Les Fedelissimi Toulon 98 tirent officiellement leur révérence

Ce 22 juin, les Fedelissimi ont officialisé leur dissolution. Une page de l’histoire des tribunes toulonnaises se tourne. L’inertie sportive du SC Toulon – présidé par le contesté Claude Joye – englué dans les divisions inférieures a eu raison de l’énergie des derniers membres du groupe.

Au Stade Bon-Rencontre comme en déplacement, on ne verra plus la bâche jaune et bleu des Fedelissimi Toulon 98. “Les causes sont multiples” précise le communiqué du groupe, “l’absence de résultats sportifs dans des divisions amateurs où on végète depuis plus de 20 ans, l’identité du club bafouée par les prises de position de nos hauts dirigeants, manque de considération envers les supporters…

S’ajoute à ça une évidente lassitude, et des trajectoires personnelles qui ont pris le dessus. “Parmi nos derniers adhérents, personne n’a le temps nécessaire pour faire vivre un groupe et recréer une dynamique.” Une nouvelle page du mouvement ultra à Toulon se tourne. Port militaire et ville ouvrière qui est tenue par la droite depuis 1959, avec même une parenthèse brune qui a vu le Front National gérer la ville entre 95 et 2001, les tribunes toulonnaise se sont longtemps distinguées comme des repaires de gauche et antiracistes.

Une passion qu’elle que soit la division

Identifiés par le visage d’un rasta juvénile et se revendiquant de la mentalité ultra’, les Fedelissimi avaient été créés en 1998 par d’anciens membres des Rastas Bronx, puis des Irréductibles 93. Le groupe est né dans une période de crise aiguë pour le Sporting Club de Toulon qui, à peine remonté en 2e Division, avait été rétrogradé administrativement en DH (le 6e niveau du football français) en 1998. Une dégringolade qui s’était alors accompagnée de la disparition temporaire des Irréductibles – en fait toujours actifs sous la bannière de la “Jeune Garde” – qui réapparaîtront trois ans plus tard. Les FT98 et les IRD93 cohabiteront dès lors jusqu’à l’auto-dissolution des IRD en 2015.

Les Fedelissimi Toulon 98 à l’occasion de leurs 20 ans, face à Annecy en N2.

Le groupe emblématique arborant la tête de Corto Maltese n’avait pas résisté à une énième relégation liée à la mauvaise gestion du club. Une sorte de spécialité locale pour un club qui n’a plus connu l’élite depuis 1993. On mesure mal la prouesse des groupes toulonnais, et donc des FT98, d’avoir fait vivre une culture ultra’ dans les divisions amateurs du football français. Imprégnés du modèle de ces groupes qui animent les tribunes des stades de l’Italie voisine, ils se sont évertués à défendre l’identité et l’histoire du SCT. Installés d’abord en Tribune Mouraille, ils migreront en 2004 en Tribune Borrelli avant de se réinstaller en Mouraille quatre ans plus tard. On a coutume d’entendre chez les ultras que la passion ne connaît pas les divisions, ceux de Toulon l’ont plus que mis en pratique ces vingt-cinq dernières années.

Dans le livre Ultra, Mode de Vie, un chapitre est consacré à l’histoire des groupes toulonnais racontée par plusieurs fondateurs ou personnages-clé. On croise forcément la route des FT98. Même si les plus belles années ultra’ à Toulon sont probablement plus associées aux Irréductibles, les Fedelissimi ont marqué de leur empreinte l’histoire du club. On y apprend notamment l’anecdote du vol, au début des années 2010, de la bâche des FT98 dans une ruelle de Martigues par des ultras marseillais, rivaux de toujours, en surnombre. Un face à face à 40 contre 3 qui fait partie des souvenirs douloureux. “Si on l’avait perdue ‘à la loyale’, on aurait fait arrêter le groupe“, témoigne son fondateur dans Ultra, mode de vie.

Boudjellal trahit, Joye ne vend pas

La fin des FT98 ne résulte pas d’une décision brutale. C’est un processus. Le résultat d’une perte de vitesse et d’une usure. L’espoir suscité par la remontée en National pour la saison 2019/20 a rapidement été douché par la saison pitoyable (une seule victoire!) de l’équipe qui a fini à la dernière place du championnat arrêté à la 25e journée en raison du Covid-19. Quelques semaines avant l’annonce du confinement général, les Fedelissimi avaient appelé à “boycotter les matchs à Bon-Rencontre jusqu’à nouvel ordre“. Nous sommes au début de l’année 2020 et l’objectif est clairement de pousser Claude Joye, le président-propriétaire, à vendre le club.

Les Fedelissimi rêvent même d’une arrivée de Mourad Boudjellal, qui avait ramené le rugby toulonnais sur le toit de l’Europe, à la tête du club. Ils vont jusqu’à déployer le message “SOS Mourad” en Tribune Mouraille. Depuis 2015 et l’auto-dissolution des IRD93, les Fedelissimi sont en effet devenus la principale force organisée en tribune, mais pas la seule. La première ligne de l’opposition à Claude Joye pouvait aussi compter sur le Old Clan (regroupement des plus anciens au sein des IRD qui a perduré) et sur le noyau qui s’est structuré au fil du temps derrière “Du passé je suis amoureux”. Au bout de quelques mois, Joye et Boudjellal entrent en négociation et trouvent un accord oral en juin 2020. Mourad Boudjellal est annoncé comme le futur président du Sporting Club de Toulon. Mais comme rien n’est simple à Toulon, Boudjellal retournera sa veste pour se lancer, depuis les locaux du SCT, dans la course au rachat de l’OM. L’homme d’affaire se rabattra finalement sur le Hyères FC qui évolue dans le même groupe de National 2 que le Sporting.

Vers la fin

Un sketch ridicule dont le peuple azur et or se serait bien passé. Les Fedelissimi, qui se désolidarisent de Mourad Boudjellal, parlent alors d’une “véritable humiliation“. Dans leur communiqué, ils ajoutent qu’ils veulent avant tout “une direction qui respecte l’identité du Sporting et son histoire.” Ils appellent à nouveau fin juillet 2020, à l’aube d’une saison qui sera jouée quasi intégralement à huis clos en raison du contexte sanitaire, au boycott des matchs du club. La trahison de Boudjellal n’a pas annulé la défiance envers Joye. Celui qui promettait en 2020 d’amener le club en Ligue 1 d’ici cinq années n’est plus crédible. Les FT98, à l’image de nombreux supporters toulonnais, attendent toujours qu’il “rende le Sporting” et mette le club en vente. Le groupe assouplira un temps sa position après la nomination de Jean Tigana comme manager général avec les pleins pouvoirs sur le sportif. A défaut d’avoir un nouveau propriétaire comme ils le réclamaient, les Fedelissimi annoncent être satisfaits de ce choix qu’ils assimilent à “un changement d’ère”.

Mais quelques mois plus tard, les FT98 prennent une première décision qui souligne les difficultés rencontrées par le groupe pour mobiliser. “Le 14 novembre 2021, nous avons fait le choix de ne pas dissoudre le groupe et de continuer à soutenir notre club de cœur sous forme de matchs à la carte.” Mais cette stratégie ne sera guère plus concluante. “Depuis cette date nous avons encouragé notre équipe fanion seulement pour 3 matchs dont 2 à l’extérieur en nous mobilisant difficilement.” Des signes qui ne trompent pas et qui ont mené les responsables du groupe à décider d’y mettre un terme. Claude Joye n’a pas vendu le club et les Fedelissimi ne verront pas la nouvelle ère qu’ils appelaient de leurs vœux pour permettre au Sporting Club de Toulon de retrouver le standing qui était le sien lors de sa décennie dorée, entre 1983 et 1993.

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