Liga : une reprise à huis clos et sous escorte policière

Estadio de Gran Canaria. (©Elvira Urquijo A. / EFE)

Plus de 27 000 personnes sont mortes du Covid-19 en Espagne. Pour encadrer la période de déconfinement de la population espagnole, l’État a réadapté les protocoles et prérogatives de ses forces répressives. Une partie des ordres spécifiques donnés à la police concernent explicitement la reprise de la Liga et le contrôle des supporters.

Fin avril le gouvernement espagnol présentait son plan dit de « désescalade » visant à avancer en plusieurs étapes vers un « retour à la normale ». La reprise du football était comprise dans le processus. Alors que le pays est dans la phase II du plan (sauf pour quelques provinces comme les Îles Canaries déjà en phase III), le retour de la Liga a été annoncé le 23 mai dernier par Pedro Sánchez, président du gouvernement, et programmé pour le 12 juin prochain.

A ce qui paraît – en tous cas si on en croit le correspondant français Fred Hermel – les supporters n’auraient qu’une seule hâte : revoir rouler la balle sur le gazon, entendre les joueurs respirer ou s’insulter leur mère etc. Et peu importe que ce soit à huis clos, laissait-il croire dans un encart mensonger publié dans France Football. Pour autant, comme le quotidien catalan El Periódico l’a révélé, la police se prépare à surveiller de très près les groupes de supporters.

Bien sûr, il ne faut chercher très loin pour s’apercevoir que les propos d’Hermel sont pour le moins éloignés de la réalité. Ce sont plusieurs dizaines de groupes de socios, d’ultras ou de simples supporters qui ont exprimé leur refus catégorique de voir la Liga reprendre à huis clos. La décision prise par les instances va donc radicalement à l’encontre de cette volonté populaire. Alors il n’est pas étonnant d’apprendre que la police se prépare à réprimer les éventuels rassemblements ou manifestations de supporters aux abords des centres d’entraînement ou des stades.

Pas d’énormes changements par rapport aux dispositifs répressifs habituels

C’est en tous cas le sens des directives transmises par la Direction de la Police Nationale à toutes les jefaturas superiores (équivalent des préfectures) défini selon les médias autour de quatre ordres et missions principales pour contrôler les supporters : empêcher tout rassemblent à proximité des centres d’entraînement, maintien des dispositifs de sécurité et de coordination policière lors des matchs (sur le modèle de ce qui existe en temps normal lorsqu’il n’y a pas de huis clos). La dernière mission attribuée à la police est la mise en place d’une surveillance toute particulière de l’activité des groupes de supporters dits « radicaux », ultras ou autres, sans donner plus de détails.

Des dispositifs policiers semblables donc à ceux déjà en vigueur quand il y a du public. Cette militarisation aux abords de stades, qui seront à l’évidence vides, prouve bien que la reprise à huis clos est effectivement très loin de faire consensus parmi les aficionados. L’objectif est de mettre la pression sur tous ces supporters qui ont publiquement fait part de leur hostilité à cette reprise qui ne les a jamais pris en compte et neutraliser toute tentative de protestation. Un retour de la Liga qui n’a toujours eu aux yeux de nombreux supporters qu’un intérêt économique. En témoignent les nombreuses banderoles affichées ces derniers jours proclamant « Ce n’est pas le football qui reprend, c’est votre business ». Maintenant, pour les autorités, il faut que ce business reprenne sans vague.

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