AEK – Ajax : affrontements et rivalités croisées

Retour sur les affrontements entre supporters autour du match de Ligue des Champions entre l’AEK Athènes et l’Ajax Amsterdam. Plusieurs médias émus y sont allés de leur brève décomptant le nombre de blessés. Il semble nécessaire d’aller plus loin que la rubrique fait divers dans l’idée de comprendre un peu mieux cette question complexe de la rivalité entre les groupes de supporters et d’y questionner la part d’opposition politique.

Cet affrontement en soi n’est pas plus important qu’un autre, même si au regard des normes de sécurité imposées aux clubs européens par l’UEFA, ce qui s’est passé mardi soir dans le stade olympique d’Athènes n’est pas complètement anodin à ce niveau : jets de fumigènes, cocktails explosifs, matraquage policier à l’intérieur du secteur visiteur. Mais cela tient aussi à la situation des stades grecs et la puissance des groupes de supporters qui tiennent tête aux mesures sécuritaires.

La question qui semblait le plus se poser sur les réseaux sociaux portaient plus sur la nature de la rivalité. En gros, s’agit-il d’un affrontement entre antifascistes et hooligans d’extrême-droite ? Ce qui ne semblait pas aller de soi pour qui connaît quelques-uns des groupes impliqués. Car plusieurs ont participé. Prêter main forte à un groupe ami est d’ailleurs une pratique répandue chez les supporters et une manière de consolider ce lien dans l’affrontement avec un rival commun.

Lundi soir donc, veille de match, quelques 200 hooligans armés de battes et autres outils, majoritairement du F-Side de l’Ajax accompagnés de quelques dizaines de membres de la Gate 13 du Panathinaikos et d’une poignée d’individus du Jude Gang du KS Cracovie, ont attaqué un local où étaient réunis pas moins de 180 supporters de l’AEK, antifascistes assumés et revendiqués, épaulés de quelques-uns de leurs camarades biélorusses du Partizan Minsk, tous prêts à en découdre. S’en est suivi un affrontement impressionnant finalement dispersé par les MAT, police anti-émeute grecque.

Quant à savoir s’il s’agit d’un affrontement purement motivé par l’antagonisme politique, difficile de répondre au premier abord. Si la ligne politique antifasciste des Original 21, principal groupe de supporters de l’AEK, est claire, celle de leurs rivaux l’est beaucoup moins. L’alliance entre le F-Side et le Jude Gang est motivée par le lien originel que leurs clubs respectifs entretiennent avec la communauté juive d’Amsterdam et de Cracovie. Si les clubs n’ont plus aujourd’hui grand-chose à voir avec le judaïsme, les hooligans se sentent garants de cette histoire et ont développé leur identité autour de ces origines juives. En retour, insultes antisémites, références au nazisme, sont régulièrement utilisées par leurs rivaux, dans un mélange de politisation à l’extrême-droite et de rhétorique « ultras » provocatrice comme les tribunes savent en produire.

Cette identité voit les supporters de l’Ajax, qui se font aussi appeler « Super Joden » – soit les « super juifs » – utiliser des symboles tels que l’étoile de David ou le drapeau israélien. Sans généraliser, on peut rapprocher cet affichage ostensible de symboles aussi marqués, d’une position pro-sioniste. La Vak410, l’autre groupe de supporters de l’Ajax, dissout en 2016, entretenait aussi une solide amitié avec les Fanatics du Maccabi Tel-Aviv qui n’ont pas hésité à afficher en tribune leur rejet des migrants. Dans la même veine, les hooligans hollandais ont aussi un gros contentieux avec la Green Brigade du Celtic Glasgow, aux positions pro-palestiniennes affirmées, qu’ils ont affronté à plusieurs reprises.

La présence de plusieurs dizaines de membres de la Gate 13 aux côtés des hooligans de l’Ajax est doublement motivée. Il y a à la fois l’amitié qui les unit au F-side et la rivalité qui les oppose aux Original 21. Une rivalité beaucoup plus liée à une question de suprématie locale mise en jeu par les trois principaux clubs athéniens – Panathinaikos, Olympiakos et AEK – qu’à une question politique. La Gate 13 n’est d’ailleurs pas homogène politiquement, et derrière l’étiquette « No politica » cohabitent des supporters « de gauche » et des nationalistes. En Décembre 2008 après l’assassinat par la police du jeune Alexys Grigoropoulos, des fans des deux équipes participèrent unis à la révolte. Paradoxe de ces rivalités et amitiés entre les groupes qui ne répondent pas à une grille de lecture simpliste.

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