14 Mai 1966: Le sourire d’Eddie Cavanagh « The First Hooligan »

« Comment ce sympathique gars originaire de Huyton gagna cet honneur douteux? » interroge le site Toffees.com dans un article qui lui rend hommage. Eddie Cavanagh est un fan d’Everton, l’autre club de Liverpool. C’est même l’ainé des deux clubs majeurs de la Merseyside. Eddie ne déroge pas à la norme du fan anglais qui dédie l’intégralité de sa passion à son club de coeur. Plus tard, sa fille Andrea témoigna: «Everton c’était toute sa vie. Il mangeait, dormait et rêvait football. Tout était relié à Everton. Même chez lui, tout était bleu, tout

Des Toffees renversants. Quelques semaines avant cette Coupe du Monde remportée à la maison par la sélection nationale anglaise favorisée par un arbitrage complaisant, le public anglais a les yeux braqués sur cette finale de FA Cup. Ce 14 mai 1966, les Toffees, comme on surnomme Everton, joue leur première finale depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale. La dernière remonte à la saison 1932/33. Souvenir d’une victoire sans bavure contre Manchester City. Côté supporters, l’engouement est à la hauteur de cette longue attente. L’enthousiasme des supporters d’Everton est pourtant vite douché par un but de Sheffield marqué par l’écossais Jim Mc Calliog dès la 4e minute. Les espoirs de victoire s’amenuisent encore un peu plus en début de seconde période avec un second but de Wednesday. De quoi faire cogiter. Sur le terrain comme dans les tribunes, on commence à se dire que ça sent la défaite. Mais en cinq minutes, le milieu Mike Trebilcock inscrit un doublé qui remet Everton dans le coup. Comme un symbole, Trebilcock avait remplacé au pied levé avant la rencontre, Fred Pickering, un des joueurs phare du club. Avec ces deux buts, le sort du match est en train de tourner et en tribunes la confiance change de camp. Les fans de Sheffield Wednesday voient la Cup leur glisser progressivement des mains alors que ceux d’Everton sont survoltés par la remontée magnifique des leurs. C’est là qu’Eddie Cavanagh entre en jeu, dans une des scènes les plus mémorables des histoires de la FA Cup. L’égalisation de Trebilcock provoque une telle folie qu’Eddie pénètre sur le terrain et court en direction des maillots bleus.

« Revenir à 2-2, c’était un truc de dingue, non? Tout le monde hurlait. Il fallait le voir pour le croire. Je ne pouvais pas expliquer ça. J’ai vu Trebilcock et je me suis dirigé vers lui en premier. Il s’est un peu chié dessus parce qu’il ne me connaissait pas. »

Moment de gloire. Eddie Cavanagh continue alors sa chevauchée fantastique à travers le terrain. Lancé tambour battant, les bras écartés comme un marathonien qui franchit le ruban d’arrivée en première position, Eddie est, quelques secondes durant la star de Wembley qui se régale du spectacle. Eddie Cavanagh est pourchassé par quelques policiers londoniens affectés au maintien de l’ordre aux abords du terrain. Il se défait magistralement d’un premier policier qui était parvenu à le saisir par la veste. D’un mouvement agile, il se débarrasse de sa veste, la laissant dans les mains du flic désabusé qui finit par se prendre les pieds dans le tapis.

Keystone Kops. En fait, Eddie se dirige vers Gordon West, dit « Westy, le gardien de but des Toffees, dans l’idée de lui dire de tenir bon les cages, de ne plus rien laisser passer. Mais c’est à l’entrée de la surface de réparation qu’il se fait plaquer, comme un rugbyman à quelques encablures de l’en-but, par un des deux bobbies lancés à sa poursuite. La célèbre photo montre un Eddie triomphant, le sourire aux lèvres et les pouces sous les bretelles. Attitude qui tranche avec l’allure désarticulée du flic à sa poursuite, tandis que l’autre est déjà par terre en train de brouter le gazon de Wembley. Pas étonnant que certains observateurs de l’époque ont cru voir dans cette course-poursuite un remake de celles des Keystone Kops, ces policiers ridicules et patauds des comédies burlesques du début du 20e siècle.

« Il y avait un gros sergent, avec une grosse matraque dans la main. Je n’oublierai jamais ce bâtard. Il dit à ses hommes:  “Dégagez-le hors du stade!”. « On pourrait juste le remettre au milieu des supporters » – Dégagez-le hors du stade, il répéta. J’ai dit: « Oh, s’il vous plait, il y a 2-2 putain! »

Dans l’histoire de la Cup. Après s’être fait attrapé puis jeté hors du stade, Eddie Cavanagh réussit à se faufiler et à revenir en tribune, au nez et à la barbe des policiers. Il était écrit quelque part que rien ne l’empêcherait de voir le troisième but, celui de la victoire, inscrit par Derek Temple. Un but qu’Eddie a fêté sagement en tribune ce coup-ci. Mais sa pierre à l’édifice de cette finale a été posée. Son périple quelques minutes plus, cette aventure éphémère sur ce gazon sanctuarisé lui vaudra le surnom de “The First Hooligan”. Même si son action est plus annonciatrice des percées individuelles popularisées plus tard par les streakers, qui y ont ajouté la nudité, que du hooliganisme réel. Eddie Cavanagh est mort le 9 décembre 1999, chez lui à Cantril Farm Liverpool. Son nom, ou du moins son surnom, est à jamais gravé dans l’histoire de la FA Cup.


 

 

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