Les clubs argentins refusent toujours de devenir des sociétés anonymes

Réunis en assemblée générale à Ezeiza, les représentants des différents clubs argentins ont réitéré à l’unanimité – seul le Talleres de Córdoba manquait à l’appel – leur rejet des  Sociedades Anónimas Deportivas (SAD).

Il ne s’agit pas de faire des dirigeants du football argentin des défenseurs acharnés du football populaire. Mais l’Argentine résiste encore à la privatisation des clubs. Ces derniers sont catégoriques, ils ne veulent pas se transformer en sociétés anonymes et l’ont réaffirmé ce jeudi 23 novembre, lors de l’assemblée générale de l’AFA, la Fédération Argentine de Football. “Le sujet est clos“, a déclaré à la presse le président Claudio Tapia, à propos de cette lubie libérale. Fin 2018, les clubs argentins s’y étaient déjà fermement opposés. Leur promoteur original de ce modèle est Mauricio Macri, ancien président de la Nation (de 2015 à 2019) et de Boca Junior (de 1995 à 2008).

En 1999 à Ezeiza, il s’était déjà heurté au comité exécutif de l’AFA, qui avait voté – par 39 voix contre 1 – contre l’ouverture aux capitaux privés. Et Macri plaide encore régulièrement en faveur du développement des sociétés anonymes. En face, l’AFA se pose ainsi en défenseur du modèle de clubs associatifs et sans but lucratif. “Je suis plus que jamais convaincu que c’est le football argentin que nous voulons tous, et c’est pourquoi cette question est réglée“, a poursuivi Claudio Tapia qui a également félicité l’ensemble des clubs pour avoir manifesté leur opposition sur leurs médias sociaux, les jours précédents.

L’objectif d’une SAD? Maximiser les profits des investisseurs

Ils répondaient alors à l’ultra-libéral Javier Milei qui allait être élu président de la Nation argentine le 19 novembre, et dont la volonté de restructurer le football national en ouvrant les clubs à la privatisation a refait surface à l’approche du verdict des urnes. “On s’en fout de qui est le propriétaire“, avait à l’époque bouillonné Milei, admirateur de la Premier League, lors d’une émission de radio qui remonte à un peu plus d’un an. “Vous préférez perdre 4-0 contre Milan mais dire “je suis national et populaire”?”. Après ses déclarations, Boca Junior, River Plate, Independiente, le Racing ou San Lorenzo ont ouvertement exprimé leur rejet en bloc du candidat représentant l’extrême-droite libertarienne et son projet.

Une chose est certaine, celui qui est aujourd’hui le nouveau président argentin n’est pas apprécié par le monde du football. Son élection rime avec “société anonyme”. L’objectif principal d’une SAD est de fonctionner dans le but de générer des revenus et de maximiser les profits des investisseurs. Ce modèle entraîne la perte de pouvoir décisionnaire des membres de l’association au profit d’un conseil d’administration qui ne rend des comptes qu’aux actionnaires. Les clubs perdraient une part importante du rôle social qui est le leur sous le statut associatif. Attention, le statut associatif n’empêche pas nombre clubs d’être endettés. L’association n’est pas forcément synonyme de bonne gestion.

“Nos clubs ne sont pas des entreprises”

En plus de la flopée de clubs qui lui ont répondu par communiqué, de nombreux footballeurs retraités – dont les champions du monde 1978, Fillol et Olguín – réunis sous l’étiquette “Futbolistas Unidxs”, ont signé une pétition appelant à voter pour son adversaire, Sergio Massa. Les ex-footballeurs s’opposent fermement à l’éventualité de la privatisation des clubs. “Nos clubs ne sont pas des entreprises et sont soutenus par l’effort volontaire de nombreux hommes et femmes poussés par l’engagement, la solidarité et la conviction. Nous ne sommes pas guidés par les règles du marché.” Milei prendra officiellement ses fonctions le 10 décembre prochain. A quoi doivent s’attendre les clubs?

Certains affairistes lorgnent avec appétit sur les possibilités d’enrichissement que leur offrirait une ouverture aux investissements privés. A l’approche de son élection, Javier Milei avait démenti dans une interview vouloir privatiser les clubs: “c’est un autre mensonge, j’ai dit que la possibilité devait être envisagée.” Évidemment, une fois au pouvoir, il ne se privera pas de passer à l’offensive. La transformation des clubs en SAD est une menace qui plane depuis longtemps en Argentine, rare pays du continent à y résister avec le Paraguay et l’Équateur. Face à Milei, le combat des clubs pour conserver leur caractère associatif pourrait avoir des allures de lutte finale.

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