Ultras, de Francesco Lettieri

Un nouveau film sur les supporters vient de sortir sur Netflix : Ultras. Tout un programme. So Foot nous annonçait un « cocktail explosif », le « football à l’état pur ».

Il est vrai que le synopsis donnait envie. Enfin un film portant sur les ultras, et centré en plus sur l’Italie, bastion historique du mouvement. Cela allait nous changer des films sur les hooligans anglais… Car la plupart des films traitant du supporterisme « extrême » se concentrent sur la violence hors des stades. Et à ce titre, la figure du hooligan est bien sûr la plus évidente à traiter. On aura vu The Football Factory (2004), Green Street Hooligan (2005), ou encore le film russe Okolofutbola (2013), qui avait le mérite de décrire assez précisément le milieu hooligan moscovite.

Ces productions nous avaient habitués à la même recette, dans laquelle le football et le monde des tribunes ne sont finalement que des prétextes lointains à des histoires de bandes, de rivalités, d’amour, de trahison. Et après tout, pourquoi pas ? Comme le titre russe Okolofutbola – « autour du football » – l’annonce, le hooliganisme se passe assez bien des stades. Mais ce n’est pas le cas des ultras.

Et c’est là que le bât blesse. Ultras nous montre bien quelques plans dans et autour du mythique stade San Paolo, mais comme dans les films sur les « Années de Plomb », les meilleurs images sont concentrées au début. Et le récit sort très vite du stade pour se focaliser sur les rapports humains et la violence. Si vous vous attendiez à un film équilibré montrant l’animation d’une tribune, le diptyque « tifo e violenza », attendez-vous à être déçus, vous n’aurez que le second.

Mais n’enterrons pas trop vite Ultras

Le film nous propose de suivre trois générations d’un groupe inventé pour l’occasion – Apache, sans lien avec les Curve napolitaines réelles – et les conflits qui ne manquent pas au sein du monde ultra. Nous rencontrons donc Sandro, dit le Mohican, membre de la vieille garde du groupe sur le départ, et son protégé Angelo, ado paumé qui traîne autour des Apaches avec sa bande. Entre les darons diffidati (interdits de stade) et les jeunes, une génération intermédiaire de trentenaires tente de prendre en main le groupe, avant d’être rappelé à l’ordre par ses fondateurs qui ont du mal à passer la main. Une problématique bien réelle et assez rarement montrée ; les connaisseurs y verront un parallèle intéressant avec l’histoire de groupes hexagonaux tels que le CU marseillais. Mais quel groupe historique peut prétendre avoir échappé à ces tensions ?

Une fois posé ce cadre, l’histoire suit son cours, entre rencontres et escalade de tensions, au rythme des journées du championnat italien. La vie des prolos napolitains au chômage issus de familles explosées est assez bien rendue bien que le film passe très rapidement sur le monde du travail. La question des symboles liant un groupe ultra, de la bâche historique aux soirées et aux déplacements en passant par les fringues casuals, est aussi présentée sans forcir le trait. Quant à la répression, elle joue son rôle : pas de politique, mais une haine entre flics et ultras qui se matérialise ici et là.

On appréciera enfin la bande son électro bien choisie, et de très beaux plans des quartiers populaires de Naples, servant de toile de fond à un casting lui aussi bien choisi. Si vous parlez un peu italien, ne vous réjouissez pas trop vite : le dialecte napolitain est à l’honneur.

Un film en demi-teinte donc, qui se laisse bien voir, tout en tombant dans les écueils habituels du genre.

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