Coupe du Monde 2026: pour un boycott collectif, offensif et alternatif
Plus de matchs, plus de profits, plus d’exclus. Après la Russie et le Qatar, la Coupe du Monde 2026, majoritairement organisée dans des États-Unis en […]





La belle saison 2025/26 des équipes de calcio popolare
Une vingtaine d’équipes gérées collectivement par leurs membres et supporters évoluent dans les divisions amateurs italiennes avec l’intention d’y confronter leur modèle et de le porter le plus loin possible. Ces équipes, dont certaines ont plus de dix ans, ont connu des fortunes diverses cette saison. Mais le ressenti général est celui d’une crédibilité footballistique renforcée et d’une montée en puissance. La performance de cette saison est à mettre au crédit de l’Ideale Bari. Le club des Pouilles accède au championnat de Promozione, soit le 6e échelon du football italien. Une montée acquise à Bisceglie face à Triggiano Calcio, grâce au but d’Alessandro Bovio à la 88e minute pour le plus grand bonheur des ultras présents en nombre. Cette issue positive ne doit rien au hasard et tout au travail réalisé pour structurer le club. “Depuis une quinzaine d’années maintenant nous sommes ancrés dans notre ville et notre territoire pour y promouvoir un modèle de football différent, depuis la base, sans patron et reposant sur la participation sociale des tifosi”, s’est félicité le club sur ses canaux d’information. Deux divisions plus bas, la montée du Hic Sunt Leones est aussi à saluer. Créé en 2011 à l’occasion des Mondiali Antirazzisti par des activistes du centre social TPO de Bologne, le club a obtenu son ticket pour la Seconda Categoria à la faveur d’une impressionnante série lors des play-offs, remportant ses trois matchs décisifs. La saison de l’équipe milanaise du St. Ambroeus FC et ses ultras de l’Armata Pirata 161 a connu un épilogue similaire et jouera également en Seconda la saison prochaine, après avoir successivement battu Nuova Bolgiano (4-0) et Enotria 1908 (1-0) en play-offs. “Ce n’est pas seulement un succès sportif, mais le succès d’une communauté entière”, a déclaré Federico Gavazzi, responsable de l’équipe Juniors, au Corriere della Sera. St. Ambroeus était déjà parvenu à monter en 2022, mais était redescendu dès la saison suivante. Dal Pozzo, Trebesto et le Spartak Apuane ont pris rendez-vous D’autres clubs ont participé aux play-offs d’accession, malheureusement sans rencontrer la même réussite. Ce n’est que partie remise pour le Calcio Popolare Trebesto qui restera une saison supplémentaire en Terza Categoria, tout en bas de l’échelle fédérale. Ce club “né de rien et né sans rien” il y a huit ans, a vu son rêve de montée s’envoler. “On ne peut pas le cacher, cette défaite fait incroyablement mal. Mais c’est une leçon et nous rappelle d’où venons: du calcio popolare. Ce football des oubliés, des provinces, de celles et ceux qui rêvent de changer le monde”, a écrit le club sur ses réseaux après la cruelle défaite face à l’Atlético Peñarol, une équipe de Barga. Au même échelon, le Spartak Apuane peut aussi nourrir de gros regrets après avoir terminé à la 2e place, meilleure attaque avec 100 buts et seulement deux défaites, derrière l’USD Monti, invaincue. Pour la FC Dal Pozzo l’échec en finale de play-offs de Seconda face à Robur peut avoir un goût amer. Frustration aussi pour Spezia Calcio Popolare en Prima Categoria et pour l’US Città di Fasano. Troisième de la poule à l’issue de la saison régulière, l’équipe a été battue à domicile en 1/2 finale de playoff de Serie D contre la Paganese Calcio (1-2 après prolongations) qu’elle avait pourtant écrasé 6 buts à 0 une semaine plus tôt, lors de la dernière journée de championnat. Le club et ses supporters se consoleront avec une saison historique sur le plan statistique. Les Biancazzuri ont en effet battu leur record de points, de victoire et de buts marqués sur une saison en Serie D. De quoi faire de la montée en Serie C un objectif sérieux de la saison prochaine. L’US Città di Fasano reste à ce jour le club d’actionnariat populaire évoluant le plus haut en Italie. Pour beaucoup, pérenniser et consolider son projet est en soi une victoire saison après saison. Ainsi Quarto 2012 rempilera en Eccellenza (D5), le CS Lebowski en Promozione, le Brutium Cosenza, le Partizan Bonola, Cava United, la Borgata Gordiani et la Stella Rossa Duemilasei en Prima Categoria. L’Atlético San Lorenzo, Liberi Nantes et la Resistente Genova se maintiennent en Seconda Categoria. Dans ce contingent de clubs, seuls deux sont relégués: le Palermo Calcio Popolare de retour en Seconda et la Polisportiva San Precario en Terza Categoria. Mais comme l’écrit le média Sport Popolare: “ce n’est pas tant la destination finale qui compte, mais le chemin parcouru ainsi que les compagnons et compagnes de voyage rencontrés durant cette aventure. C’est ce qui motive le plus pour repartir à l’assaut du championnat la saison prochaine.” *************
Visés par la loi RIPOST et son article 4, les supporters contre-attaquent
Ces dernières semaines, les banderoles contre le projet de loi “RIPOST” – pour “Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité” – se sont multipliées dans les tribunes hexagonales. En cause : l’article 4 du projet, qui prévoit un nouveau durcissement des mesures visant les supporters. Pour les tribunes populaires, c’est une nouvelle occasion de faire front commun. Le texte ne sera examiné en séance publique au Sénat qu’à partir du 18 mai, mais il provoque déjà des réactions au sein des groupes de supporters. Déjà dans le viseur du ministère de l’Intérieur qui a engagé des procédures de dissolution à leur encontre, les ultras stéphanois – Magic Fans et Green Angels – ont fait partie des premiers à dégainer, à l’occasion de la venue de Troyes à Geoffroy-Guichard. Au classique “Loi RIPOST: supporters unis contre l’article 4” des Magic Fans, dans le virage opposé les Green Angels ont aussi déployé un message hostile au projet de loi: “Loi RIPOST : la schizophrénie répressive continue, effaçant des années de combat pour nos libertés. Supporters unis contre l’article 4”. Des banderoles avec des messages similaires ont notamment été sorties par les ultras de Lens, de Marseille, de Guingamp, de Rodez, de Toulouse ou encore de Grenoble, pour n’en citer que quelques-uns. Les groupes ultras, dont les membres sont particulièrement ciblés par la répression, ont tout intérêt à unir leurs voix. L’article 4 de ce projet de loi suscite en effet beaucoup d’inquiétudes. Il prévoit de durcir les conditions d’application de l’Interdiction Administrative de Stade (IAS) dont la durée maximale passerait de 12 à 24 mois. Un supporter pourrait donc, en l’absence de procédure judiciaire, être interdit de stade pendant deux ans, sur la seule décision du préfet. L’article 4 de la loi RIPOST assoit un peu plus leur pouvoir arbitraire. L’application de l’IAS serait étendue aux cortèges et aux rassemblements des supporters. Enfin, le pointage au commissariat deviendrait aussi obligatoire la veille et le lendemain des matchs. “Sur une saison de championnat, cela représente des dizaines de pointages supplémentaires – parfois 6 par semaine – empiétant sur les week-ends, les congés, la vie familiale”, écrit l’AD2S (association de défense des supporters stéphanois), qui a publié un décryptage pédagogique du fameux article 4. Pour l’AD2S, cette extension spatio-temporelle tend de plus en plus à faire de l’IAS – prétendument préventive – “une peine punitive prononcée sans juge”. La prétendue lutte contre la violence dans les stades ne représente que quelques lignes de ce projet de loi de 33 articles, couvrant de nombreux sujets allant des rodéos urbains aux free parties, mais aussi l’utilisation du protoxyde d’azote ou les tirs de mortier. Mais le ministère de l’Intérieur n’allait pas laisser passer l’occasion de porter de nouveaux coups aux libertés des supporters. Édito n°84
“Black Knight, BlueCo, même poison”: lorientais et strasbourgeois unis contre la multipropriété
En amont du match de Ligue 1 entre Lorient et Strasbourg au Moustoir, dimanche 26 avril dernier, environ 200 supporters des deux équipes – Merlus Ultras 95 et Ultra Boys 90 – ont manifesté pour protester contre le système des multipropriétés. C’est inédit et témoigne de la détermination des ultras à ne pas laisser l’identité de leur club être piétinée par les affairistes du football. Avec ceux du Red Star, les ultras strasbourgeois (UB90) et lorientais (MU95) sont à la pointe de la lutte contre ce « fléau » qui gangrène le football au delà des frontières hexagonales. Quelques supporters du Red Star, acteurs incontournables de cette lutte, étaient d’ailleurs présents dans les rues de Lorient. Ils ont joué un rôle prépondérant dans la rédaction de la proposition de loi d’Eric Coquerel, député LFI, qui attend toujours qu’elle soit mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. La critique de ce système en pleine expansion incite ces tribunes populaires à s’allier dans la lutte, seule voie permettant d’envisager un rapport de force. Les fonds d’investissement possédant plusieurs clubs sont généralement basés à l’étranger, hors d’atteinte des supporters des différents clubs qu’ils possèdent. Le FC Lorient est depuis janvier 2026 entre les mains de Bill Foley, un milliardaire américain déjà propriétaire de Bournemouth, club de Premier League, à travers le fonds Black Knight. Dans une configuration similaire, le RC Strasbourg appartient au fonds BlueCo depuis 2023, qui possède aussi Chelsea, mastodonte du football européen au 21e siècle. Dans la lutte contre la multipropriété, il autant question de défense de l’identité historique des clubs que leur indépendance. Le refus de devenir un club filiale Dans le cortège, les messages “BlueCo Out!” des Strasbourgeois font échos aux “Foley Out!” des Merlus. « Foley ne sait même pas situer Lorient sur une carte », peste un ultra local au micro du journal Ouest-France. Le slogan “Black Knight, BlueCo, même poison”, a été repris en chœur par les ultras. La crainte dominante de ceux qui voient leur club attrapé dans les filets de la multipropriété, c’est qu’il se transforme en filiale. Les transferts en Premier League vers les maisons-mère Bournemouth ou Chelsea en sont les signes les plus marquants. Dango Ouattara et Élie Kroupi Jr ont déjà été récupéré par Bournemouth, à un moment où Foley ne possédait encore que 40% du FCL. À Strasbourg cette relation de subordination est encore plus marquée. On ne compte plus les mouvements entre les deux clubs Jusqu’au cas de l’entraîneur Liam Rosenior, promotion… Et même si Strasbourg connaît une belle saison cette année, avec une demi-finale européenne dans quelques jours, ces performances n’effacent pas les inquiétudes de ses supporters. Les résultats relativement bons obtenus par le club alsacien n’attenuent pas ce furieux sentiment d’être une équipe réserve, voire le centre de formation, de Chelsea. La multipropriété est aussi l’illustration du mépris généralisé que le football moderne, dérégulé et ultra-libéral, a pour les supporters qui ne sont plus considérés que comme une vulgaire clientèle. Les groupes qui résistent font office de dernier rempart. Derrière le rejet de la multipropriété, une vision alternative du football se dessine, par petites touches. L’idée d’une propriété collective, encore trop peu mise sur la table, est la suite logique et la meilleure protection contre les fonds vautours.
Voyage à Dal Pozzo, pèlerinage laïc en terre de calcio popolare
Récit d’une visite chez la Frazione Calcistica Dal Pozzo, club amateur lombard qui défend un football populaire et remet les valeurs de solidarité et de camaraderie au centre du jeu. Un club autogéré qui s’éclate en 8e division, pour le plus grand bonheur de ses ultras malgré la répression. Morceaux choisis et retouchés d’un compte-rendu de groundhopping d’abord publié sur le forum Mouvement-Ultra. Direction Saronno, ville située dans la province de Varese, connue pour l’Amaretto mais surtout, proche du village de Ceriano Laghetto qui a pour un de ses hameaux: Dal Pozzo! On retrouve foi et humanité à travers ce pèlerinage en terre de calcio popolare: qui a dit que le football n’était pas une religion? En immersion avec les ultras – propriétaires – fondateurs d’un club, pour lequel les enjeux sportifs et économiques ne sont pas la priorité, on retrouve les valeurs qui nous animent! La FC Dal Pozzo n’a pas de stade fixe et compte sur la générosité, pas toujours vérifiée, des communes voisines, espérant chaque fin d’année que les accords soient renouvelés. En route donc pour Lainate, au sud de Saronno, et le complexe sportif du FC Lainatese, à côté des nombreux terrains de tennis et en plein cœur de la commune. L’impression d’emmener mon gone à son plateau U6/U7 de Saint-Genest-Malifaux, c’est dire la simplicité des infrastructures qui nous attendent! Rappelons quand même que Dal Pozzo évolue en Seconda Categoria, avant-dernière division italienne, soit une D3 en France, ou R3 si on part du haut! Comme à chaque match, c’est prix libre! Bien que les dérives de la bagatelle la plus sérieuse du monde soient loin d’être récentes, force est de constater qu’elles n’ont cessé de s’accentuer. Alors, les plus valeureux et courageux qui défendent un football démocratique, éducatif, populaire, partisan, local, social, émotif, passionné, ne cèdent pas au fatalisme et luttent contre l’accaparement de notre football par des rapaces. En 2016, Dal Pozzo déployait d’ailleurs une banderole: “Les requins ne nous auront jamais”. Une résistance qui se traduit entre autre par la création de clubs autogérés, autofinancés, à la gestion transparente, au fonctionnement horizontal et égalitaire: un membre, une voix. Le football reste alors la propriété de supporters protagonistes de leur club, et un vecteur d’inclusion et de socialisation. L’intérêt sportif n’est pas la priorité. Alors oui, bien qu’il existe des clubs de calcio popolare apolitiques, la plupart sont anticapitalistes et antifascistes. Et oui, les valeurs évoquées pourraient effectivement donner des boutons à certains, mais être ultra c’est lutter intrinsèquement pour une cause populaire. C’est sur cette voie que des clubs plus réputés comme l’Ideale Bari, le Brutium Cosenza ou le famous CS Lebowski, ont décidé de se battre. L’absence de ligue spécifique réservée à ces clubs a le mérite de montrer à leurs adversaires qu’un autre modèle économique, assurément plus sain, peut aussi avoir du succès. Chez nous en France, ce modèle a bien du mal à percer bien qu’on retrouve des clubs comme le Menilmontant FC 1871. C’est en 2015 que Dal Pozzo a suivi ce chemin. Longtemps coincé en dernière division, le club a été champion de Terza Categoria en 2023, provoquant des scènes de liesse chez Gialloverde. La chaleur du calcio popolare Un gars nous attend juste de l’autre côté du guichet et nous salue amicalement. Il appartient aux Masnada, groupe ultra qui rassemble finalement toute la famille de supporters de Dal Pozzo. Nous arrivons dans une première cabane modeste: le bar du complexe sportif, occupé pour l’occasion par les fans du club. L’accueil est chaleureux, aucune phase d’observation, pas de regard déstabilisant, ni jugement, tout est naturel et bienveillant. Pas étonnant lorsqu’on partage des valeurs comme celles évoquées précédemment! Voilà qu’on nous offre un premier Campari, puis un second, avant de basculer dans la seconde cabane, pleine de charme et qui sera notre cantine. Nous partageons alors avec une trentaine de membres, un plat de penne au pesto avant de rejoindre la tribune. On est loin, très loin des banquets fastueux offerts aux VIP dans les salons éponymes pour les faire patienter confortablement jusqu’au coup d’envoi. Deux mondes diamétralement opposés et notre choix est fait. Cette petite collation d’avant-match, à laquelle sont conviés tous ceux qui le souhaitent atteste de la fraternité et sobriété des copropriétaires. C’est aussi l’occasion d’échanger en détail sur l’histoire de leur club et leurs nombreux projets. Dès les premières années, une forte répression s’est abattue sur ses membres, pour de multiples raisons: fumigènes, chants contre la police, inscription “Diffidati con noi” sur le maillot… Dix-huit joueurs avaient été suspendus trois mois pour l’avoir porté! Des financements participatifs et des évènements ont été organisés pour financer le paiement des amendes ou des frais d’avocat. Face à cette répression, jamais ils ne baisseront les bras. Et le club grossira. Aujourd’hui, Dal Pozzo c’est environ 150 membres et une organisation majoritairement horizontale, avec néanmoins un bureau et un président, nommé pour une durée de 4 ans, à la suite d’une “élection” modeste à laquelle chaque adhérent est convié. Le club s’autofinance et refuse tout sponsoring. Il vit des adhésions annuelles et de la billetterie (tout au tarif libre), de la vente de matos – casquette, t-shirts, vestes et autres sticks – et enfin des bénéfices issus des nombreux évènements organisés par les Masnada. La famille Dal Pozzo, c’est aussi un club de boxe et un club de foot à 7. La création d’une équipe féminine est évidemment une ambition que chaque membre garde en tête. Le club se distingue par sa portée sociale, culturelle, éducative et solidaire. Des évènements sont régulièrement organisés, avec des thématiques variées: initiation à l’art et à la calligraphie, exhibition de boxe, tournoi de foot, apéro social, tombola, etc. Au regard du contexte géopolitique, des évènements de sensibilisation à la situation en Palestine ont été mis en place, pour collecter des fonds pour aider la Global Sumud Flotilla. Lors du match qualificatif à la CDM 2026, entre la Nazionale et Israël, Dal Pozzo a organisé une soirée pour dénoncer le silence de la FIFA …
Après cinq mois d’absence, la Green Brigade a fait son retour
Initialement de six matchs, pour des comportements jugés “violents et menaçants” lors d’un match à domicile contre Falkirk au mois d’octobre, la mesure de suspension avait été prolongée en décembre. En tout et pour tout, elle aura duré cinq mois et 32 matchs! La Green Brigade s’est félicitée de voir cette sanction “injustifiée et inéquitable” être levée par le Celtic FC. Après avoir fait son retour en tribunes le 5 avril lors du déplacement à Dundee, la Green Brigade a pu goûter à nouveau aux joies du Celtic Park pour la réception de St Mirren, le week-end dernier. Une première depuis la suspension de près de 250 de ses membres, par le club, en novembre dernier. Un retour qui semble satisfaire tout le monde mais qui ne signifie pas que l’emblématique tribune abandonne ses engagements militants. Il ne faut pas s’attendre à voir les ultras du Celtic faire profil bas. Le Celtic FC a confirmé l’information dans un communiqué officiel, insistant sur le fait que la Green Brigade avait accepté de respecter les dispositifs de sécurité et de se soumettre à des évaluations match par match. Ce retour devrait aussi entraîner le remboursement partiel des matchs manqués par les interdits de stade, ainsi que le rétablissement des points de déplacement (“away points”) qu’ils auraient dû accumuler. Pour la Green Brigade, cela confirme qu’il n’existait aucun fondement à ces suspensions. Dans son communiqué, relayé sur les réseaux sociaux de la North Curve, la Green Brigade se satisfait de constater que “les restrictions concernant l’expression légitime des supporters et leur comportement envers la police ont été abandonnées”. Preuve de leur caractère arbitraire à leurs yeux. Le groupe rappelle son droit à être traité “de manière équitable, proportionnée et respectueuse par le club, ses stadiers et les forces de l’ordre, en particulier aux abords de Celtic Park”. Fracture consommée depuis longtemps Ce communiqué se ponctue par une série de réclamations adressées au club dont le remboursement intégral de tous les matchs manqués pour les supporters concernés, et des excuses officielles du club. “Nous n’oublierons pas l’expérience des derniers mois ni son impact personnel sur les supporters”, a ajouté la Green Brigade pour qui il reste des problèmes structurels et culturels majeurs. A moyen terme, elle réclame un cadre transparent de dialogue, notamment via la création d’un conseil consultatif de supporters, élu démocratiquement. Le timing de cette décision interroge toutefois les observateurs. En Scottish Premier League, le Celtic est actuellement troisième, derrière Hearts et les Rangers. Fragilisé dans la course au titre, le club s’est soudainement souvenu que la ferveur de sa tribune populaire pourrait lui être utile. Mais la gestion de ce dossier par la direction a provoqué de telles divisions qu’un communiqué tardif ne suffira pas à réparer les choses. La fracture avec la Green Brigade est consommée depuis de nombreux mois. Les multiples manifestations pro-palestiniennes du groupe avaient déjà conduit, en octobre 2023, à la suspension des abonnements de 250 membres de la North Curve. La Green Brigade défend une identité rebelle, antifasciste et anticolonialiste qui se heurte aux calculs mercantiles d’un board déconnecté de l’histoire sociale du Celtic FC, club fondé par les immigrants irlandais de Glasgow. Cette première suspension avait duré près de deux mois. La Green Brigade se relève toujours, “ni soumise, ni brisée”.
Hausse du prix des billets à Liverpool: une lutte des classes qui ne dit pas son nom
La direction du Liverpool FC – propriété du fonds américain FSG – a récemment décidé d’augmenter le prix des billets pour les saisons à venir. Des actions sont prévues et les supporters promettent d’intensifier le mouvement, à domicile comme à l’extérieur, “tant qu’ils auront le sentiment de ne pas être entendus”. En 2016, la mobilisation des supporters de Liverpool contre le projet de billet à 77 livres avait déjà fait reculer les propriétaires. Depuis les années 1990, le prix des places s’est envolé. Dans le Kop de Liverpool, il a été multiplié par 10. Signe d’une évolution du football à l’opposé des attentes et des moyens des moins fortunés, progressivement évincés des tribunes. La question tarifaire en Premier League est devenue un sujet sensible ces dernières années. Le prix des places illustre l’antagonisme entre des dirigeants qui ne jurent que par la rentabilité et des supporters considérés avant tout comme des clients. Qu’il s’agisse de hausses globales, de limitation des places à tarif réduit ou de replacement ailleurs dans le stade pour permettre au club de développer ses lucratifs “hospitality seats”, les clubs cherchent par tous les moyens à augmenter leurs revenus “match day”, sur le dos de leurs supporters les plus fidèles. Les protestations sont de plus en plus fréquentes. A la fin du mois de mars, le Liverpool FC a ainsi annoncé que le prix des billets et des abonnements augmenterait, en fonction de l’inflation, pour les trois prochaines saisons. Cela signifie que, dès la saison 2026/27, les abonnements subiront une hausse allant de 21,50 à 27 livres sterling. Ces hausses sont appelées à se durcir lors des deux saisons suivantes qui verront les supporters payer jusqu’à 67,50 livres de plus pour leur abonnement. Soit une augmentation de 3% la saison prochaine, puis une augmentation annuelle plafonnée à 5% jusqu’en 2029. Le club explique se baser sur une estimation basse de l’inflation, mais celle-ci pourrait s’avérer plus haute que prévu. Selon la BBC, c’est la première fois qu’un club de Premier League annonce à l’avance des hausses de prix sur plusieurs saisons consécutives. Cela signifie également qu’à l’orée de la saison 2028/29, les prix des billets de Liverpool auront augmenté lors de cinq saisons sur six. Le LFC défend sa politique tarifaire en invoquant une hausse globale de ses frais et des coûts de fonctionnement incontrôlables qui rendraient un gel des prix impossible si le club veut rester compétitif. Appel à ne plus consommer à l’intérieur du stade Cette décision imposée suscite la colère des fans des Reds. D’autant qu’elle intervient, comme le rappellent plusieurs médias, dans la foulée de la publication de revenus record, dépassant les 703 millions de livres. Le rapport annuel de l’UEFA sur les finances des clubs européens indique que Liverpool a généré 120 millions de livres de revenus billetterie l’an dernier (+ 27%). Le club gagne en moyenne 74 livres par spectateur et par billet vendu. Par jour de match, cela représente en moyenne 4,5 millions de livres de recettes, soit le huitième total le plus élevé en Europe. L’augmentation des prix devrait rapporter environ 1,5 million de livres supplémentaires au club. Une somme dérisoire pour une puissance économique comme Liverpool, mais importante pour des supporters déjà impactés par l’austérité et la vie chère. En réponse, le groupe Spirit of Shankly a lancé une campagne intitulée “Not a pound in the ground” (“Pas un sou dans le stade”), appelant les fans à se ravitailler à l’extérieur d’Anfield plutôt qu’à l’intérieur. Cette grève de la consommation est une des initiatives annoncées de la mobilisation contre la hausse des prix. Le groupe Spion Kop 1906 a lui décidé de retirer tous ses drapeaux du Kop pour les prochains matchs, à l’exception des commémorations d’Hillsborough prévues pour le match contre le PSG en Ligue des Champions. “Derrière tout cela, il y a notre soutien, que le club monétise et vend dans le monde entier. Ce soutien nous appartient, c’est nous qui vous le fournissons. Donc ces drapeaux vont disparaître. Les gens sont clairs: ils ne veulent plus les apporter. Nous ne vous donnerons plus ces images si vous ne nous accordez pas de valeur!”, justifie Jay McKenna, membre de Spirit of Shankly et président du conseil des supporters, auprès du média This is Anfield. Une marge sur les frais d’agent Pour augmenter la pression et pousser les dirigeants à se mettre autour de la table, les groupes de supporters appellent également à retarder le renouvellement de leurs abonnements, jusqu’à la date limite. Dans son communiqué, Spirit of Shankly reproche au club d’ignorer l’opposition claire et massive de ses propres supporters et met en garde: “Si les propriétaires du club n’écoutent pas, alors nous les y forcerons. Il ne s’agit plus de consultation. Cette opportunité est passée. Il s’agit maintenant d’agir. Laisser faire créerait un précédent. Pas seulement pour Liverpool, mais pour l’ensemble du football.” La Football Supporters Association (FSA), qui mène depuis deux saisons la campagne “Stop Exploiting Loyalty” contre les prix pratiqués par les clubs en Premier League, soutient pleinement la mobilisation. “Savoir que les prix vont augmenter pendant trois ans est particulièrement inquiétant en termes de dialogue. Cela signifie quoi? Que les discussions entre clubs et supporters sur les prix des billets disparaissent pour les trois prochaines années? Nous pensons que ce n’est pas acceptable et que cela doit rester un dialogue permanent. Il faut une réaction”, a expliqué Thomas Concannon, responsable du réseau Premier League à la FSA. Jay McKenna, qui s’inquiète des conséquences à long terme de ces hausses, soulève que le club dispose d’autres leviers pour faire des économies plutôt que de faire les poches des fans. “Liverpool a dépensé environ 33 millions de livres en frais d’agents sur les 12 derniers mois. Nous pensons qu’il serait possible d’agir là-dessus”, insiste-t-il. “La question est de savoir quel type de club Liverpool veut être”, a déclaré Spirit of Shankly. “Un club enraciné dans son peuple, ou un club qui considère ses supporters comme une source de revenus à exploiter année après année.”
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