La “Resposta Historica” du C.R Vasco da Gama

L’équipe du Club de Regatas Vasco da Gama, championne de l’Etat de Rio en 1923.

A ses débuts, le football brésilien s’est structuré comme une chasse gardée de la bourgeoisie européenne. A l’image du reste de la société, les noirs et descendants d’esclaves, comme les ouvriers en général, étaient tout simplement écartés du jeu. Des clubs comme Fluminense leur interdirent même l’accès à leur stade. L’abolition de l’esclavage en 1888 n’a évidemment pas supprimé l’idéologie raciste portée par l’ensemble du patronat et de l’élite sociale longtemps à la tête de cette république Café com leite aux mains des puissants planteurs de café et producteurs de lait.

Dans ce football qu’on peut qualifier de ségrégationniste, quelques exceptions se distinguent comme le Bangu A.C, majoritairement composé d’ouvriers de la fabrique textile du même nom, ou encore le C.R Vasco da Gama, club historique de la communauté portugaise immigrée. Né comme un club d’aviron en 1898, ce club développe sa section football en 1915. A la différence des clubs majeurs de la région de Rio de Janeiro, le Vasco da Gama n’est pas liée à l’élite sociale. C’est un club de petits-commerçants et de salariés qui se distingue dès 1904 en élisant un président de couleur dans un pays où sera publié en 1921 un décret dit « de blancheur » interdisant aux joueurs de couleur de porter le maillot de l’équipe nationale.

Tant que le club navigue dans les eaux des divisions inférieures, sa composition “populaire” ne pose pas de réel problème à ses riches voisins. Les choses vont commencer à se gâter lors du Championnat de Rio de 1923, que le Vasco da Gama écrase littéralement pour sa première participation avec une équipe d’ouvriers, dont plusieurs de couleur. Que cette équipe soit quasi imbattable en s’appuyant essentiellement sur des joueurs recrutés dans les quartiers pauvres de Rio provoque une réaction haineuse des autres clubs cariocas acquis aux idées racialistes contenues dans le décret « de blancheur ».

Quatre des clubs les plus puissants de l’Etat de Rio, Fluminense, Flamengo, America et Botafogo, scissionnent et créent une nouvelle ligue. Un point de réglement interdisant d’aligner des joueurs travaillant comme journaliers ou encore des joueurs analphabètes, y conditionne l’adhésion. Le Vasco da Gama, directement visé par cette mesure qui le contraindrait à se passer de pas moins de douze de ses joueurs, refuse de se plier à cette injonction. Sans attendre, le président de Vasco, José Augusto Prestes, publie une lettre datée du 7 avril 1924, passée à la postérité comme la « Resposta Historica », dont le papier original tapé à la machine est aujourd’hui conservé sous verre dans les sous-sol du stade San Januario.

Dans cette “Réponse Historique” pleine d’aplomb, il écrit que ses joueurs « sont à l’aube de leur carrière et l’acte public qui pourrait les souiller ne sera jamais pratiqué avec le concours de ceux qui dirigent la maison qui les a accueillis, ni avec la bannière qu’ils ont couverte de gloire avec tant de courage. » En attendant, le Vasco écrase à nouveau le Championnat de Rio en 1924, sans les scissionnistes qui disputent un championnat parallèle remporté par Fluminense.

Après cette lettre, Vasco da Gama voit sa cote de popularité exploser. En 1925, le Championnat de Rio retrouve sa forme initiale avec le Vasco et son équipe métissée d’ouvriers. Une première victoire annonciatrice de la démocratisation à venir du football brésilien avec l’avènement du professionnalisme en 1933 qui verra de nombreux joueurs issus des quartiers pauvres intégrer les meilleurs clubs. De cette évolution, le Brésil développera une identité de jeu singulière, baptisée Joga Bonito, qui éclatera au grand jour lors du Mondial de 1958 en Suède avec Garrincha et Pelé en porte-drapeaux.

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