Mexique: La crise des disparus plane sur les préparatifs du Mondial 2026

Les réactions après la mort d’un des principaux barons de la drogue au Mexique, abattu par l’armée, alimentent les inquiétudes sécuritaires avant le Mondial 2026. La question des “desaparecidos” et du crime organisé s’ajoute à la liste des controverses sociales ou environnementales posées par cet évènement co-organisé avec les États-Unis et le Canada.

La situation est suffisamment inquiétante pour que la FIFA annonce envoyer une mission au Mexique pour y évaluer le niveau de sécurité. Cette décision est intervenue dans un contexte de flambée de violences de plusieurs jours après le meurtre d’El Mencho, fondateur et chef du cartel de Jalisco (CJNG). À l’approche d’un Mondial 2026, dont 13 des 104 matchs sont programmés au Mexique, l’insécurité est un des sujets centraux, avec les expulsions d’habitants et la crise hydrique. Dans un pays qui déplore plus de 130 000 disparus ces vingt dernières années, l’impunité du crime organisé est une préoccupation majeure. Les familles de disparus sont mobilisées pour mettre en avant leur combat.

Se sentant abandonnés par l’État, des collectifs regroupant des familles de disparus ont appelé à “ne pas venir au Mexique” pour la Coupe du Monde. Elle fait  l’objet d’une hostilité grandissante au sein de la population, notamment des communautés indigènes. Un appel à manifester le 11 juin, à proximité du Stade Azteca où aura lieu le match d’ouverture, a d’ores et déjà été lancé pour visibiliser ce qui est appelé “la crise des disparus”. La défiance envers les autorités mexicaines est grande quand on sait que le taux de résolution des affaires de disparitions forcées est dérisoire. Les campagnes médiatiques et les recherches sont essentiellement le fait de collectifs de mères de disparus, les “madres buscadoras”.

Gentrifier sur des fosses communes

Le média espagnol El País évoquait récemment la découverte de plus de 500 sacs contenant des restes humains. Des fosses communes collectives situées dans un rayon d’un peu plus de 15 kilomètres autour du Stade Akron de Guadalajara, dans l’État du Jalisco. C’est l’un des trois stades du Mondial 2026 au Mexique, quatre matchs qui y sont programmés. Les proches de disparus y voient une volonté du pouvoir de faire “place nette” en vue de l’évènement. “Au Jalisco, on fait disparaître les disparus. Comme ils ne veulent pas que l’on sache, ils veulent effacer toute trace”, explique Jaime Aguilar, du collectif Guerreros Buscadores, un des 22 collectifs de familles de disparus de Guadalajara.

Avec 2 483 disparitions entre janvier et novembre 2025, le Jalisco est un des états les plus touchés, derrière l’État de Mexico, le Nuevo León et la ville de Mexico. Malgré cet état des lieux, la communication officielle tente de sauver la face. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, assure que les supporters-touristes ne courent “aucun risque”. Les Guerreros Buscadores déplorent l’hypocrisie médiatique. Selon eux, l’intérêt du pouvoir pour la cause des disparus est mis en scène à l’approche du Mondial. Le collectif dénonce une opération de blanchiment express pour changer l’image de la ville. “C’est un déplacement des personnes à la rue, c’est essentiellement de la gentrification. Embellir la ville pour la Coupe du monde”, confie encore Aguilar à El País.

En réalité, les familles qui se démènent à la recherche de leurs proches, disparus parfois depuis plusieurs années, ne peuvent pas compter sur l’État. Pire, elles semblent le craindre. Elles ne sont pas dupes des collusions entre les autorités et les cartels. La séquence autour du Mondial ne va rien arranger.

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