OGCN-OM: Les salades du président Rivère

C’est un match dont on se souviendra longtemps, et pourtant il n’est pas allé à son terme. L’OGC Nice a été déclaré vainqueur sur tapis vert de l’affiche de la 3e journée de Ligue 1. Les joueurs de l’OM ont refusé de revenir sur le terrain après l’interruption du match suite à des jets répétés de bouteilles, venus de la tribune populaire niçoise.

On joue la 76e minute à l’Allianz Riviera. Dimitri Payet est une nouvelle fois la cible de jets de projectiles. Il est atteint dans le haut du dos par une bouteille en plastique, remplie. Il se relève et la renvoie en direction des tribunes, soutenu par ses collègues Alvaro et Mattéo Guendouzi. Manière de montrer aussi qu’ils ne reculent pas devant les canardages répétés venus de la tribune occupée par les Ultras Populaire Sud. S’en suit une grosse échauffourée avec plusieurs dizaines de supporters niçois qui parviennent à s’extraire de la tribune pour en découdre avec les joueurs marseillais qui ne s’enfuient pas.

Rivère accuse les Marseillais pour mieux couvrir son service de sécurité

Le cordon de sécurité des stadiers niçois s’est fait trouer comme un vulgaire morceau de gruyère consentant. A plusieurs reprises, le bas de la tribune avait semblé sur le point de déborder sur le terrain. Il ne s’agit pas ici de déplorer un manque de sécurité, encore moins de réclamer un durcissement, juste de mettre en question ce qui ressemble à de gros manquements de la part du service de sécurité du club, et donc sa responsabilité directe avec les événements qui ont émaillés le match.

©AFP

Dans un petit numéro clientéliste, pour se les garder dans la poche, le président Rivère a aussi dédouané les ultras et cette tribune, à l’héritage fasciste connu, qui s’inscrit dans la continuité de la la Brigade Sud Nice, dissoute en 2010 par le ministère de l’Intérieur. Ça ne lui coûte pas grand-chose à Rivère, il sait que selon toute vraisemblance, la tribune populaire devrait être suspendue à titre conservatoire par la LFP. Même tarif que celui appliqué aux tribunes montpelliéraines pour des jets de bouteille, déjà face à l’OM.

Il s’est aussi, et surtout, lâchement empressé de couvrir son service de sécurité. Il sait les sanctions que son club risque et a fait le choix d’une stratégie offensive, dirigée contre son adversaire du soir. Et après avoir déjà sous-entendu devant les médias que si l’OM ne souhaitait pas revenir sur le terrain, c’était parce qu’ils étaient menés au score, il a soutenu sans honte que “ce qui a mis le feu au poudre, c’est la réaction de deux joueurs marseillais de rejeter ces bouteilles, ou d’autres bouteilles, à travers la tribune de nos supporters.”

Tapis vert

Même si le premier verdict, celui de la victoire sur tapis vert, lui donne aujourd’hui raison, la ligne va être dure à tenir pour l’OGC Nice. Surtout si Rivère continue de s’enfermer dans sa communication désastreuse du type “la maison décline toute responsabilité”. Et pourtant, sur le terrain, les joueurs niçois n’avaient pas volé leur avantage au score. Ce qui rend la faculté qu’ont eu leurs supporters à faire dégénérer la situation un peu plus incompréhensible.

Mais le fait est que, tant au niveau éthique que du déroulé des faits, à aucun moment l’OGC Nice ne mérite cette issue positive. Alors que les 75 premières minutes ont montré les défaillances du club local pour protéger l’intégrité physique des joueurs marseillais, le bon sens aurait voulu que le match soit arrêté définitivement. Soit pour être repris le lendemain, soit pour être rejoué ultérieurement. Ce qui, à la limite, est un débat secondaire.

C’est en tous cas la décision logique pour laquelle ont rapidement opté les joueurs, dont plusieurs portaient des marques de coups, et l’encadrement olympiens. On imagine que les joueurs niçois se sont aussi posés la question et que certains se sont sentis solidaires de leurs homologues marseillais. On en sait rien à vrai dire, mais on aurait aimé. Leur inconfort s’est ressenti au moment gênant de revenir saluer le public depuis le rond central. Une gêne qui n’a pas semblé atteindre Rivère, lui qui a joué les séducteurs, prétendant calmer une populaire sud qui le lui a rendu en scandant son nom.

Les Marseillais n’ont pas cédé à la pression

Bien sûr, la majorité des médias va en profiter pour une nouvelle fois mettre les ultras à l’index. Les boucs-émissaires classiques. Il ne s’agit pas de pleurer sur le sort des ultras niçois, mais de ne pas être dupes des enjeux. Dans les jours qui viennent, la direction niçoise n’aura aucun mal à les sacrifier pour mieux camoufler ses nombreuses carences. En attendant, elle peut remercier la LFP d’avoir autant privilégié son équipe.

Car mis à part l’arbitre M.Bastien qui était très réticent à faire reprendre le match, l’OM s’est en réalité heurté à un front uni regroupant les dirigeants niçois, la préfecture et la LFP. Leur priorité, peut-être avec des intérêts différents, était que le match reprenne. Les Marseillais n’ont pas cédé à la pression et ne sont pas revenus sur le terrain, préférant perdre le match sur tapis vert quitte à devoir aller faire valoir leurs droits sur le terrain judiciaire. On ne peut que déplorer que l’issue de ce match se joue ailleurs que sur le terrain, mais il ne restait plus beaucoup d’autres d’options aux dirigeants marseillais.

La moins pire des issues voudrait que, dans les jours qui viennent, le match soit finalement déclaré à rejouer. C’est à dire prendre à retardement la décision qui aurait dû être prise au moment de l’interruption, à la 76e minute. Mais ça forcerait la LFP à se désavouer et à se remettre en question. Ça ne la grandirait même pas, ça éviterait juste qu’elle ne se ridiculise un peu plus.

Édito n°35

 

 

 

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