L’accident de train qui a causé la mort en 2023 de 57 personnes, dont un grand nombre d’étudiants, n’est pas tombé dans l’oubli. Le peuple grec est à nouveau descendu dans la rue pour dénoncer les défaillances de l’État et réclamer justice pour les victimes. Des stades à la rue, supporters et clubs autogérés donnent de la voix.
Le 28 février est devenu une date de commémoration et de colère en Grèce depuis la collision ferroviaire meurtrière de la vallée de Tempé en 2023. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont battu le pavé à Athènes, à Thessalonique et dans d’autres villes du pays. “Nous sommes ici et partout en Grèce pour crier plus fort: c’est nos vies ou leurs profits”, a déclaré la mère d’une jeune fille tuée dans l’accident. “Ce crime ne sera pas étouffé, nous deviendrons la voix de tous les morts”, a-t-elle ajouté, combative, alors que le procès doit s’ouvrir le 23 mars prochain. “Nous nous battrons à la fois devant les tribunaux et dans la rue”.

Pour les familles, derrière les appels répétés à la justice, il y a des attentes bien précises: identifier les causes à tous les niveaux, punir sévèrement les responsables et sécuriser en profondeur le système ferroviaire. La version du gouvernement Mitsotakis, qui voudrait réduire le drame à une simple “erreur humaine”, s’oppose à celle des citoyens qui affirment qu’il est le résultat d’un réseau ferroviaire négligé depuis de nombreuses années, alors même que le pays a reçu des fonds de l’Union Européenne pour le restaurer. Depuis la collision, prendre le train en Grèce n’est plus un geste anodin. L’état vétuste des infrastructures a créé une forme d’anxiété collective.
À quelques semaines du procès où une quarantaine de personnes doivent être jugées, l’objectif de ces manifestations massives était donc d’envoyer un message fort: non seulement la colère ne s’est pas apaisée, mais nombreux sont les Grecs qui se sentent directement concernés. En plus d’une forte critique du pouvoir, ces protestations ont une forte dimension générationnelle. De nombreux étudiants, sur le retour des festivités du carnaval d’Athènes, figuraient parmi les 350 passagers de ce train entré en collision frontale avec un train de marchandises peu après 23h30.
Un cortège des supporters de l’Aris, des banderoles en tribunes
Les manifestations pour les victimes de Tempé virent souvent à l’affrontement avec la police anti-émeute. Celle pour la commémoration des trois ans a été l’occasion de jets de cocktails Molotov contre les policiers qui ont fait un usage massif de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. À Thessalonique, où plus de 25 000 personnes ont manifesté, un cortège mené par les ultras de l’Aris Salonique – membres de la Super 3 – était bien visible. Sur leur longue banderole, on pouvait lire “Blocage des routes aussi longtemps qu’il le faudra, jusqu’à ce que la vérité cachée soit révélée”.

Les responsables politiques sont régulièrement ciblés sur les banderoles, à l’image de celle des Malavetas Ultras de l’Olympiakos Vólos en 2024: “Non à la dissimulation. Bande de politiciens véreux, vous allez le payer”. Ce week-end, la tribune du club évoluant en 4e division arborait encore une banderole “Justice pour Tempé”. Le club autogéré du Riksi Livadeias a aussi relayé un message offensif, ressortant une photo de l’année passée: “Pouvoir et mafia: ils assassinent et se couvrent. Il faut les anéantir”. Des mots en écho aux déclarations des familles de victimes qui ont souvent dénoncé, ces trois dernières années, “les tentatives de dissimulation” et les failles de l’enquête.
C’est aussi le sens de plusieurs messages venus d’autres clubs amateurs et autogérés. “Ce n’était pas un accident, c’était un meurtre”, a publié l’Asteras Exarcheion sur ses réseaux en appelant à se joindre à la manifestation athénienne. La banderole déployée lors du dernier match était dans le même ton: “À chaque crime, la même histoire: non à la dissimulation, c’était un meurtre”. Pour l’équipe du quartier d’Exarcheia, qui réaffirme sa solidarité avec les victimes et leurs familles, il faut “transformer la colère en pouvoir et la douleur en revendication, pour prouver que face à l’arrogance du pouvoir il y a la colère du peuple qui n’oublie pas, n’a pas peur et ne recule pas”.

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