicter les règles d’un sport qui s’est très bien développé sans ABC, NBC et CBS pendant plus d’un siècle. Le football doit-il se plier aux exigences de la télévision américaine?”, interrogeait Soccer International, dans une question rhétorique. Notons comme les temps ont changé. Cette archive est intéressante à plus d’un titre et montre qu’en 1990, avant que la mutation libérale du football ait fait tous les dégâts qu’on connait, la vigilance de certains observateurs était déjà de mise et annonciatrice du rôle central des diffuseurs. “Si Havelange essaie réellement de changer les règles, alors il est peut-être temps que ce sport trouve un nouveau dirigeant. De préférence quelqu’un qui ne se laissera pas dicter sa conduite par la télévision ou par tout autre intérêt commercial.” Sepp Blatter et Gianni Infantino rigolent.
La bataille de Vertières, ce symbole d’indépendance que la FIFA a fait retirer du maillot d’Haïti
La FIFA a sommé la sélection haïtienne de retirer la première version de son maillot. La raison? La représentation d’une scène en hommage à la bataille de Vertières enfreindrait les règles en matière de neutralité politique. Dans cette Coupe du Monde marquée par le climat sécuritaire et guerrier actuel, la FIFA s’affiche toujours plus forte avec les “faibles” et faible avec les forts. Entre le refus étasunien d’accorder des visas à ses supporters et l’injonction de retirer de son maillot ce symbole de l’histoire du pays, Haïti est servie pour sa deuxième participation à une phase finale de Coupe du Monde après celle de 1974. Mais pour l’instance dirigée par Gianni Infantino, le double standard est devenu une seconde nature et faire référence à la bataille de Vertières sur un maillot est apparemment une transgression inacceptable. Le 18 novembre 1803, la bataille de Vertières a sonné le glas de l’expédition française de 1802 qui entendait restaurer l’ordre colonial et rétablir l’esclavage à Saint-Domingue, mais aussi en Guadeloupe. Cette victoire éclatante des troupes de Jean-Jacques Dessalines, qui s’étaient auto-baptisées “armée indigène”, est un épisode emblématique et fondateur de la révolution haïtienne, qui a précipité la libération du pays du joug colonial français. Onze jours après la bataille, une première déclaration d’indépendance est signée, suivie d’une seconde version jugée plus radicale et rédigée par l’écrivain Boisrond-Tonnerre, secrétaire de Dessalines. L’indépendance du pays sera déclarée moins de deux mois plus tard, le 1er janvier 1804. Dans une interview accordée à l’occasion des 220 ans de la bataille, le géographe Jean-Marie Théodat expliquait le caractère inédit et le poids universel de cette victoire: “C’est la première fois qu’un peuple issu de l’esclavage vainc un peuple dominateur sûr de sa supériorité militaire et surtout de sa supériorité raciale. Avec Vertières, nous apportons le démenti le plus solennel à l’idée de la hiérarchie entre les races humaines.” Qu’est-ce qui peut bien déranger la FIFA dans tout ça? Elle démontre surtout, une fois de plus, ce que recouvre sa prétendue “neutralité politique”. D’un côté, elle s’accommode du climat façonné par la politique xénophobe et impérialiste de l’administration Trump, et passe sous silence: les fouilles policières humiliantes de la délégation sénégalaise; la rétention arbitraire de l’attaquant irakien Aymen Hussein par la police aux frontières; ou encore l’arrestation et l’expulsion de l’arbitre somalien Omar Artan. De l’autre, elle fait les gros yeux à l’équipe haïtienne pour son maillot. La politique est en réalité omniprésente. La question est celle du rapport de force. Là, il s’agit ni plus ni moins que d’effacer la mémoire d’une victoire d’anciens esclaves, parvenus à faire capituler une puissance impériale et coloniale. Et cette censure est au moins autant politique que l’image à laquelle elle s’est attaquée. Édito n°87
Coupe du Monde 2026: les enseignants mexicains rejoignent la résistance
La grève illimitée des enseignants, à l’appel de la Coordinadora Nacional de Trabajadores de la Educación (CNTE), a réuni plusieurs dizaines de milliers d’enseignants dans les rues de Mexico, mais aussi dans d’autres villes comme Oaxaca. Un campement permanent s’est installé dans centre historique de la capitale. Sous pression à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du monde, le gouvernement répond par la répression. “S’il n’y a pas de solution, le ballon ne roulera pas”: le slogan du mouvement de grève des enseignants donne le ton. Nombre d’entre eux – venus parfois de loin, de Oaxaca, du Chiapas, du Guerrero ou du Michoacán – occupent l’avenue du 20 Novembre, une des principales artères de Mexico. Ils réclament entre autres le retour à un système de retraite public, mutualisé, solidaire et intergénérationnel; et dénoncent une précarisation insupportable. Lancé le 1er juin dernier, leur mouvement s’articule autour de trois exigences majeures: l’abrogation totale de la réforme de l’éducation; l’abrogation de la réforme des retraites des fonctionnaires de 2007 (et donc la suppression du système des fonds de pensions privés gérés par les banques), et enfin une augmentation de 100 % du salaire de base. Le gouvernement de Claudia Sheinbaum ne propose qu’une augmentation dérisoire: 10 % en 2025, puis de 9 % en 2026. Plus qu’insuffisante, cette proposition est perçue comme une provocation pour une partie des grévistes. Les symboles du Mondial pris pour cible Outre la manifestation massive dans la capitale, des blocages routiers ont été organisés dans les États de Coahuila et de Zacatecas, ou encore opérations de péages gratuits dans l’État de Chihuahua. Les grévistes ont également pris pour cible plusieurs installations promotionnelles de la Coupe du Monde 2026. Sur le Paseo de la Reforma, les mannequins géants représentant des footballeurs ont été renversés et vandalisés. Les manifestants se sont également emparés d’une sculpture en forme de ballon de football avant d’y mettre le feu, avec les vêtements qui habillaient les mannequins. Un important dispositif sécuritaire a été déployé dans les rues de Mexico. La police anti-émeute a tiré des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc sur les manifestants pour les disperser et les empêcher d’accéder au Zócalo. Selon les organisations syndicales, au moins cinq manifestants ont été blessés, dont un éborgné. Face à l’absence d’accord, l’assemblée de la CNTE envisage de durcir le mouvement et de converger avec d’autres secteurs professionnels. Les enseignants affirment que l’arrivée de la Coupe du Monde ne modifiera pas leur détermination. Les actions sont appelées à se poursuivre et le campement à se maintenir pendant la compétition. “Sans satisfaction des revendications, le ballon ne roulera pas”, mettent-ils en garde.
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De Kortabarria à Oleguer, ces joueurs qui ont refusé la sélection espagnole
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Argentine-Angleterre, histoire d’une rivalité jamais éteinte
Dans le football mondial, la rivalité entre l’Argentine et l’Angleterre est l’une des plus emblématiques. Elle dépasse largement le cadre sportif et s’appuie sur des ressorts historiques, culturels et politiques. De l’appropriation argentine du football aux grandes confrontations en Coupe du monde, retour sur les …
Parole à la défense: petite histoire politique du catenaccio
Système de jeu bien précis qui a longtemps, pour le meilleur comme pour le pire, fait la renommée des équipes italiennes, le catenaccio appartient désormais à l’Histoire. Remontons aux sources d’un système tactique passé des mains des plus faibles à celles des plus forts, avant …
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Depuis octobre 2023, les manifestations de solidarité au peuple palestinien se sont multipliées dans le football. En Égypte, plusieurs font référence à Handala, personnage dessiné iconique […]
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Derry City–CSKA Sofia: débordements violents des hooligans bulgares
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