Pour l’édition 2025 du Trophée des Champions, le PSG et l’OM se sont retrouvés à quelques 5000 kilomètres de l’Hexagone, au Stade Jaber Al-Ahmad au Koweït. Une pratique aberrante qui consiste à vendre sa compétition au plus offrant, quitte à priver les fans les plus fidèles du match de leur équipe, pour une seule motivation: l’argent.
Le match s’est joué devant 55000 personnes, mais sans les supporters habituels des deux équipes. Cela suffit à illustrer le non-sens de ces matchs délocalisés. Les supporters de l’OM avaient annoncé boycotter ce déplacement. Côté parisien, l’offre du club proposant à ses supporters un pack à 800 euros a fait flop. Preuve de l’immense décalage entre les instances dirigeantes du foot français et la base sociale des supporters. Ce qui a été mis en scène au Stade Jaber Al-Ahmad, c’est un football-spectacle qui se passe des supporters historiques pour mieux se vendre, le temps d’un match, à une clientèle internationale.
“On n’est pas dans le foot familial et populaire. On ne va pas aller voir un Trophée des champions un jeudi soir au Koweït. La prochaine fois, ce sera où? Comment font les gens qui gagnent 1500 euros par mois? Si on perd, ça ne nous fera pas grand-chose. Si on gagne, on sera contents mais on n’a pas mérité d’y participer. Je préfère gagner 10 000 fois la Coupe de France”, avait expliqué le président des Dodgers, groupe de supporters marseillais, au micro de RMC.
Roberto De Zerbi, coach olympien, n’avait pas caché ses critiques sur les délocalisations de matchs qui devraient “se jouer dans le pays en question, devant les supporters des clubs”. Mais les dirigeants de Ligue de Football Professionnel (LFP) et ceux des deux clubs concernés ne réfléchissent pas en fonction des intérêts de leurs supporters. Ils n’hésitent à abimer ce lien au nom de la monétisation de leur produit. C’est dans ces termes qu’ils considèrent le football hexagonal et ses matchs.
La LFP et le soft power du Koweït
Les délocalisations, au moins pour ce type de match, tendent à se normaliser. A la différence de l’Italie et de l’Espagne qui ont transformé le format de leur “supercoupe” en Final Four et signé un bail de plusieurs saisons avec l’Arabie Saoudite, la LFP opte plutôt pour le nomadisme. Depuis sa première délocalisation en 2009 à Montréal, le Trophée des Champions a déjà visité neuf pays différents, répartis sur quatre continents, sans jamais s’installer plus deux saisons d’affilée quelque part. Ce n’est arrivé qu’en 2018 et 2019 en Chine, puis 2020 et 2021 en Israël. Le Koweït est la dixième destination.
Le petit émirat, coincé entre l’Arabie Saoudite et l’Irak a payé 3,5 millions d’euros pour obtenir l’organisation du Trophée des champions. En concurrence avec le sultanat d’Oman ou le Kazakhstan, le Koweït s’est montré le plus généreux et s’est adjugé le gâteau. Le Cheikh Ahmad Al-Yousef Al-Sabah, président de la Fédération koweïtienne de football, a beaucoup œuvré pour l’accueil du Trophée des Champions au Koweït. Loin du poids de ses rivaux du Qatar et des Émirats Arabes Unis en terme de diplomatie sportive, le Koweït espère ainsi entrer dans la danse et grignoter un peu de son retard.
Cela s’inscrit dans son plan stratégique “Kuwait Vision 2035”. Le pays cherche à renforcer sa compétitivité à l’échelle mondiale et à diversifier son économie – très dépendante des hydrocarbures – en attirant des investissements étrangers. Dans cette optique, l’organisation d’évènements sportifs est un levier pratique pour booster l’image internationale du pays. Le Koweït n’a pas hésité à monter les enchères par rapport aux éditions précédentes du Trophée des Champions, estimées à 2 millions d’euros. Même si la Thaïlande, qui s’est finalement rétractée, avait mis 4,5 millions sur la table en 2024.
Vers un Final Four à la française?
A la base, bien que ses trois dernières éditions ont été décalées en hiver, cette compétition se dispute en tout début de saison. Cette saison, il a fallu lui faire de la place au milieu du calendrier dantesque du PSG, alourdi du Mondial des Clubs et de la Supercoupe d’Europe. Le Trophée des Champions est aujourd’hui tributaire de l’hyper-domination du club de la capitale qui n’a plus loupé une édition depuis 2013. Là où une lassitude pourrait s’installer en France, la quasi assurance d’avoir le PSG en tête d’affiche est un meilleur argument de vente auprès des organisateurs étrangers.
Pour les passionnés, l’intérêt sportif du Trophée des Champions – censé opposer le champion de France au vainqueur de la Coupe de France – est devenu discutable. En cas de doublé coupe-championnat, comme c’est arrivé six fois pour le PSG depuis l’arrivée des Qataris, la LFP impose un duel entre le champion et son dauphin. Ce qui ne réjouit pas pour autant le président des Dodgers: “Je ne vois pas ce que l’OM vient faire là-dedans, on n’a pas gagné le championnat et on n’a pas gagné la Coupe de France. Paris devrait automatiquement remporter ce Trophée des champions! On ne devrait pas avoir le droit de le disputer, qu’est-ce qu’on a gagné cette année? C’est ridicule.”
En ce sens, pouvoir proposer un PSG-OM – les deux clubs français les plus populaires – est une véritable aubaine par les pontes de la LFP. C’est l’affiche la plus vendeuse. On ne prend pas trop de risque à avancer que si elle le pouvait, la Ligue la proposerait volontiers à l’export tous les ans. Rien ne garantit en effet que le prochain Trophée des Champions soit aussi alléchant. Alors, calculette en tête, les dirigeants réfléchissent à une réforme pour maximiser les possibilités d’avoir un plateau avec les meilleures équipes françaises et, pensent-ils, une meilleure exposition de la Ligue 1 à l’international.
Pablo Longoria l’a répété, il faudrait encore “améliorer la valeur commerciale de ce Trophée des champions”. Le président de l’OM est de ceux qui regardent avec appétit le modèle plus lucratif des voisins italiens et espagnols. D’où l’idée de voir un jour le Trophée des Champions devenir un mini tournoi à quatre équipes qui s’expatrieraient plusieurs jours. Augmenter le nombre de matchs, une méthode basique de faire monter les prix, mais pas la valeur intrinsèque de ce trophée qui remplit avant tout une fonction promotionnelle pour une LFP en quête de parts de marché et de liquidités.
Une délocalisation sans effet sur les droits internationaux
Cette nouvelle version se disputerait l’hiver et regrouperait les 1er, 2e et 3e de L1, plus le vainqueur de la Coupe de France. Elle reposerait sur un format avec deux demi-finales et une finale. Une manière de s’assurer la présence des meilleures équipes de L1 afin d’optimiser sa promotion à l’étranger. Selon L’équipe, la première édition pourrait avoir lieu en Afrique, puisque la République Démocratique du Congo et la Côte-d’Ivoire ont déjà fait part de leur intérêt. Rien n’a encore été validé par le Conseil d’Administration de la LFP.
Au bout de cette idée, l’objectif serait de parvenir à mieux vendre les droits de retransmission de la Ligue 1 à l’étranger. Sur cette portion, même s’ils sont passés de 80 à environ 130 millions d’euros annuels, la Ligue 1 reste très loin de ses concurrents. Problème, plusieurs économistes du sport mettent en doute l’idée d’un impact de ces délocalisations ponctuelles sur les négociations pour les droits internationaux. “Il y avait l’idée qu’en délocalisant un match en Thaïlande, en Chine, aux États-Unis, ça valoriserait le produit. Mais c’est presque impossible de voir l’effet d’un événement individuel tel qu’un Trophée des champions sur l’augmentation d’un contrat, qui est généralement valable dans plusieurs pays et sur plusieurs années”, explique Mickaël Terrien, de l’Université de Lausanne.
En attendant, la L1 bénéficie assurément de l’impact du PSG qui reste une marque d’envergure mondiale, dans le Top 5 ou 6 des clubs les plus suivis sur les réseaux sociaux. Mais cette notoriété ne ruisselle pas vers la L1. Cette dépendance est une faiblesse, mais pour des adeptes du court-termisme c’est un soucis secondaire.

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