Le Borussia Dortmund sponsorisé par un marchand d’armes

Le Borussia Dortmund vient de nouer un partenariat avec l’industriel Rheinmetall, fabricant d’armes depuis plus de cent ans, pour les trois prochaines années. Un contrat d’une valeur de 7 à 9 millions d’euros annuels. Cette vilaine opération de sportwashing est dénoncée par une partie des supporters.

A Wembley, dans le secteur accueillant les supporters de Dortmund pour la finale de Ligue des Champions face au Real Madrid, on pouvait lire sur une banderole: “Rheinmetall: utiliser le football pour se créer une image plus propre? Protéger le BVB du sportwashing est notre mission!” Quelques jours plus tôt, le club venait d’officialiser le partenariat avec le conglomérat spécialisé dans l’armement, cinquième plus gros fabricant d’armes d’Europe.

Les montages mettant en scène des chars d’assaut aux couleurs du BVB ont fleuri sur les réseaux sociaux.

Si les tenues des joueurs y échappera, le logo de Rheinmetall – dont le siège est à Düsseldorf en Rhénanie-du-nord-Westphalie – apparaîtra sur les panneaux publicitaires du Westfalenstadion, ainsi que sur le terrain d’entraînement du club, ou encore lors d’événements marketing. Ce partenariat illustre bien à quel point le football moderne est étranger à toute éthique en allant prendre l’argent là où il est. Pire encore, la direction du club a été jusqu’à le justifier politiquement!

La sécurité et la défense sont des piliers élémentaires de notre démocratie. Nous pensons donc que c’est une bonne décision de voir comment nous pouvons protéger ces piliers”, a déclaré Hans-Joachim Watzke, directeur général du BVB, dans un communiqué de presse intitulé “Prendre ses responsabilités”. L’accord passé entre le Borussia Dortmund et le marchand d’armes s’inscrit donc sans état d’âme dans l’hystérie militaire d’une Europe en train de basculer en “économie de guerre”.

Le mécontentement monte chez les supporters

Pour une partie des 200 000 membres du Borussia Dortmund, c’est un deal pour le moins controversé qui foule aux pieds le pacifisme suggéré dans le code d’éthique adopté par le club en novembre 2022, dans lequel il s’engage pour “une société sans racisme, antisémitisme, homophobie, sexisme, violence et discrimination”. Rheinmetall, deux guerres mondiales au compteur, joue en effet un rôle prépondérant dans les exportations d’armes allemandes. Le BVB lui permet de laver son image tâchée de sang.

Dans l’immonde business de la guerre, certaines des filiales de Rheinmetall sont en effet impliquées dans des attaques meurtrières, notamment de l’Arabie Saoudite au Yémen. Le gouvernement allemand encourage aussi “des entreprises telles que Rheinmetall, à produire davantage de munitions pour soutenir l’Ukraine”, et tout récemment, il a approuvé la livraison de munitions Rheinmetall à Israël dans le cadre de la guerre à Gaza.

Autant de raisons pour les supporters de s’opposer à l’arrivée de ce sponsor. Le blog du fanzine schwatzgelb.de a vivement critiqué le club. “Soyez honnêtes. Dites juste que Rheinmetall veut soigner son image et que le BVB veut de l’argent, et que vous avez décidé que l’entreprise correspondait aux valeurs du club. Mais épargnez-nous les bavardages d’homme d’État.” Une réponse directe aux propos d’Hans-Joachim Watzke pour vanter l’accord.

Celui qui est déjà favorable à l’extension du pouvoir des investisseurs privés dans le football allemand, reprend sans lésiner les éléments de langage du lobby militaro-industriel, surfant sur la menace russe depuis l’offensive en Ukraine. “Aujourd’hui en particulier, alors que nous constatons chaque jour que la liberté doit être défendue en Europe, nous devons faire face à cette nouvelle réalité”. Une preuve, et plus encore, que “le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage”.

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