De crise en crise, le Rayo Vallecano vers la lutte finale?

Le Rayo Vallecano est traversé depuis plusieurs années par un conflit larvé entre les supporters et la direction. Ces derniers temps, la crise a atteint un pic sur fond de volonté du président Presa de déménager le club hors de son berceau historique. Illustration d’un point de non-retour qui est déjà atteint depuis longtemps.

En battant l’Atlético de Madrid 3-0, le Rayo Vallecano s’est offert un petit bol d’air dans sa lutte pour le maintien en Liga. Il fallait remonter à 2013 pour retrouver trace d’un succès face aux Colchoneros. Un petit miracle pour l’équipe d’Íñigo Pérez tant l’ambiance est pesante. La rencontre a été délocalisée par LaLiga à l’Estadio de Butarque, antre du CD Leganés, à cause de l’état catastrophique de la pelouse du stade de Vallecas, jugée impraticable. Une pelouse “même pas digne d’un niveau régional” aussi dénoncée par les joueurs du Rayo qui ne fait que mettre en lumière une somme de négligences et de défaillances.

Une semaine plus tôt, le match contre le Real Oviedo avait déjà été reporté pour les mêmes raisons, quelques heures seulement avant le coup d’envoi. Ce report avait déclenché une manifestation de supporters devant l’Estadio de Vallecas, scandant le classique “Presa, vete ya” pour demander le départ du président Raúl Martín Presa, tenu responsable de la situation. Cette séquence pourrait avoir des répercussions sportives. S’estimant lésé, le club d’Oviedo a entamé des démarches légales pour obtenir les trois points. Selon le verdict, certains redoutent que cela ait un impact dans la lutte pour le maintien.

C’est un nouvel avis de tempête sur cette institution en conflit quasi permanent. Le Rayo Vallecano s’est pourtant stabilisé dans l’élite, où il évolue depuis cinq saisons consécutives, avec des comptes globalement à l’équilibre. Il est aussi qualifié pour les 1/8 de finale de Conference League. Mais c’est insuffisant pour apaiser la colère envers Raúl Martín Presa, président détesté et contesté depuis de longues années. Les Bukaneros, ultras antifascistes, ont appelé à boycotter le match contre l’Atlético: “Supporter du Rayo, aller à Leganés crée un dangereux précédent permettant à Presa de justifier un départ du Rayo Vallecano hors du quartier. Ne prends pas ton billet. Laissons Butarque vide”.

Le match à Butarque a été boycotté par près de 75% des abonnés. Et, parmi les 5000 supporters qui ont fait le déplacement, beaucoup ont manifesté leur hostilité envers Presa. Chose rare dans le football moderne, l’effectif a pris position et fait front avec les supporters. Douches froides, délocalisations des entraînements, salaires en retard évoqués dans les médias… le vestiaire est à bout. Dans un communiqué publié sur le site de l’Asociación de Futbolistas Españoles (AFE), joueurs et staff ont dénoncé une pré-saison tronquée par des conditions d’entraînement déplorables mais aussi des infrastructures obsolètes pour l’activité d’un club de 1ère Division.

La vétusté du stade – dont le club n’est pas propriétaire – sert aussi d’alibi à Presa qui défend publiquement de la nécessité d’un nouveau stade ailleurs qu’à Vallecas. “Le Rayo doit quitter ce stade, s’il reste ici, il mourra”, a-t-il déclaré au micro de DAZN avant le match contre Osasuna, le 24 janvier dernier. Selon lui l’enceinte actuelle ne permet pas de générer suffisamment de revenus. Ces propos ne font que confirmer une rupture déjà consommée depuis plusieurs années. D’autant que la stratégie du conseil d’administration interroge. Le club n’a semble-t-il pas déposé de dossier pour bénéficier des millions du “Plan Impulso”, fruit des 2 milliards d’euros injectés par le fonds d’investissement CVC en échange de 8,2% des revenus commerciaux de LaLiga pendant 50 ans.

Crise lointaine et multidimensionnelle

Le conflit entre Presa et les groupes de supporters dure depuis plus d’une décennie. Arrivé à la tête du club en 2011, l’homme d’affaire se distingue par sa gestion sécuritaire et une multiplication de choix inacceptables pour une afición aux valeurs très ancrées à gauche. En 2015, dans l’optique de développer le Rayo Vallecano comme une marque internationale, Presa s’est piteusement essayé à la multipropriété avec l’acquisition d’une franchise NASL basée à Oklahoma City et baptisée “Rayo OKC”. L’expérience tournera court, mais cimente l’antagonisme entre un adepte du foot business et des supporters qui rejettent ces travers. Le fil ne sera plus renoué.

L’affaire Zozulya – du nom de cet attaquant ukrainien sympathisant du régiment néo-nazi Azov – laissera également des traces. Prêté au Rayo par le Bétis Séville, la mobilisation des supporters fera obstacle à sa signature. Il n’aura pas le temps d’enfiler le maillot. Presa reproche aux supporters, principalement aux Bukaneros, de nuire aux intérêts du club. Pas à une provocation près, il invitera les figures du parti d’extrême-droite Vox, Santiago Abascal et Rocío Monasterio. Ce qui vaudra au président du club d’être qualifié “d’idiot utile du fascisme” par les supporters, réunis sous l’étiquette de la Plataforma ADRV.

Hausse du prix des abonnements, prohibition du matériel des Bukaneros, Raúl Martín Presa n’a pas lésiné sur les mesures antisociales et répressives. Il n’hésite pas à instrumentaliser les débordements pour marginaliser les franges les plus combatives. Même si l’intention de construire un nouveau stade hors du quartier est irréaliste à court terme, elle donne au conflit historique des allures de lutte finale. L’Estadio de Vallecas est un marqueur identitaire très fort et intouchable aux yeux des supporters qui privilégient une rénovation.

Selon AS, ce sont environ 2000 rayistas qui se sont rassemblés le 15 février dernier, à l’appel la Fédération des Peñas et la Plateforma ADRV, derrière une banderole “Presa inhabilitación”. Des supporters de tous âges et des abonnés historiques composaient ce cortège imposant pour réclamer la destitution du président. Parmi les slogans scandés: “Nous ne voulons pas voir comment tu coules le Rayo, Presa démission” ou “Rayo oui, Presa non”. Pour une large majorité de la base sociale du Rayo, le match le plus important se joue contre la direction et sa politique qui ne cesse d’en piétiner les valeurs et l’identité.

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