La Fédération a gelé les dotations de l’édition 2025/26 de la FA Cup féminine tout en augmentant l’enveloppe totale de la compétition masculine. Depuis plusieurs saisons, le Lewes FC est à la pointe de la bataille pour revendiquer des dotations égales pour les deux compétitions.
C’est un coup d’arrêt pour les petits pas faits ces dernières saisons en direction d’une égalité des dotations financières se sont arrêtés. Pourquoi la Football Association (FA) a-t-elle fait le choix d’accentuer les traits inégalitaires de sa compétition reine?
Lewes FC a tenu à profiter du 3e tour de Women’s FA Cup pour remettre cette question sur la table et demander à rencontrer le Professional Game Board (PGB) de la FA pour qu’il s’explique sur ce recul. En amont de la réception de Crystal Palace au Dripping Pan, le 14 décembre dernier, le club de l’East Sussex a appelé ses supporters à se saisir du match pour protester à nouveau contre le gel des dotations de la Coupe féminine.
Les supporters des Rooks ont ainsi symboliquement déployé en tribune des affichettes avec le signe “=”. “L’égalité n’est pas un coût, c’est un engagement pour l’avenir du football”, clame le slogan de la campagne. Cette revendication n’est pas nouvelle du côté de Lewes qui a lancé la campagne “Equal FA Cup” en 2019. Depuis, si la FA a bien doublé les dotations des féminines, l’écart avec celles des hommes demeure abyssal.
Des chiffres et une réalité implacable
Pour donner une idée, les équipes vainqueurs au 3ème tour de la FA Cup féminine ont perçu 35 000 £ de prime, le perdant seulement 9 000 £. Tandis qu’au même stade de la compétition, les équipes masculines toucheront 121 500 £ pour les vainqueurs et 26 500 £ pour l’équipe éliminée. Le gel de la dotation globale chez les femmes (144 000 £ ont été ajoutés pour couvrir un nouveau tour préliminaire) est d’autant plus injuste que celle des hommes a augmenté de 1,5 million de livres sterling par rapport à la saison 2024/25.
Le gel vise aussi les primes versées durant les tours préliminaires de la FA Cup masculine, impactant des dizaines de clubs amateurs qui subissent déjà l’augmentation globale des coûts. Comble de cet élitisme dominant, le vainqueur de l’édition masculine recevra 2,12 millions en mai prochain, soit 120 000 £ de plus que la saison passée. Quand on connaît les chiffres d’affaires des clubs de Premier League à qui le trophée est promis, cette augmentation sonne comme une insulte aux équipes des premiers tours qui auraient pu se la partager.
“Aujourd’hui, la part du lion des 23,5 millions de livres de dotations masculines ira à des clubs riches de Premier League qui, sans doute, en ont le moins besoin et pour lesquels cet argent fera très peu de différence”, déplore Ben Hall, directeur du Lewes FC, dans une tribune publiée sur le site de la BBC. “Même sport, mêmes règles, même compétition, même format à élimination directe, même instance dirigeante, mais une valeur différente accordée aux joueuses et aux joueurs”. Dans les premiers tours, les primes sont tellement dérisoires que beaucoup d’équipes féminines perdent de l’argent. Les coûts engendrés par les déplacements, la couverture médicale ou la location des terrains, revient souvent plus cher que ce qu’une victoire ne rapporte à ce stade de la compétition.
Inégalités à tous les étages
Ironiquement, la FA sait être égalitaire quand il s’agit des sélections nationales, ses fleurons. Depuis 2020, elle verse en effet les mêmes primes de match et les mêmes bonus aux femmes qu’aux hommes. “La question n’est donc pas de savoir si la FA croit en l’égalité, mais plutôt de comprendre pourquoi cette conviction s’arrête à la FA Cup”, poursuit Hall.
Les instances ne manquent pas d’excuses, invoquant la réalité commerciale et les différences de revenus télévisuels. Pour Ben Hall, c’est avant tout une affaire de choix politiques: “La FA décide du montant des dotations pour les deux compétitions. Elle pourrait les rendre égales dès demain, il lui suffirait de le vouloir.”
Pour beaucoup, cette situation n’est que le résultat du retard accumulé par le football féminin en raison de son interdiction par la fédération anglaise pendant 50 ans, consacrant un football pensé avant tout comme une chasse gardée masculine. Sous couvert de rentabilité, la FA ne fait que s’inscrire dans cette histoire de la domination masculine.
Appel aux autres clubs
C’est pourquoi Lewes FC a écrit à l’ensemble des équipes engagées en Women’s FA Cup pour les inviter à réaliser des actions de protestation comme une photo d’équipe avant le coup d’envoi, avec les joueuses formant un signe “=” avec leurs bras, ainsi qu’une pause de 21 secondes après le coup d’envoi, en référence à 1921, l’année où la FA a interdit le football féminin. Ce Lewes FC et Corsham Town l’ont fait lors du 1er tour.
Avec sa campagne “Equality FC” lancée en 2017, Lewes est déjà devenu le premier – dans le paysage professionnel ou semi-professionnel anglais – à allouer des ressources égales à ses équipes féminines et masculines. Il a fait de ce combat pour l’égalité de traitement dans le football un élément central de son ADN de club “communautaire”. S’il peine encore à entraîner beaucoup de clubs derrière lui, le club ne se résigne pas.
Il n’est toutefois pas complètement seul. Il y a quelques saisons, le Clapton CFC et le Stourbridge FC Ladies étaient aussi montés au créneau.

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