Mémoire ouvrière et tifo à Lens: la catastrophe de Courrières en 1906

À l’occasion de la réception du FC Metz samedi passé, la tribune Marek – fief des Red Tigers – s’est drapée d’un magnifique tifo pour les 120 ans de la catastrophe de Courrières. Comme en 2006 et en 2016, les ultras lensois mettent en avant une page importante de l’Histoire de la lutte des classes dans le bassin minier du Pas-de-Calais. 

Le 10 mars 1906 est une date gravée dans la mémoire et dans les entrailles du territoire. Les ultras lensois se sont chargés d’en faire le rappel à travers un tifo d’envergure, accompagné d’un message: “Courrières mars 1906: ne jamais oublier les sacrifices du bassin minier!” La fresque proposée s’inspire de deux unes célèbres du Petit Journal de l’époque.

Ce jour-là, 1099 mineurs – descendus dans les fosses de Sallaumines, Méricourt et Billy-Montigny – ont payé de leur peau la cupidité de la Compagnie des mines de Courrières qui les exploitait. Ceux du métier ne connaissent que trop bien les effets dévastateurs des coups de grisou ou de poussier. Celui de Courrières, à 6h34, a endeuillé des centaines de familles, fait des dizaines d’orphelins et mis toute une communauté en émoi. Chez les mineurs, la solidarité n’est pas un vain mot. Alors, quand trois jours plus tard les patrons décident d’arrêter toute recherche de survivants, ils allument par la même occasion la mèche de la révolte collective.

Le jour des funérailles, la foule dénonce la responsabilité des patrons, qualifiés “d’assassins”. Les mineurs accompagnent le dernier voyage des leurs aux cris de “Vive la grève! Vive la Révolution!” Ils s’opposent à la reprise rapide du travail voulue par la compagnie, alors qu’eux veulent continuer à chercher leurs camarades disparus dans les kilomètres de galeries soufflées par l’explosion.

Un jeune syndicat combatif apparaît sur le devant de la scène: la CGT. Alors que les leaders réformistes de ce qu’on appelait le “vieux syndicat”, soumis au patronat, cherchent l’apaisement, la CGT – emmenée par l’anarchiste Benoît Broutchoux – lance une grève dure à faire rougir les représentants actuels de l’organisation syndicale.

La fronde porte une revendication sociale majeure, les “4 huit”: 8 francs par jour, 8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de loisirs. Pour seule réponse, l’Etat – via son ministre Clémenceau – enverra “la troupe”. Il fallait au moins 30 000 gendarmes pour briser ce mouvement qui aura duré six semaines. Cette grève a été le point de départ d’un rapport de force plus large qui aboutira à l’obtention du repos dominical durant l’été 1906.

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*