Depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Gianni Infantino a pris l’habitude de s’afficher à ses côtés. Imminence de la prochaine Coupe du monde mise à part, les deux hommes affichent une complicité certain, avec le pouvoir et l’argent comme valeurs cardinales.
À Washington, lors de la réunion inaugurale de son “Conseil de la paix” consacrée à la reconstruction de Gaza, Donald Trump a annoncé l’ouverture d’un fonds de 75 millions de dollars en partenariat avec la FIFA destinés au financement d’infrastructures sportives. Présent à cette sauterie regroupant le gratin mondial de l’extrême-droite national-conservatrice (de Javier Milei à Viktor Orbán), Infantino a été pris à témoin par le président américain: “Vous allez construire des terrains et faire venir les plus grandes stars mondiales, des gens qui sont de plus grandes stars que vous et moi, Gianni”, a affirmé le président américain dans une tirade dont il est coutumier, prenant Infantino à témoin.
Les deux hommes mettent en scène leur proximité. En décembre dernier, Trump recevait le “Prix de la Paix de la FIFA” des mains d’un Infantino, tout en flagornerie: “C’est ce que nous attendons d’un dirigeant… vous méritez assurément le premier prix de la paix de la FIFA pour votre action, pour ce que vous avez accompli à votre manière, mais vous l’avez fait d’une façon incroyable, et vous pouvez toujours compter, Monsieur le Président, sur mon soutien.” Ce gadget créé sur mesure vaut au patron de la FIFA d’être visé par une plainte de l’ONG britannique FairSquare qui l’accuse d’avoir “bafoué la neutralité politique”. Une procédure, avant tout symbolique, qui suit son cours en toute opacité.
Dans la dernière ligne droite avant une nouvelle Coupe du Monde controversée, Infantino apparaît de plus en plus en homme-sandwich du mouvement Maga (“Make America Great Again”), portant fièrement la casquette rouge floquée “USA” et “45-47”, référence au deux mandats de Donald Trump, 45e et 47e président des États-Unis. Le courrier de FairSquare, révélé par The Athletic, mentionnait les mots d’Infantino dans une vidéo publiée sur Instagram le 20 janvier, jour de l’investiture de Trump: “Ensemble, nous rendrons non seulement l’Amérique à nouveau grande, mais aussi le monde entier.”
Chantage aux taxes douanières, menaces de guerre, chasse aux immigrés sous la bannière de l’ICE, Donald Trump compte faire de cette Coupe du monde une vitrine de sa politique xénophobe, anti-sociale et impérialiste. Agent volontariste de ce sportwashing, Infantino se met au service du régime trumpiste comme il l’a auparavant fait avec Poutine ou la petro-monarchie qatarie. Symbole de cet alignement, le refus de la FIFA de prendre la moindre mesure contre la fédération israélienne de football (IFA), mise en garde par l’US State Department.
Après deux ans de guerre génocidaire, la FIFA compte jouer au maçon du cœur sur les ruines de Gaza, la construction de 50 mini-terrains labellisés “FIFA Arena”, d’une Académie haut de gamme et d’un stade national d’une capacité de 20 000 places. En liant à ce point l’action de la FIFA à l’agenda de l’administration Trump, Infantino fait tomber le dernier rideau de l’illusion apolitique d’une organisation qui aura tôt ou tard à rendre des comptes.

Leave a Reply