Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite, les mots justes d’Iñaki Williams

(©PABLO GARCIA / AFP)

La Supercopa de España va se disputer pour la cinquième saison consécutive en Arabie Saoudite. L’attaquant basque Iñaki Williams juge sévèrement cette absurdité de devoir aller si loin pour une compétition nationale. Une liberté de ton qui lui a valu d’être recadré par son coach.

Le Barça, le Real Madrid, l’Atlético de Madrid et l’Athletic Bilbao composent le plateau de cette édition 2026 qui démarrera le 7 janvier à Djeddah.  Propriété de la Fédération espagnole (RFEF), la Supercoupe existe depuis 1982, d’abord comme un trophée opposant le champion national au vainqueur de la Copa del Rey. Elle a été transformée en 2019 en “final four”, avec trois matchs au lieu d’un seul. Un format plus monnayable. Un accord lucratif a alors été conclu avec la Fédération saoudienne. D’abord pour trois saisons, il a été prolongé jusqu’en 2029 et rapporte autour de 40 millions d’euros par an à la RFEF, selon les médias. Aujourd’hui, cette Supercoupe à quatre équipes regroupe les deux premiers de la dernière Liga, et les deux derniers finalistes de la Copa del Rey.

Comme on peut s’en douter, cette délocalisation, servant exclusivement des intérêts commerciaux, n’est pas du goût de tous. Capitaine de l’Athletic Bilbao, Iñaki Williams a critiqué le fait de devoir aller jouer un match à 7000 kilomètres. “Je l’ai déjà dit plein de fois et je ne tourne pas la langue sept fois avant de parler de ces sujets. Pour moi, jouer en Arabie saoudite c’est de la merde, pour parler vulgairement. Délocaliser une compétition nationale dans un autre pays, ça ne facilite pas les déplacements de supporters. On dirait qu’on joue à l’extérieur alors que si ça avait été ici, on sait qu’il y aurait eu beaucoup de fans de l’Athletic”, s’est-t-il plaint à l’issue du dernier entraînement de l’année, organisé à San Mamés devant environ 30 000 supporters.

Plus d’Iñaki Williams, moins d’Ernesto Valverde

Ce n’est pas une première de la part de l’international ghanéen, frère aîné de Nico. Lors de l’édition passée, il avait déjà exprimé sa désapprobation. “C’est dommage que nous devions jouer à des centaines de kilomètres de nos fans et de nos familles. Pour moi, cela n’a aucun sens de jouer ici en Arabie saoudite mais c’est ainsi que fonctionne le football aujourd’hui”, avait-il déclaré à l’issue de la demi-finale perdue face à Barcelone. L’idée de ce déplacement de plusieurs jours agace d’autant plus Iñaki Williams que sa femme vient d’accoucher de leur premier enfant. “Être obligé de partir et laisser ici ma femme et mon enfant, c’est une corvée mais ce sont les risques du métier. Je suis à la disposition du club et j’essaierai de donner le maximum pendant la Supercoupe”, a-t-il ajouté.

Ces déclarations ont fait réagir Ernesto Valverde, coach de l’Athletic, qui a repris de volée son joueur, l’appelant à “peser ses mots”. Dans son exercice de communication docile, il a rappelé les enjeux sportifs et financiers de ce déplacement: “Aller en Arabie saoudite est prestigieux. Nous avons la possibilité de remporter un titre, et notre club est rémunéré pour ce déplacement. Nous aimerions tous que nos supporters soient présents, mais nous devons faire preuve de respect”. Une manière mal venue de professer qu’il ne faut pas mordre la main de celui qui sort le chéquier.

Iñaki Williams ne fait que mettre en cause ce fléau du football moderne qui dépossède les supporters et éprouve toujours plus les organismes des joueurs. Sans parler de la question du respect des droits de l’Homme qui s’invite généralement dans le débat. Les délocalisations sont tellement en vogue que certaines ligues professionnelles cherchent à exporter des matchs de championnat. Récemment, les projets de délocalisation d’un match de Liga à Miami et d’un match de Serie A en Australie sont tombés à l’eau. En Espagne encore, la RFEF songerait à exporter la Supercoupe féminine au Moyen-Orient. Il faudra compter sur les joueuses, habituées à ne pas se laisser faire, pour s’opposer à ce non-sens.

Édito n°78

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