L’UEFA a quelques raisons d’être inquiète. Le régime d’exonération fiscale dont elle bénéficie en Suisse pourrait être prochainement remis en cause. Quelques élus ont décidé de s’attaquer à ce statut privilégié, octroyé au nom de la promotion de la paix et de la lutte contre les discriminations. Au cœur de leur résolution: la complaisance de l’instance vis-à-vis d’Israël et sa guerre génocidaire menée à Gaza.
C’est un coup de pression dont on ne mesure pas encore s’il aura des résultats. Alors que la mobilisation populaire pour faire sanctionner les instances sportives israéliennes n’a jamais été suffisamment forte pour faire fléchir la FIFA ou l’UEFA, il faudra suivre avec attention ce qui va se passer en Suisse. Ce mardi 27 janvier, le Grand Conseil vaudois est appelé à se prononcer sur une motion qui pourrait aboutir à la révocation des privilèges fiscaux de l’UEFA, domiciliée à Nyon. Craignant d’y perdre financièrement, l’instance sera-t-elle prête à sanctionner la Fédération israélienne de football (IFA)?
Car le régime fiscal avantageux qui permet à l’UEFA, en dépit des milliards générés par ses compétitions, d’échapper à l’impôt fédéral direct est soumis à certaines conditions. Les fédérations sportives internationales, considérées comme des associations à but non lucratif, sont en partie exonérées d’impôts au nom de leur contribution à la paix dans le monde. Une farce qui n’a jamais faire rire le peuple palestinien.
La résolution déposée par des parlementaires vaudois – issus de la gauche et des écologistes – vise donc à évaluer si l’instance qui gouverne le football européen remplit toujours ces conditions. Ce dont il est légitime de douter au vu de son attitude complaisante envers Israël et le génocide à Gaza. A ce jour, aucune sanction n’a été prise à l’encontre l’IFA, membre officielle de l’UEFA depuis 1994. Et beaucoup mettent en parallèle ce traitement de faveur avec l’exclusion de la Russie, quelques jours seulement après l’invasion de l’Ukraine.
Aleksandr Čeferin, président slovène de l’instance, se retranche derrière le refus d’une majorité de fédérations européennes de s’en prendre à Israël, contrairement à ce qui s’est passé avec la Russie.
Ce deux poids deux mesures a aussi nourri la volonté de ces députés vaudois de réétudier le cas de l’instance européenne. Si la résolution venait à être adoptée, alors l’administration fiscale du canton de Vaud devrait obliger l’UEFA à se justifier par écrit sur cette absence de sanctions alors même que l’implantation illégale de clubs israéliens dans les territoires occupés de Cisjordanie est largement documentée. Pourtant, l’UEFA continue de reconnaître des équipes installées dans les colonies, comme le Beitar Givat Zeev Shabi, le Beitar Maaleh Adomim, l’Hapoel Oranit ou l’Hapoel Jordan Valley.
“La réalité est que l’UEFA ne respecte pas les conditions de promotion de la paix si elle continue d’autoriser des équipes ayant occupé des terres volées à jouer au football ou à participer sous la bannière de l’UEFA”, dénonce Ashish Prashar, directeur de campagne de “Game Over Israel”. L’organisation s’apprête également à déposer une plainte devant le Tribunal fédéral suisse afin de contraindre les autorités suisses à appliquer les obligations du droit international à l’UEFA.
Ce vote à l’échelle locale en Suisse peut-il réellement fragiliser l’UEFA et faire bouger les lignes concernant l’impunité de l’État hébreu? L’étau semble se resserrer, mais bien trop tard. Gaza a été dévastée. Rien ne dit que l’UEFA prendra des mesures contre Israël dans le but de montrer patte blanche à l’administration fiscale vaudoise.
Si l’UEFA craint forcément de voir ses privilèges fiscaux être rognés, il ne faut pas non plus s’attendre à un tremblement de terre ou à un virage à 180°. Les voies de recours et les échappatoires sont nombreuses pour l’instance. Mais elle pourra de moins en moins cacher le décalage accablant entre ses supposées valeurs de paix et son attitude réelle qui est revenu ces derniers mois à fermer les yeux sur un génocide.

Leave a Reply