FC Rainfall: I Just Can’t Get Enough

Le FC Rainfall et les Deer Troops – surnom de son collectif fondateur – sont indissociables. Ils sont le fruit d’une même accumulation d’amour et de dégoût: amour du football, dégoût envers la fédération et le pouvoir politique. Une accumulation lointaine, longtemps enfouie, puis débordante, qui s’est transformée en pluie battante pour donner naissance à un club alternatif.

Version originale à lire sur Halimun Sakala

Née sous les averses de la ville de Bogor, les Deer Troops (les “Troupes du Cerf”) ne réduisent pas le football au fait de marquer des buts. Pour elles, il est à la fois un acte d’amour et de résistance. Plus qu’un simple tir en direction des cages adverses, le football est un moyen de projeter la révolte et l’espoir contre l’oppression et l’injustice.

Le football y est considéré comme un espace libre, où chacun peut s’exprimer sans être jugé. À chaque match du FC Rainfall, le terrain comme les tribunes se transforment en manifestation contre l’arbitraire: drapeaux, banderoles et chants engagés. Sous la pluie, chaque dribble est une déclaration d’amour et de défi. Chaque ballon qui finit au fond des cages adverses devient une victoire collective, à célébrer dans une explosion de joie.

L’amnésie historique est un danger qui guette l’avenir; c’est pourquoi le FC Rainfall et les Deer Troops refusent l’oubli et affirment que le football peut être un outil de transmission et de lutte contre l’injustice, afin de mettre un “carton rouge” à ceux qui le méritent vraiment.

Un troupeau de cerfs sous l’averse

Les Deer Troops ont la conviction que, depuis l’époque de la colonisation néerlandaise, le football a toujours été plus qu’un sport: un vecteur de résistance et de transformation sociale. Mais aussi qu’avec un esprit collectif et une détermination sans faille, il est possible de rester debout face à l’injustice et provoquer le changement. Bien plus qu’un simple club, le FC Rainfall est devenu un espace social où se rencontrent des jeunes issus de milieux divers, venus de Bogor et d’autres régions d’Indonésie.

La volonté de transformer le football n’est pas nouvelle. L’histoire du football mondial est remplie de dissidents cherchant à retrouver l’essence même du jeu. Nous ne faisons que poursuivre cette culture de résistance face à l’arbitraire et à l’oppression. Notre contre-attaque est collective. La résistance ne se limite pas au terrain et s’enracine dans la vie quotidienne, à travers la solidarité, les luttes et l’éducation contre les dérives du football marchandisé.

Du premier coup de sifflet à l’allumage des fumigènes en tribunes, l’enthousiasme et les idéaux longtemps étouffés se rallument au GOR Pajajaran, comme un temps additionnel accordé en fin de match. Le FC Rainfall étanche aussi la soif de ceux qui rêvaient de devenir footballeurs sans jamais y parvenir pleinement. Même brièvement, le club leur permet de toucher du doigt ce rêve, de raviver des aspirations d’enfance longtemps enfouies.

Entre la sueur déposée sur le terrain et les chants portés par les tribunes, l’atmosphère des matchs de FC Rainfall répond à ce rêve de gosse: jouer devant un public, porté par ses clameurs jusqu’au coup de sifflet final. Quel que soit le résultat, il doit être célébré: être là, jouer ensemble et occuper le terrain est déjà presque en soi une forme de protestation victorieuse.

Si Bandung a Riverside Forest, Bogor a le FC Rainfall. Tandis que la Ville des Fleurs célèbre ses victoires en championnat, le club de la Ville de la Pluie réapparaît à la marge, dans ses matchs underground. Quand les “Oiseaux de la Mort” luttent au cœur de la pourriture du système fédéral, les “Troupes du Cerf” suivent leur propre voie, à l’écart de ce cercle vicieux. Le FC Rainfall et Riverside Forest sont deux clubs alternatifs nés de l’amour du football et de l’esprit de résistance, chacun avançant à sa manière vers un même horizon: le football collectif.

Des rêves enfouis
qui renaissent lentement

Pour le Troupeau de Cerfs comme pour les Oiseaux de la mort, jouer au football ne consiste pas à employer des moyens ignobles pour gagner à tout prix. La victoire peut se construire dans la joie, sans tricher ni renoncer à une organisation saine, comme l’a dit Cipunx du Kalibrug FC, club alternatif de Purbalingga. Après tout, qui voudrait jouer uniquement pour perdre?

Porter les couleurs de FC Rainfall est une fierté pour le Troupeau de Cerfs: danser sur la pelouse en portant des maillots conçus avec soin, sans sponsors envahissants qui polluent le regard. À cette fierté s’ajoute l’affection sincère reçue, nourrie par l’esprit familial qui règne dans ce club alternatif de la Ville de la Pluie. L’amitié en dehors du terrain se retrouve pendant les matchs: on rit encore, on joue ensemble, on partage. “Football Friendship Forever” n’est pas un slogan creux. La combativité des joueurs, alliée à la solidarité des Deer Troops, pousse chacun à progresser, à ouvrir des brèches, à arracher des points et à décrocher des victoires collectives.

Le ras-le-bol des rivalités toxiques, de la marchandisation agressive et des matchs truqués justifie cette volonté de redéfinir le football comme un bien commun, pour toutes les générations, sans barrières ni exclusions. Cet idéal longtemps enfoui émerge d’individus aux parcours, aux rêves et aux idéologies variés. À la croisée de la résistance, de l’amour et de l’utopie, s’impose la nécessité d’un football alternatif, distinct du football industriel sous l’égide de la PSSI: un football libéré de la violence, de la logique marchande, de la propriété privée et des discours de façade.

Cet esprit se prolonge à travers le slogan “Football Friendship Forever”, scandé comme une contre-attaque collective portée par les pluies de Bogor. Des campus aux espaces communs, des trottoirs aux parcs, des rues aux tribunes, des individus se sont réunis pour former un club alternatif. La résistance surgit toujours sous de multiples formes et surgit là où l’oppression et l’injustice laissent des failles. La reconquête du football comme bien commun n’est plus une idée abstraite, mais pourrait bien devenir réalité.

Reste à préserver cet esprit de solidarité pour éviter toute trahison. Ce n’est pas simple, mais rien n’est impossible. À Bogor, la pluie est imprévisible: un ciel clair peut soudain se transformer en déluge. Au FC Rainfall et ses Deer Troops de préparer le parapluie avant l’orage! Puissent les Cerfs continuer à offrir des matchs accessibles et divertissants pour tous, abolissant les frontières et les divisions, et devenir ce caillou dans la chaussure de la fédération et du pouvoir arbitraire. Fort d’une nouvelle notoriété, ils pourront alors diffuser davantage d’amour et amplifier la voix de la résistance “par le football”, sans sombrer pour autant dans un fanatisme sportif aveugle qui ne produit que des larmes.

Le collectivisme à portée de bois

Observons cela depuis les tribunes: aujourd’hui, le terrain n’est plus seulement le théâtre du tiki-taka ou du kick and rush agressif cher aux Three Lions. Il devient parfois un tremplin politique en période électorale. Répugnant, n’est-ce pas? C’est pourquoi il est temps de lancer une contre-attaque imprévisible, comme une tactique de guérilla, pour rendre sa dignité à ce football englouti par la marchandisation, les rivalités toxiques et les matchs truqués. Il n’y a définitivement rien de sacrilège à considérer le football comme un outil de lutte.

Il faut le dire clairement: sans l’enthousiasme et la détermination de camarades conscients de leurs droits et responsabilités dans cette nouvelle étape, le FC Rainfall ne pourra jamais devenir un véritable club alternatif, ni l’incarnation concrète de l’antithèse de ces clubs inféodés aux instances. Ce club populaire ne peut fonctionner comme espéré sans cet engagement collectif. Qu’on le veuille ou non, il avance sur un fil socialiste fragile: un espace pour pour le peuple qui aime le football et vomit un capitalisme qui confisque les décisions et réduit les supporters à de simples clients.

Le football est devenu une marchandise entre les mains d’une minorité puissante, protégée par la politique et la célébrité. La compréhension tactique du jeu importe peu; seule compte la stratégie du profit. Le football est devenu un business. Nous sommes peu à peu anesthésiés par sa capitalisation. Ce qui était autrefois un divertissement populaire est désormais un spectacle inaccessible aux couches les plus pauvres. Ce n’est pas un hasard: le football a été façonné ainsi pour maximiser les profits des puissants, dès lors que son potentiel commercial est apparu. L’exploitation de l’homme par l’homme demeure une constante historique. Rudolf Rocker ne dit pas autre chose dans ses écrits sur l’anarcho-syndicalisme.

Il faut le répéter: les Deer Troops continueront à lutter sous la pluie, les poings levés et les cœurs remplis d’amour et de colère. Jusqu’au jour où les fumigènes embraseront les stades et rallumeront l’étincelle et les braises d’une révolution contre un football englouti par le capitalisme. L’histoire reviendra des vestiaires, pas à pas, par des chemins souterrains, pour restaurer le vrai visage du football, balayant l’oppression et l’injustice comme un Manifeste du football pour le peuple. Pour paraphraser Rudolf Rocker: en lieu et place de l’ordre capitaliste, notre but est d’organiser la société pour la satisfaction des besoins de tous, et non plus pour les privilèges de quelques-uns.

Animés d’un esprit collectif inextinguible, nous assumons pleinement de former des individus garantissant l’avènement rapide de cette antithèse du football moderne. Nos efforts doivent payer. Après environ trois ans jalonnées d’erreurs, de conflits et de chutes pour mieux rebondir, nous en sommes proches. Avec une passion ardente du football et de la résistance, nous continuerons à bâtir notre propre communauté selon nos convictions, quelles que soient les menaces et les difficultés à venir. Le mot de la fin: Football Friendship Forever!

 

Traduit du bahasa à l’aide de Deepl, relu et validé par l’auteur

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