Le 8 septembre 1969 éclatait l’insurrection de Caserte

Été 1969, des émeutes secouent la ville de Caserte en Campanie. La cause ? L’accession en Série B de l’équipe locale, l’US Casertana Calcio, vient d’être invalidée par la justice sportive. Récit d’une révolte emblématique sur fond de football.

Le soir du 22 juin 1969, la promesse de l’entrepreneur napolitain Giuseppe Moccia, propriétaire du club, est enfin exaucée. Au grand plaisir de toute la ville, la Casertana vient de remporter le championnat de Série C de la saison 68/69, devant Taranto, et accède à la Série B, un niveau jamais atteint par les rossoblù.

La saison précédente, la Casertana avait déjà échoué d’un point face à Ternana. Alors c’est avec un gros recrutement que les rossoblù ont abordé la saison 68/69. L’attaquant Marco Fazzi est arrivé de Savona et le gardien Massimo Piloni a lui été prêté par la Juventus, pour aider le club de Caserte à remplir son objectif. Le club finit la saison invaincu à domicile avec un bilan de 17 victoires et 2 nuls dans son stade Alberto Pinto. Durant toute la saison, la Casertana, coachée par Tom Rosati, se tire la bourre avec le FC Taranto.

Les belles promesses de Moccia

Mais pour certains historiens, expliquer les origines de la révolte de Caserte à la fin de saison 68/69, nécessite de remonter quelques années en amont. En 1963, alors fraîchement promue en Série C, la Casertana est rachetée par Giuseppe Moccia qui promet dès sa prise de fonction d’amener le club dans les divisions supérieures. Il fait de l’accession en Série B un objectif clairement assumé. De quoi mettre plein d’étoiles dans les yeux des tifosi, dans une ville qui est alors surtout réputée pour son équipe de basket. Mais cet objectif, malgré une équipe bâtie pour, mettra quelques années avant d’être atteint. Et les tifosi croient bien y être arrivé ce 22 juin 1969. Pour la dernière journée de championnat du groupe C de Serie C (3e division), Caserte reçoit Messine devant 15 000 personnes (la ville compte moins de 60 000 habitants). Et la victoire des falchetti, les petits faucons, valide enfin l’accession historique du club en Série B, le deuxième niveau du football italien.

Mais la liesse va peu à peu laisser place à l’angoisse. Alors que le club se prépare durant l’été à affronter ce défi, le bruit commence à monter en ville qu’un soupçon de match truqué pourrait tout compromettre. Le président de Taranto, club qui a fini 2e derrière Caserte, dénonce un truquage qui aurait entaché le match opposant les falchetti à Trapani. Le milieu de terrain Renzo Selmo, à Caserte depuis deux ans, aurait proposé de l’argent à Renato De Togni défenseur de Trapani. C’est d’ailleurs sur une erreur du défenseur que la Casertana a marqué l’unique but de la rencontre. De quoi apporter de l’eau au moulin de la théorie du match truqué qui, si elle était avérée, permettrait à Taranto de monter en Série B à la place de la Casertana. La justice se saisit de l’histoire.

Renzo Selmo a toujours nié les faits et, après avoir reconnu dans un premier temps avoir été corrompu, De Togni s’est rétracté dans une lettre écrite dès le mois d’août. Au contraire, il accuse même Di Maggio, le président de Taranto, de lui avoir donné une grosse somme d’argent pour inventer cette histoire. C’est le début de la « Rivolta del Pallone » comme on l’appelle aujourd’hui.

Le feu aux poudres

Le 7 septembre au soir, le verdict de la commission de discipline de Florence tombe. La Casertana est sanctionnée de 6 points de pénalité. Selmo et De Togni sont suspendus à vie. La radio ne diffuse la nouvelle que le lendemain matin. Le maire de la ville et ses adjoints appellent alors les Casertans à montrer leur colère « par tous les moyens ». Cet appel est pris au pied de la lettre par la population. En cette année 69, l’Italie vit son « Mai rampant » et les prolétaires italiens sont rompus aux affrontements urbains qui émaillent manifestations et occupations.

La manifestation qui se met en branle vire rapidement à l’émeute. Des barricades sont érigées. Des magasins et banques sont prises pour cibles et des voitures brûlées. Débordée, la police a été abondamment caillassée. La gare a été incendiée et l’autoroute pris d’assaut, ce qui a interrompu la circulation. L’armée est appelée en renfort pour réprimer la révolte. Et la police italienne inaugure pour l’occasion les boucliers anti-émeute. Le soir, Gianni Rivera, star du Milan AC et de l’équipe nationale, lancera un appel à la télévision. « Il nostro è un gioco » dit-il. Facile à dire à des milliers de tifosi qui se sentent arnaqués. Message non reçu, les émeutes se poursuivent le 9 septembre. Les bâtiments des Impôts et de l’Inspection académique ont été sérieusement dégradés. La quasi totalité des magasins reste fermée. Certains en solidarité avec la révolte, les autres pour ne pas en subir les foudres.

Ce n’est qu’au troisième jour que le calme revient en ville, après que le club ait fait appel de la décision de la commission de discipline. Mais rien y fait, la Casertana repartira bien pour un tour supplémentaire en Série C, repoussant d’un an son accession à la Série B.

En attendant, la « Rivolta del Pallone » a causé des dégâts qui s’élèvent à quelques centaines de millions de lires. Somme conséquente pour l’époque. Outre le mobilier urbain, Selmo a aussi sérieusement dégusté. Très affecté par la situation, et après un suivi psychiatrique, il rebondira en Amérique du Nord, au Montréal Olympique. Il reste dans les mémoires comme un acteur indirect de ce qui est toujours commenté aujourd’hui comme l’un des exemples les plus emblématiques de révolte liée au football.

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