“FC Nantes – Relégué ou pas : Kita casse-toi !” par Nantes Révoltée

Mégalomanie, magouilles et argent-roi : comment s’achèvera le fiasco Kita ? Dimanche aura lieu la dernière journée du championnat hexagonal. Anecdotique pour certaines personnes, immanquable pour d’autres, ce dernier match aura une saveur particulière du côté de la cité des ducs. Menacé par une descente en ligue 2, mais surtout par le maintien de la présidence en place, le club local vit une fin de saison mouvementée, même si ce n’est pas la première fois.

*Article initialement publié sur la page facebook du média Nantes Révoltée


Le football est un monde à la fois à part et totalement intégré dans nos sociétés. En tant que culture, voire une quasi-croyance, la ferveur du ballon rond ne se rationalise pas : elle s’exprime, se ressent, peut renforcer nos convictions ou jouer avec nos contradictions, que l’on soit simplement dans la passion du beau jeu (certes difficile à trouver en Ligue 1) ou dans l’attachement à un club ancré localement, dépassant le cadre sportif, porteur d’un héritage, de valeurs, de convivialité.

Comme souvent lorsqu’il s’agit d’une institution populaire, les rapaces ne sont jamais loin. La logique du profit s’immisce partout, tout ce qui brasse du monde doit brasser du billet. Il faut convertir la foule en unités de consommation, rationaliser les fans, les presser comme des citrons. Le football a été rongé, transformé en supermarché où les agents, actionnaires et spéculateurs règnent en maîtres. Et bien entendu, lorsque le peuple des tribunes populaires gronde un peu trop fort, on fait tout pour lui faire baisser le volume et le cantonner à son rôle de clientèle, maniant certes la carotte, mais de plus en plus le bâton. Les tribunes de Nantes et d’ailleurs se sont ainsi transformées en laboratoires de la répression, les ultrà servant de cobayes pour les nouvelles armes de la police. Sur ces transformations, voir par exemple «Une histoire populaire du football» de Mickaël Correia.

Dans cet univers où le monde du ballon rond a largement entamé sa mue en entreprises interchangeables, lisses et sans identité, pilotées par des milliardaires à l’autre bout du monde, voire par de simples boîtes postales luxembourgeoises sans visage, le Football Club de Nantes arrive à la croisée des chemins. Un des clubs les plus populaires de France, un patrimoine footballistique et culturel incontestable, porteur d’une philosophie de jeu exigeante, collective et spectaculaire, est devenu le jouet d’un richissime mégalomane en la personne de Waldemar Kita.

À l’arrivée de la SocPress de Serge Dassault en 2000, le FCN rentre des deux pieds dans le football moderne, et malgré le titre de 2001, s’y casse la gueule rapidement. Au bout d’un long déclin causé par des dirigeants incompétents et/ou désintéressés, c’est logiquement que l’institution est rachetée par Kita en 2007. L’homme d’affaire avait déjà participé à la faillite du Lausanne Sports avant son arrivée sur les bords de l’Erdre. La situation vire vite au comique de répétition, le nouveau président-propriétaire se vantant d’avoir raison sur tout, plaçant rapidement son fils dans les instances et mettant en place son réseau de magouilleurs.

Dimanche, le FCN joue son avenir en L1. Triste à dire, mais c’est au fond assez anecdotique au regard de ces années passées. Mépris de la formation locale, recrutement de mercenaires, pratiques mafieuses… le tout-puissant président-propriétaire affiche davantage de projets de stade que de projet de jeu.

Dimanche, c’est surtout l’heure du bilan pour le Woldermor du pays du muscadet : 14 ans après l’arrivée de Kita, le record marquant du FCN est moins sportif (deux descentes en L2 et une meilleure place de 7ème) que gestionnaire, avec un nombre d’entraîneurs passés (et licenciés) par la maison jaune hallucinant : 17 !

Mais c’est surtout, malgré toute « l’originalité » dont fait preuve Kita dans son cirque, un triste symbole du football-business : arrangement entre copains, mépris des ultrà, réseau d’agents véreux, larges soupçons de fraude fiscale… la vision est court-termiste, le seul objectif du club est un rendement économique. Qu’importe la gestion calamiteuse et les millions perdus par sa seule faute : Waldemar va finir par piocher dans les caisses du club pour tenter de se rembourser.

Il se rêve même marquant l’histoire du club, caressant l’espoir vite douché (mais non éteint) d’un stade à sa gloire, consacré aux loges VIP et sûrement doté d’un nom ronflant (la Waldemarena?) ou sponsorisé (par sa nouvelle affaire d’agrandissement pénien?). Cliché du bourgeois orgueilleux, partagé entre sa quête de célébrité et d’argent, Kita devient aussi une cible symbolique de tout un système à combattre dans le football. Et la plaisanterie, affectant les dizaines de milliers de supporters et supportrices des Jaune-et-Vert, a assez duré.

La potentielle descente en L2 ne serait au fond que le symptôme, hélas logique, du virus Kita. Mais lui-même n’est qu’une pustule (particulièrement purulente) d’une maladie qui gangrène le football dans son ensemble, et avec lui tout le reste de la société. Le football est malade du capitalisme, qui porte avec lui des rapports d’exploitation et de soumission à l’argent-roi.

La relégation, si elle advient, bousculera nécessairement la gestion du club. Elle pourrait être l’occasion pour poser de nouvelles bases au club, refonder le lien entre le club et sa ville, retrouver la devise «celui qui renonce à devenir meilleur cesse déjà d’être bon». Mais à condition de pousser Kita à la démission, lui qui ne sait être qu’un médiocre égocentré, un mafieux de pacotille.

Fait assez rare, les différents groupes de supporter-ices, malgré leurs avis et méthodes divergentes, se sont unis dans l’opposition à Kita. Si certaines revendications donnent la priorité du départ de l’homme d’affaire, quelques personnes et collectifs rêvent plus grand, se prennent à imaginer que le FCN puisse faire émerger de nouveaux modèles, incluant la participation des fans, s’ancrant dans le paysage local, affirmant leur héritage populaire dans la pratique et la gestion du club.

Après une manifestation détenant le record de la répression la plus rapide cette année, environ 20 mètres de marche avant gazage et flash-ballage intensifs, nous en avions parlé ici, et des rassemblements réguliers devant le stade depuis, un appel est lancé à 17h par les groupes et collectifs supporters des Canaris.

Il s’agira de finir la saison fièrement, et pas forcément sur le terrain. De la jouer collectif, comme l’on savait le faire à Saupin et la Beaujoire. Et que Kita, de plus en plus esseulé, agrippé à son dernier carré et ses faux comptes Twitter, ne mette pas plus de 90 minutes à comprendre que son départ est la seule issue possible, avant d’entrevoir l’espoir de réinventer le modèle de notre club.

Pour aller plus loin:

Le FC Nantes, grand perdant du “football moderne” | agauche.org

 

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