L’UEFA a quelques raisons d’être inquiète. Le régime d’exonération fiscale dont elle bénéficie en Suisse pourrait être prochainement remis en cause. Quelques élus ont décidé de s’attaquer à ce statut privilégié, octroyé au nom de la promotion de la paix et de la lutte contre les discriminations. Au cœur de leur résolution: la complaisance de l’instance vis-à-vis d’Israël et sa guerre génocidaire menée à Gaza.
C’est un coup de pression dont on ne mesure pas encore s’il aura des résultats. Une résolution déposée au Grand Conseil Vaudois par l’écologiste Théophile Schenker – cosignée par 45 députés – pourrait aboutir à la révocation des privilèges fiscaux de l’UEFA, domiciliée à Nyon. Ce régime fiscal avantageux lui permet, en dépit des milliards générés par ses compétitions, d’échapper à l’impôt fédéral direct. En bénéficient les fédérations internationales sportives qui jouent un rôle important dans la promotion de la paix, et dans la lutte contre le racisme et la discrimination. La résolution des parlementaires vaudois vise donc à évaluer si l’UEFA remplit toujours ces conditions. Spoiler: non, et depuis longtemps.
A ce jour, aucune sanction n’a été prise à l’encontre la Fédération israélienne de football (IFA), membre officielle de l’UEFA depuis 1994. Et beaucoup mettent ce traitement de faveur en parallèle avec l’exclusion de la Russie, quelques jours seulement après l’invasion de l’Ukraine. Aleksandr Čeferin, président slovène de l’UEFA, se retranche derrière le refus d’une majorité de fédérations européennes de s’en prendre à Israël. Selon le média Middle East Eye, le comité exécutif de l’UEFA devait se prononcer sur une suspension d’Israël de ses compétition le 30 septembre dernier. Le vote aurait finalement été annulé en raison du “plan de paix” proposé par Donald Trump, dont l’administration avait fait savoir qu’elle s’opposerait à toute sanction visant l’IFA.
Un “deux poids deux mesures” qui a aussi nourri la démarche des députés vaudois. Si leur résolution venait à être adoptée, l’UEFA se verrait contrainte de se justifier sur cette absence de sanctions alors que l’implantation illégale de clubs israéliens dans les territoires occupés de Cisjordanie – comme le Beitar Givat Zeev Shabi, le Beitar Maaleh Adomim, l’Hapoel Oranit ou l’Hapoel Jordan Valley – est largement documentée. “La réalité est que l’UEFA ne respecte pas les conditions de promotion de la paix si elle continue d’autoriser des équipes ayant occupé des terres volées à jouer au football ou à participer sous la bannière de l’UEFA”, dénonce Ashish Prashar, directeur de campagne de “Game Over Israel”.
La résolution déposée en décembre dernier – mais dont le vote a déjà été renvoyé deux fois “par manque de temps” – rappelle aussi que depuis le 7 octobre 2023 ce sont plus de 800 athlètes – dont environ 420 footballeurs et footballeuses – qui ont été tués à Gaza par l’armée israélienne. Et que près de 90% des infrastructures sportives de l’enclave ont été détruites.
Cette initiative symbolique peut-elle réellement fragiliser l’UEFA et faire bouger les lignes concernant l’impunité de l’État hébreu sur la scène internationale? Si l’instance craint de voir ses privilèges fiscaux être rognés, il ne faut pas non plus s’attendre à un tremblement de terre ou à un virage à 180°. Les voies de recours et les échappatoires sont nombreuses pour l’instance. Rien ne dit qu’elle prendra des mesures contre Israël dans le but de montrer patte blanche à l’administration fiscale vaudoise. Mais elle pourra de moins en moins cacher le décalage accablant entre ses supposées valeurs de paix et son attitude réelle qui est revenu ces derniers mois à fermer les yeux sur un génocide.

ERRATUM: La date du 27 janvier avait été annoncée par certains sites et reprise dans la première version de cette edito. Après vérification, après avoir été renvoyé le 16 décembre dernier, le vote a de nouveau été renvoyé “faute de temps” lors de la séance du 20 janvier. La résolution pourrait être remise à l’ordre du jour prochainement.