Délocalisation de Milan AC-Côme annulée, la Serie A n’abandonne pas l’idée

Nouveau revers pour les promoteurs des matchs délocalisés: Milan AC-Côme, comptant pour la 24e journée de Serie A, ne se jouera finalement pas à Perth (Australie) le 8 février prochain. Une nouvelle dont il faut se satisfaire deux mois après l’échec de l’organisation d’un match de Liga à Miami. Pour autant, il faut s’attendre à voir les dirigeants revenir à la charge.

Peu emballée par l’idée de délocaliser des matchs de championnat, l’UEFA n’avait pas opposée de veto formel. La Serie A pensait avoir fait le plus dur. Elle avait même un alibi en béton: à la date où le match entre le Milan AC et Côme était programmé, San Siro est indisponible en raison de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver de Milan-Cortina (6-22 février 2026). Mais ce projet aberrant de match de championnat à plus de 13 000 kilomètres de l’Italie, est tombé à l’eau. Après avoir exploré toutes les options, la Serie A et les autorités d’Australie-Occidentale se sont résolues à annoncer son annulation.

La nouvelle a sonné comme un camouflet pour le foot business. Mais crier victoire serait bien audacieux. Contrairement au cas espagnol, elle n’est pas vraiment à mettre au crédit d’une mobilisation populaire. En octobre dernier, la Liga avait aussi été contrainte de renoncer à la délocalisation du match Villarreal-Barcelone aux États-Unis, après un mouvement de protestation. En Italie, les quelques banderoles d’ultras et prises de parole de joueurs, dont Mike Maignan et Adrien Rabiot, restent trop timides pour faire passer aux dirigeants de la Serie A l’envie de retenter sous peu ce type d’opération.

Victime des rapports de force internes à l’AFC?

Les raisons sont plutôt à chercher dans les conditions imposées par la Confédération Asiatique de Football (AFC), entraînant des “complications de dernière minutes” et des “risques financiers non maîtrisés”. L’AFC voulait en effet désigner un corps arbitral de son choix au lieu des arbitres italiens. Les négociations ont aussi coincé sur l’aspect promotionnel et marketing de l’événement, l’AFC souhaitant effacer au maximum la présence de la marque “Serie A”. Ezio Simonelli – président de la Serie A – a parlé d’une “escalade de nouvelles exigences inacceptables”.

Pourquoi la confédération asiatique semble avoir fait le nécessaire pour rendre impossible la tenue de ce match à Perth? Auparavant membre de la Confédération d’Océanie (OFC), l’Australie n’a rejoint l’AFC que depuis 2006. Elle est souvent considérée comme une pièce rapportée occidentale dans un football “asiatique” malgré tout hétérogène. Ce projet, qui en faisait le premier pays à accueillir un match de championnat du “Big 4” européen, aurait donné à l’Australie une longueur d’avance symbolique et probablement attisé les rivalités internes à la Confédération.

Les pays de la péninsule arabique, à commencer par l’Arabie Saoudite – qui accueille déjà la Supercoupe d’Espagne – voyaient d’un très mauvais œil cette possibilité laissée à l’Australie d’être la porte d’entrée de l’exportation d’un match de championnat européen, avec les retombées financières et d’image allant avec. Cynique, la députée Rita Saffioti – qui a activement œuvré pour faire venir l’AC Milan et Côme à Perth – a souligné que la simple publicité du match aura été bénéfique pour la visibilité de Perth “évoquée comme jamais auparavant dans les grands médias internationaux et les milieux du football européen au cours des six derniers mois.”

Idée reportée, jusqu’à quand?

Si l’UEFA ne cache pas voir d’un assez mauvais œil cette “innovation” dangereuse qui met à mal le principe fondamental de “territorialité des compétitions nationales” et impacte un peu plus l’équité sportive, elle ne fait rien pour s’y opposer fermement. La mise en œuvre n’est que retardée. Pour combien de temps? Les dirigeants vont à coup sûr, dans un avenir proche, retenter l’expérience. Les déclarations de Luigi De Siervo, directeur général de la Serie A, sont sans ambigüité: “Celui qui développe une propriété sportive a l’obligation de penser pour dans 5 ou 10 ans, et nous devons faire ni plus ni moins que ce que les grandes ligues américaines ont toujours fait. Si l’on veut devenir une Ligue internationale, il faut avoir le courage de faire des choix impopulaires.”

C’est la tendance d’un football moderne dont les objectifs se mesurent en parts de marché. Dans ce logiciel capitaliste, les intérêts des supporters historiques, tout comme la santé des joueurs, importent peu.

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