Plus de matchs, plus de profits, plus d’exclus. Après la Russie et le Qatar, la Coupe du Monde 2026, majoritairement organisée dans des États-Unis en pleine bascule fasciste, poursuit la tradition d’une FIFA toujours plus éloignée de la passion populaire. Si boycott il doit y avoir, il ne peut venir que du peuple du football.
La Coupe du Monde de la FIFA n’a pas attendu de faire son retour aux États-Unis (après 1994) pour s’imposer comme un terrain de jeu privilégié des multinationales et un puissant outil de sportwashing. Elle était un symbole du capitalisme sportif avant, elle le restera après. Pour les organisateurs et tous ceux qui engrangent des profits grâce à l’évènement, le football n’est qu’un appât. On en parle comme de la compétition la plus populaire, mais il est de moins en moins question de laisser le peuple s’en approcher de trop près.
Les raisons de lutter contre cette Coupe du Monde, même à distance du continent américain, sont multiples. Donald Trump compte en faire une opération de blanchiment de sa violence débridée, autant qu’une exposition promotionnelle de son modèle suprémaciste. La brutalité du trumpisme est à l’œuvre à l’intérieur des frontières étasuniennes avec la chasse aux immigrés par la police fédérale de l’ICE, comme à l’extérieur avec de multiples manœuvres militaires impérialistes.
Sans parler du soutien indéfectible de la Maison Blanche aux criminels de guerre israéliens, Netanyahu et consorts. Ce tableau était déjà peint et exposé quand Gianni Infantino a trouvé judicieux d’attribuer à son ami Donald Trump le “Prix de la Paix de la FIFA”. Le même Trump qui menace tour à tour d’envahir le Groenland, de bombarder l’Iran et de piller le pétrole vénézuélien.
La FIFA vitrine du libéralisme autoritaire
Rien de surprenant de la part d’une FIFA qui n’a jamais vraiment caché son inclinaison vers les régimes autoritaires, qu’ils soient libéraux ou fascistes. On se rappelle les mots de l’ancien secrétaire général Jérôme Valcke, suspendu dans le cadre du FIFAgate, faisant les louanges de Poutine.
Après les exactions commises en son nom au Brésil en 2014 et l’abomination du traitement des ouvriers au Qatar, la Coupe du Monde nous donne une nouvelle occasion de nous lever. Non pas pour applaudir ses stars qui gagneraient à montrer plus de courage, mais pour montrer notre refus de cautionner. Les habituels couplets anesthésiants sur l’apolitisme du sport se dresseront sans aucun doute devant la critique de ce Mondial 2026. C’est le principal argument des partisans du statu quo.
A quelques mois du début de la compétition, quelques voix se sont faites entendre contre la politique tarifaire antisociale ou contre les restrictions de visa concernant Haiti, l’Iran, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Pour suivre son équipe jusqu’au bout de la compétition, il faudra débourser au minimum 6000 euros, sans compter les billets d’avion et les frais d’hébergement. “Près de cinq fois plus qu’au Qatar”, fait remarquer Football Supporters Europe (FSE).
L’appel au boycott est un minimum. Mais la portée mobilisatrice de ce type d’appel est limitée. Très critiqué, le Mondial 2022 n’avait pourtant pas donné lieu à un mouvement massif de refus, à l’exception de l’Allemagne. Le boycott y avait trouvé de la consistance au sein des importantes associations de supporters qui avaient profité de leur ancrage pour proposer un agenda alternatif. Cette configuration est-elle transposable ailleurs? C’est un des enjeux des semaines à venir.
La question du boycott s’est posée à plusieurs reprises dans l’Histoire, avec plus ou moins d’audience. En 1978, un comité pour le boycott de la Coupe du Monde en Argentine, le COBA, avait tenté d’alerter sur les crimes de la dictature de Videla et ses tortionnaires. La presse réactionnaire accusait déjà la démarche de “mélanger sport et politique”.
Mettre à l’honneur le football des opprimés
Derrière les appels au boycott qui se feront de plus en plus fort, il n’y aura rien à espérer des dirigeants. Rien à espérer de la FFF, ni de Didier Deschamps ou Mbappé. Chacun dira que ce n’est pas leur rôle de formuler ne serait-ce qu’une critique. Sélectionneur de l’équipe des États-Unis, Mauricio Pochettino a repris de volée son joueur Timothy Weah, pour avoir dénoncé le prix trop élevé des places, expliquant que son rôle c’était de jouer au ballon et pas de donner son avis.
Les passionnés, celles et ceux attachés à un football qui unit et émancipe, ne devront compter que sur leur propre énergie. Un boycott digne de ce nom ne peut venir que d’en-bas. L’heure est à réfléchir à la forme à donner à cet élan. Se contenter de refuser de regarder les matchs, en dépit de donner bonne conscience, aura un impact invisible. Il nous sera indispensable de réussir à collectiviser au maximum ce refus, et œuvrer à faire autre chose de ce moment où les télés du monde entier retransmettront la compétition avec un œil acritique, gavées de profits publicitaires.
La dénonciation de ce Mondial peut, c’est souhaitable, prendre la forme d’une vaste mobilisation internationale contre les régimes va-t’en guerre et leur alliée la FIFA. Localement, partout où ce sera possible, portons collectivement le refus de voir le football normaliser les crimes colonialistes et impérialistes. Mais plus encore, profitons de ce Mondial pour mettre à l’honneur le football des opprimés, et ouvrir des espaces de partage et de construction commune d’un football réellement populaire. Un football sans FIFA, pour le peuple et par le peuple.

Leave a Reply