Lancée début mars et destinée au Sénat italien, la pétition intitulée “Per un calcio giusto e popolare” (“Pour un football juste et populaire”) a déjà été rejointe par environ 150 associations de supporters ou ultras de la péninsule. Le texte dénonce les travers commerciaux et sécuritaires du football moderne et porte plusieurs revendications visant à repositionner les supporters comme des acteurs centraux.
Les cas où les supporters s’unissent autour de mots d’ordre fédérateurs ou sociaux sont rares. Le football moderne prospère aussi sur l’absence de rapport de force amorcé depuis la base. Cette pétition, qui doit encore rassembler au moins 50 000 signatures avant la fin du mois de mai 2026 pour pouvoir être étudié par les sénateurs, porte la vision réformiste d’un football moins coupé du peuple.
Les tribunes italiennes partent de loin. Depuis l’instauration de la Tessera del Tifoso (la Carte du Supporter) il y a une quinzaine d’années, on n’avait pas assister à une tel élan unitaire. C’est la première fois en revanche qu’il se construit autour d’une plateforme revendicative aussi claire. C’est dire le sentiment d’urgence devant un football frappé par le hausse des prix, les restrictions liberticides et les calendriers absurdes.
Les mesures revendiquées par les groupes ultras et les associations de supporters
• Des prix plus “populaires”: Revendication sociale historique et majeure pour celles et ceux qui défendent un football populaire. Les ultras italiens proposent la mise en place d’un plafond tarifaire dans les virages: 20 € en Serie A, 15 € en Serie B, 10 € en Serie C. Des prix qui permettraient de garantir un football accessible aux catégories les moins aisées pour que ces tribunes gardent leur coloration sociale qui en font “le cœur battant du supportérisme”.
• Des déplacements garantis pour les fans visiteurs: Cette mesure passe par la mise en place de procédures claires et rapides permettant aux supporters adverses d’organiser leurs déplacements suffisamment à l’avance. Les groupes revendiquent la liberté de circulation, censée être un droit constitutionnel, et l’achat de billets par des moyens non numériques, au nom d’une accessibilité maximale. Enfin, contre les restrictions généralisées, ils veulent que soit supprimées les interdictions de stade systématiques et les programmes de fidélisation obligatoires qui transforment les tifosi en clientèle.
• Des interdictions de stade (D.A.SPO) repensées: Toute interdiction de stade devrait être soumise à l’examen d’un juge, pour garantir un véritable droit à la défense. De même, la mesure du “D.A.SPO hors contexte”, qui permet de sanctionner des tifosi pour des faits sans lien avec le football et le stade, doit être aboli selon les supporters signataires de la pétition.
• Meilleur contrôle des opérations de rachat de clubs et fin des multipropriétés: Les traumatismes laissés par certaines cessions de clubs incitent les supporters à réclamer la mise en place de critères stricts et transparents imposer aux nouveaux propriétaires: solidité financière avérée et respect de l’histoire et de l’identité locale. Dans le même esprit protectionniste, ils exigent l’interdiction de la multipropriété qui piétine le lien entre le club et son territoire en en faisant une vulgaire franchise. L’expérience du Genoa, pris dans le marasme de 777 Partners, alimente cette prise de conscience collective.
• Des stades pensés pour les supporters: Il s’agit d’aller à rebours de la vision de stades conçus comme des enceintes consuméristes en redonnant aux supporters “la possibilité d’apporter voix et couleur aux tribunes”. Cela implique notamment de mettre fin aux horaires indécents et aux restrictions de matériel indispensable à l’expression de la ferveur, comme les tambours. Les ultras signataires réclament aussi l’abolition du “code éthique”, qui permet aux clubs d’exclure de façon arbitraire des supporters, et la mise en place de zones dédiées aux supporters en situation de handicap ainsi qu’à ceux qui veulent assister au match debout.
• Un football “méritocratique”: Celui-ci s’exprime entre autre par le refus de voir les équipes réserves –comme celle de la Juventus, de l’Atalanta et du Milan AC – participer au championnat de Serie C et fausser la compétition. Les ultras estiment que les divisions inférieures ne doivent pas servir “d’incubateurs” au service des clubs les plus riches, qui bloquent des places au détriment de clubs traditionnels, plus modestes. Pour préserver le mérite sportif, ils prônent la création d’un championnat spécifique pour les équipes “B”, comme en Angleterre.
Sur quoi peut déboucher ce type d’initiative? Probablement pas grand chose dans l’immédiat. Mais son intérêt n’est pas tant la finalité visée que les questions posées en chemin. Cette campagne a déjà donné lieu à de nombreuses banderoles déployées dans les stades, reprenant le slogan de la pétition et appelant à la signer massivement. L’objectif minimum est de récolter 50 000 signatures, comme l’article 50 de la Constitution italienne le demande, mais certains nourrissent l’espoir d’en recueillir 200 000. De quoi servir de base à un rapport de force? Les tribunes du pays transcendent leurs rivalités pour y parvenir.

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