La direction du Liverpool FC – propriété du fonds américain FSG – a récemment décidé d’augmenter le prix des billets pour les saisons à venir. Des actions sont prévues et les supporters promettent d’intensifier le mouvement, à domicile comme à l’extérieur, “tant qu’ils auront le sentiment de ne pas être entendus”. En 2016, la mobilisation des supporters de Liverpool contre le projet de billet à 77 livres avait déjà fait reculer les propriétaires.
Depuis les années 1990, le prix des places s’est envolé. Dans le Kop de Liverpool, il a été multiplié par 10. Signe d’une évolution du football à l’opposé des attentes et des moyens des moins fortunés, progressivement évincés des tribunes. La question tarifaire en Premier League est devenue un sujet sensible ces dernières années. Le prix des places illustre l’antagonisme entre des dirigeants qui ne jurent que par la rentabilité et des supporters considérés avant tout comme des clients.
Qu’il s’agisse de hausses globales, de limitation des places à tarif réduit ou de replacement ailleurs dans le stade pour permettre au club de développer ses lucratifs “hospitality seats”, les clubs cherchent par tous les moyens à augmenter leurs revenus “match day”, sur le dos de leurs supporters les plus fidèles. Les protestations sont de plus en plus fréquentes. A la fin du mois de mars, le Liverpool FC a ainsi annoncé que le prix des billets et des abonnements augmenterait, en fonction de l’inflation, pour les trois prochaines saisons.
Cela signifie que, dès la saison 2026/27, les abonnements subiront une hausse allant de 21,50 à 27 livres sterling. Ces hausses sont appelées à se durcir lors des deux saisons suivantes qui verront les supporters payer jusqu’à 67,50 livres de plus pour leur abonnement. Soit une augmentation de 3% la saison prochaine, puis une augmentation annuelle plafonnée à 5% jusqu’en 2029. Le club explique se baser sur une estimation basse de l’inflation, mais celle-ci pourrait s’avérer plus haute que prévu.
Selon la BBC, c’est la première fois qu’un club de Premier League annonce à l’avance des hausses de prix sur plusieurs saisons consécutives. Cela signifie également qu’à l’orée de la saison 2028/29, les prix des billets de Liverpool auront augmenté lors de cinq saisons sur six. Le LFC défend sa politique tarifaire en invoquant une hausse globale de ses frais et des coûts de fonctionnement incontrôlables qui rendraient un gel des prix impossible si le club veut rester compétitif.
Appel à ne plus consommer à l’intérieur du stade
Cette décision imposée suscite la colère des fans des Reds. D’autant qu’elle intervient, comme le rappellent plusieurs médias, dans la foulée de la publication de revenus record, dépassant les 703 millions de livres. Le rapport annuel de l’UEFA sur les finances des clubs européens indique que Liverpool a généré 120 millions de livres de revenus billetterie l’an dernier (+ 27%). Le club gagne en moyenne 74 livres par spectateur et par billet vendu. Par jour de match, cela représente en moyenne 4,5 millions de livres de recettes, soit le huitième total le plus élevé en Europe.

L’augmentation des prix devrait rapporter environ 1,5 million de livres supplémentaires au club. Une somme dérisoire pour une puissance économique comme Liverpool, mais importante pour des supporters déjà impactés par l’austérité et la vie chère. En réponse, le groupe Spirit of Shankly a lancé une campagne intitulée “Not a pound in the ground” (“Pas un sou dans le stade”), appelant les fans à se ravitailler à l’extérieur d’Anfield plutôt qu’à l’intérieur. Cette grève de la consommation est une des initiatives annoncées de la mobilisation contre la hausse des prix.
Le groupe Spion Kop 1906 a lui décidé de retirer tous ses drapeaux du Kop pour les prochains matchs, à l’exception des commémorations d’Hillsborough prévues pour le match contre le PSG en Ligue des Champions. “Derrière tout cela, il y a notre soutien, que le club monétise et vend dans le monde entier. Ce soutien nous appartient, c’est nous qui vous le fournissons. Donc ces drapeaux vont disparaître. Les gens sont clairs: ils ne veulent plus les apporter. Nous ne vous donnerons plus ces images si vous ne nous accordez pas de valeur!”, justifie Jay McKenna, membre de Spirit of Shankly et président du conseil des supporters, auprès du média This is Anfield.
Une marge sur les frais d’agent
Pour augmenter la pression et pousser les dirigeants à se mettre autour de la table, les groupes de supporters appellent également à retarder le renouvellement de leurs abonnements, jusqu’à la date limite. Dans son communiqué, Spirit of Shankly reproche au club d’ignorer l’opposition claire et massive de ses propres supporters et met en garde: “Si les propriétaires du club n’écoutent pas, alors nous les y forcerons. Il ne s’agit plus de consultation. Cette opportunité est passée. Il s’agit maintenant d’agir. Laisser faire créerait un précédent. Pas seulement pour Liverpool, mais pour l’ensemble du football.”
La Football Supporters Association (FSA), qui mène depuis deux saisons la campagne “Stop Exploiting Loyalty” contre les prix pratiqués par les clubs en Premier League, soutient pleinement la mobilisation. “Savoir que les prix vont augmenter pendant trois ans est particulièrement inquiétant en termes de dialogue. Cela signifie quoi? Que les discussions entre clubs et supporters sur les prix des billets disparaissent pour les trois prochaines années? Nous pensons que ce n’est pas acceptable et que cela doit rester un dialogue permanent. Il faut une réaction”, a expliqué Thomas Concannon, responsable du réseau Premier League à la FSA.
Jay McKenna, qui s’inquiète des conséquences à long terme de ces hausses, soulève que le club dispose d’autres leviers pour faire des économies plutôt que de faire les poches des fans. “Liverpool a dépensé environ 33 millions de livres en frais d’agents sur les 12 derniers mois. Nous pensons qu’il serait possible d’agir là-dessus”, insiste-t-il. “La question est de savoir quel type de club Liverpool veut être”, a déclaré Spirit of Shankly. “Un club enraciné dans son peuple, ou un club qui considère ses supporters comme une source de revenus à exploiter année après année.”

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