Le transfert de Jocelin Ta Bi en provenance d’Israël tarde à être officialisé, mais son annonce a mis le Celtic FC sous le feu des critiques. De nombreux supporters font un parallèle entre la lutte irlandaise et palestinienne contre le colonialisme. Beaucoup estiment que cette transaction reviendrait à “financer un génocide”.
La direction du Celtic FC ne semble pas prête à renoncer à débourser 2 millions de livres pour recruter Jocelin Ta Bi, actuellement prêté à l’Hapoel Petah Tikva par le Maccabi Netanya. Un récent communiqué de la Campagne palestinienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (PACBI), publié sur les réseaux sociaux, dénonce un transfert qui ne peut être considéré comme une transaction ordinaire et rappelle que les clubs israéliens “ne sont pas des entités sportives neutres”.
Le Maccabi Netanya est majoritairement détenu par Aliya Capital Partners, une société américaine d’investissements qui a aussi des parts dans le club de Reading en Angleterre. Mais le football n’est pas sa seule activité, elle a massivement investi au sein de XTEND, fabricant israélien de drones, civils et militaires. Ross Kerstin, directeur général d’Aliya et président du Maccabi Netanya, siège d’ailleurs au conseil d’administration de XTEND.
Une forme de complicité avec les crimes israéliens
Un tel tableau devrait suffire à considérer toute relation commerciale avec le Maccabi Netanya – dont les matchs sont ceux où les chants racistes sont les plus nombreux derrière le Beitar Jérusalem et le Maccabi Tel-Aviv – comme une forme de complicité avec les exactions multiples commises par Israël, et son régime d’apartheid, à l’encontre des Palestiniens. “Depuis le début du génocide à Gaza, XTEND a vendu des milliers de drones, y compris des drones de combat, à l’armée israélienne”, souligne le communiqué de la PACBI.
“Ces drones sont utilisés pour contrôler les camps de réfugiés, intimider les jeunes et contribuer à la destruction d’infrastructures dans toute la Cisjordanie, y compris des installations sportives”, explique Mohammed Alazraq, un des responsables du Lajee Celtic. Ce club basé dans le camp de réfugiés d’Aida, près de Bethléem, a été créé avec le soutien de membres de la Green Brigade. “Nous sommes fiers de notre lien avec le Celtic et de ce que le club représente pour notre communauté, mais il y a une profonde déception face au fait que la direction semble ne pas se soucier de défendre ce qui est juste lorsqu’il s’agit de la Palestine”, a-t-il ajouté.
Faire des affaires avec les propriétaires du Maccabi Netanya a des conséquences concrètes pour les Palestiniens des territoires occupés. “Le football ne devrait pas servir à blanchir l’image d’entreprises et d’institutions qui tirent profit de notre oppression”, déplore encore Mohammed Alazraq.
Une direction coupée de la base
Cet épisode met en lumière le décalage de plus en plus frappant entre la communauté des fans du Celtic et les décisions des dirigeants du club. “Qu’en pensent les supporters du Celtic, qui se sont constamment mobilisés pour la Palestine, de voir leur argent durement gagné investi dans une occupation militaire pratiquant l’apartheid et un génocide?”, interroge l’organisation “Scotland for Palestine” dans les colonnes du journal The National. Depuis octobre 2023, les bombardements de l’armée israélienne ont réduit la bande de Gaza en ruines et fait plusieurs dizaines de milliers de morts.
Plusieurs voix ont rappelé les origines du Celtic FC, club des immigrés irlandais de l’East End de Glasgow, né de la famine et de l’injustice coloniale. La PACBI estime qu’en s’alignant “sur un régime qui utilise délibérément la famine comme arme”, les dirigeants tournent le dos à cette histoire. Alors qu’il a les moyens financiers d’aller recruter des joueurs ailleurs, ce choix de commercer avec des acteurs de l’industrie militaire israélienne a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Certains laissant entendre que le joueur “ne sera jamais accepté par la majorité des supporters”.
Le contexte du club est marqué par le conflit entre la Green Brigade et la direction. Le groupe de supporters le plus actif et engagé est actuellement exclu du Celtic Park, dans le cadre des sanctions disciplinaires infligées par le club après un match face à Falkirk fin 2025.
“Ta Bi n’a rien à voir avec cette colère”
Une idée que le site The Celtic Star préfère tempéré, rappelant que Jocelin Ta Bi n’est pas nommément en cause et qu’il se retrouve au cœur d’un conflit qui le dépasse. Le jeune attaquant ivoirien a déclaré “accomplir un grand rêve, dans un club mythique et dans l’un des meilleurs stades du monde”. Le média indépendant dédié au club met en garde sur le traitement qui pourrait être réservé au joueur. “Nous pouvons contester ce qui entoure ce transfert et interpeller le club, ce qui est la bonne chose à faire, mais nous devons aussi garder à l’esprit que le joueur n’a rien fait de mal et qu’il mérite d’être accueilli comme n’importe quelle nouvelle recrue”.
Tant que le transfert n’est pas officiel, un retournement de situation n’est pas à exclure. Les médias locaux commencent à parler d’un “problème médical”. Mais si Jocelin Ta Bi venait à signer, The Celtic Star veut parier sur un accueil chaleureux: “Il n’a rien à voir avec la colère des supporters contre notre direction qui envoie des millions de livres en Israël, entre les mains de ceux qui œuvrent à un objectif d’anéantissement à l’encontre du peuple palestinien.”

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