Au Mexique, l’appel à boycotter la prochaine Coupe du Monde gagne du terrain. Des collectifs exigent une ville sans expulsions et des logement qui échappent à la spéculation financière, aggravée par les travaux du Mondial. Pour les collectifs engagés, ça ne fait qu’accélérer la gentrification et la dépossession des communautés locales. A quelques mois du match d’ouverture, la pression monte petit à petit.
Ces dernières semaines, une fausse bonne idée a commencé à se faire entendre: et si, en opposition à Donald Trump, on jouait la prochaine Coupe du Monde seulement au Mexique et au Canada? Cette option irréaliste a surtout pour effet d’invisibiliser la mobilisation populaire qui prend forme au Mexique à l’approche de l’événement, dont le coup d’envoi est prévu le 11 juin prochain à Mexico.
Les appels éparpillés au boycott ont tendance à se focaliser sur Donald Trump et son régime xénophobe et impérialiste. Au Mexique, on proteste contre les effets néfastes de l’organisation de la Coupe du Monde 2026 sur les conditions de vie. Comme souvent pour les habitants des quartiers pauvres, l’organisation d’une Coupe du Monde est synonyme de dépossessions et de militarisation accrue de l’espace public. On a pu l’observer auparavant en Afrique du Sud et au Brésil.
“Non au Mondial de la dépossession”
A Mexico aussi, à quelques mois du début de la compétition, les opérations de “nettoyage social” se sont multipliées. La présidente Claudia Sheinbaum et son parti, le Movimiento de Regeneración Nacional (Morena), sont accusés de considérer cet événement comme une “opportunité d’accélérer la dépossession, le mépris et le déplacement des communautés et des peuples autochtones” et d’accorder en retour des “facilités administratives aux promoteurs immobiliers”.
Le communiqué lu à l’occasion d’un rassemblement organisé le 23 janvier dernier dans le Bosque de Chapultepec, au pied de l’horloge électronique qui affiche le compte à rebours avant le début du tournoi, dénonce “une hausse des loyers pouvant atteindre 155%”. Outre l’encadrement des loyers à des tarifs justes et accessibles, ils réclament une régulation des locations Airbnb. Faute de réponse satisfaisante des autorités, les manifestants ont annoncé qu’ils ne s’arrêteraient pas là.
Lors d’un rassemblement à México le 23 janvier dernier, des collectifs militants du quartier Santa Úrsula Coapa, dans l’arrondissement Coyoacán où se situe l’Estadio Azteca (désormais appelé Estadio Banorte), ont dénoncé les expulsions d’habitants, le déplacement forcé de vendeurs ambulants et la pénurie d’eau, sous couvert de préparer l’afflux de touristes. Certaines pancartes brandies affichaient le slogan “Non au Mondial de la dépossession”.
La pénurie d’eau s’accentue pour les habitants de Santa Úrsula
Avec la celle du logement, l’autre question qui est au cœur des protestations est celle de l’accaparement de l’eau dans un contexte de crise hydrique à México. “Le Mondial ne se fera pas avec de l’eau volée” est un des slogans marquants. L’Assemblea Vecinal en lutte contre les méga-constructions à Tlalpan et Coyoacán demandent la fin de la concession d’un puits accordée à une société privée du groupe Televisa, propriétaire du stade Azteca.
Le lien entre l’extraction incontrôlée des eaux souterraines et la multiplication des méga-projets immobiliers est mis en lumière depuis longtemps par les habitants historiques de certains quartiers de Mexico, comme Santa Úrsula. L’approche du Mondial 2026 accentue la pression immobilière et donc la pénurie d’eau dans ces zones où subsiste une vie sociale et communautaire dense, liée à la tradition des peuples préhispaniques, comme l’explique le média Desinformémonos.
Au Mexique comme aux États-Unis, le sportwashing va bon train. Celles et ceux qui protestent contre l’accueil du Mondial au Mexique ne manquent d’y voir un moyen de blanchir des décennies d’État narcotique, de violence généralisée et d’effacement des populations autochtones. Avec l’impunité du crime organisé et l’absence d’enquêtes de la part des autorités, le pays compte plus de 130 000 disparus ces vingt dernières années. Des familles de disparus ont ainsi lancé un appel à “ne pas venir au Mexique” pour la Coupe du Monde.
Contre la violence du crime organisé
Les protestations dans l’État de Guerrero pourraient aussi se mettre en travers de la Coupe du Monde de football 2026. Contre les violences étatiques et mafieuses, et contre les déplacements forcés, différents collectifs de peuples indigènes de la Montaña Baja ont mis en garde les autorités fédérales et municipales. Leur revendication prioritaire est le retour sécurisé des familles déplacées et le démantèlement des groupes criminels. Ils exigent aussi la libération immédiate de cinq des leurs, arrêtés en mai 2024 pour avoir défendu leurs territoires contre l’avancée du crime organisé.
Pour les communautés nahuas, le Mondial 2026 est une opportunité unique de faire connaître au monde leur réalité: violence structurelle, abandon institutionnel et criminalisation. Sans réponses immédiates, le conflit ne fera pas que s’intensifier sur le territoire, précisément au moment où le Mexique cherchera à montrer une image de sécurité et de modernité aux yeux du monde. Treize matchs auront lieu au Mexique, dont cinq à México. “Si nécessaire, nous bloquerons les rues pendant le Mondial”, ont averti les manifestants de la capitale.

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