Plusieurs médias, dont le Guardian, ont diffusé l’information d’un renoncement de l’armée israélienne à détruire le terrain de football du camp de réfugiés d’Aida, à Bethléem, en Cisjordanie, évoquant l’intervention de l’UEFA et de la FIFA. Faute d’officialisation, la solidarité internationale doit se poursuivre.
Ces dernières semaines, l’Aida Youth Center a lancé une campagne internationale intitulée “Save the Pitch” (“Sauvez le terrain”), dans le but d’empêcher Israël de démolir la seule infrastructure sportive du camp de réfugiés. Celle-ci a donné lieu à de nombreux messages et banderoles de solidarité. La pétition adressée à Gianni Infantino – président de la FIFA – et Aleksander Čeferin – président de l’UEFA – a recueilli plus de 350 000 signatures.
Construit en 2021 au pied d’un mur de séparation haut de 8 mètres, le terrain de foot est le seul d’Aida, camp où s’entassent plus de 7000 réfugiés palestiniens. Il bénéficie à plusieurs centaines d’enfants et adolescents du camp, mais aussi à des jeunes du camp de réfugiés voisin de Bayt Jibrin. Plus qu’un simple équipement sportif, il est un espace de sociabilité, de résistance et d’espoir; un rectangle de respiration dans le quotidien étouffant de la colonisation.
Mohammad Abu Srour, du Centre de jeunesse d’Aida, a déclaré à The Nation: “Pour de nombreux enfants, il représente l’espoir, la stabilité et une voie vers des opportunités à travers le sport, l’éducation et le soutien psychosocial.” Les témoignages de jeunes joueuses et joueurs du camp d’Aida faisant part de leur inquiétude se sont multiplié ces dernières semaines. A l’image des propos de la jeune Rimas Sarhan, rapportés par Al-Jazeera: “J’ai commencé ma vie sportive et le football sur ce terrain. Je n’arrive pas à croire qu’il existe une décision israélienne de le démolir. La question est: pourquoi? Quel danger représente ce terrain?”
Son utilisation par l’Aida Youth Center est le fruit d’un accord avec la municipalité de Bethléem (qui loue à l’Église arménienne). Outre le terrain de football, l’accord comprenait aussi la construction d’un théâtre et d’un jardin public. “Le comité a construit le terrain et le théâtre, mais Israël a empêché la construction du jardin et a émis des ordres de démolition répétés contre le terrain”, a rappelé Saeed Al-Azzha, président du Comité populaire du camp.
Une information non officielle
Plusieurs médias, dont le Guardian, ont rapporté en début de semaine qu’Israël avait cédé à la pression internationale et annulé l’ordre de démolition. L’Aida Youth Center a rapidement démenti l’information auprès du média Al-Jazeera. “Nos avocats n’ont reçu aucune réponse officielle du tribunal ou des autorités israéliennes confirmant ces informations”, a déclaré Munther Amira, responsable du centre, parlant d’une simple annonce médiatique. En l’état, rien ne garantit que le terrain est sauvé. Parmi la communauté et la jeunesse d’Aida, l’inquiétude demeure.
Le premier ordre de démolition du terrain a été émis le 3 novembre par le COGAT, l’organisme rattaché au ministère israélien de la Défense en charge des zones occupées de Cisjordanie. Outre l’absence de permis de construction, l’armée a aussi invoqué des motifs sécuritaires et l’interdiction de construire à proximité du mur de séparation. Un second ordre a été émis le 31 décembre, avant que le Comité populaire du camp – détenteur du bail du terrain – ne saisisse un tribunal israélien, lequel a décidé de reporter la démolition au 18 janvier.
Par la suite, l’armée israélienne a accordé un délai supplémentaire de sept jours, en forme de couteau sous la gorge. “Ils nous ont dit de démolir le terrain nous-mêmes, sinon ils le feront et nous obligeront à en assumer les coûts”, a indiqué Munther Amira, responsable de l’Aida Youth Center, au média Al-Jazeera. Dans une lettre adressée au président de la FIFA, Munther Amira l’a exhorté à reconnaître que la décision de raser le terrain constituait “une tentative manifeste et cynique de priver les Palestiniens, y compris des centaines de garçons et de filles, d’une installation d’une importance cruciale pour leur bien-être physique et mental”.
Čeferin et Infantino se donnent bonne conscience
L’intervention de l’UEFA et de la FIFA a probablement pesé dans le fait que le terrain n’ait pas encore été démoli. Contacté par le média The Nation, Nick McGeehan – directeur des programmes de l’ONG FairSquare – estime que cela “ne doit pas détourner l’attention de leurs responsabilités statutaires concernant l’Association israélienne de football et ses violations persistantes des règles en vigueur.” La FIFA n’a en effet eu de cesse de botter en touche, cherchant à esquiver toute prise de sanctions contre la Fédération israélienne de football (IFA), malgré l’installation évidentes d’équipes israéliennes dans les territoires illégalement occupés en Cisjordanie.
Ces derniers mois, l’UEFA s’était simplement contentée d’une banderole “Arrêtez de tuer des enfants – arrêtez de tuer des civils”, avant le coup d’envoi de la Supercoupe d’Europe. Mais suite à l’intervention d’Aleksandr Čeferin pour le terrain d’Aida, l’instance européenne a tenu à remercier Moshe Zuares (président de l’IFA et membre du comité exécutif de l’UEFA), “pour ses efforts visant à protéger le site contre la démolition”. Ces ronds de jambe sont dans la continuité de sa passivité complice face aux violations répétées des règlements internationaux par Israël, et plus généralement face au génocide dans la bande de Gaza.
Pour le média The Nation, les motivations de l’UEFA pourraient bien être ailleurs. La complaisance de l’instance à l’égard d’Israël est au cœur d’une résolution déposée au Parlement suisse pour révoquer ses avantages fiscaux. En cas d’adoption le 27 janvier prochain, l’UEFA sera sommée de se justifier et d’expliquer en quoi son inaction est compatible avec les conditions d’accès à cette exonération fiscale. À savoir: promouvoir la paix et lutter contre la discrimination. Pas vraiment le profil d’Israël, pays dont le Premier ministre Benyamin Netanyahu est sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénal Internationale pour “crime contre l’Humanité”.
Le sport palestinien décimé
Face à cette menace de démolition, la Fédération palestinienne de football (PFA) a dénoncé une violation de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. Muhannad Abu Surour coordinateur du programme sportif de l’Aida Youth Center – ne désespère de voir la FIFA et l’UEFA “protéger le droit des enfants à jouer, y compris en suspendant Israël des compétitions sportives internationales, comme cela a été fait par le passé avec la Russie et l’Afrique du Sud en réponse à de graves violations.”
Le terrain d’Aida est un symbole de la menace permanente que les autorités israéliennes font peser sur les installations sportives. Interrogé par Al-Jazeera, le journaliste sportif local Anan Shehadeh a rappelé qu’avant l’inauguration en 2011 du stade Majed Asad à el-Bireh, près de Ramallah, l’État hébreu avait déjà menacé de le démolir. “À l’époque, des efforts internationaux et juridiques avaient permis d’empêcher cette démolition”, a-t-il expliqué.
Le sport palestinien n’est pas pris pour cible par hasard. Il est attaqué aussi brutalement car c’est un vecteur d’émancipation et d’identification à la résistance anti. La guerre génocidaire menée dans la bande de Gaza a entraîné la mort de plusieurs centaines d’athlètes palestiniens et la destruction de près de 300 infrastructures. Alors que l’offensive coloniale se poursuit en Cisjordanie où les raids militaires sont quasi quotidiens, la pression sur les installations sportives ne va pas s’arrêter. Récemment, c’est la municipalité de Battir, à proximité de Bethléem, qui a reçu un avis de destruction de son terrain de jeu communautaire.

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