Macron ou la récupération politique du sport qu’il ne faut “pas politiser”

(©Léo Rooster / SIPA)

Pas forcément en odeur de sainteté dans la population qu’il s’apprête à matraquer avec une réforme brutale des retraites, Emmanuel Macron se paye une petite bulle d’air grâce au parcours de l’équipe de France. Mais comme en 2018, l’effet positif ne devrait pas durer très longtemps.

En 2018, on aurait pu assister à un coup de maître, c’était en fait une répétition générale. L’affaire Benalla était venue doucher le dispositif grossier de récupération mis en place par l’Élysée et des Bleus consentants. Un titre acquis dans une Russie poutinienne qui avait déjà mis la main sur la Crimée et qui participait déjà aux combats dans le Donbass.

Malgré une certaine impopularité, Macron bénéficie d’un bon alignement des planète. La réforme à venir qui prévoit de repousser l’âge de départ à la retraite va faire mal à un paquet de travailleurs et travailleuses. Alors autant prendre la vague produite par le parcours de l’équipe de France au Qatar. Une deuxième finale d’affilée, c’est toujours bon à prendre.

L’indécence à la française

Après avoir balayé les polémiques autour de ce Mondial qatari – et de l’inaction totale des joueurs – en clamant qu’il ne fallait pas “politiser le sport”, le président français cherche à associer son image à ce Mondial réussi. Il a comme prévu pointé le bout de son nez au stade des demi-finales, synonymes d’un objectif atteint pour Deschamps et ses hommes.

Alors que les audiences télé témoignent d’une large adhésion des consommateurs de football, Macron n’a pas manqué de fanfaronner après la qualification face au Maroc. “J’assume totalement“, a-t-il déclaré, en position de force, au sujet de sa présence au Qatar, dont il n’a pas manqué de saluer l’organisation, au mépris des milliers de travailleurs immigrés qui sont morts pour.

Il faut être forcé de reconnaître que, des joueurs à Macron en passant par la FFF, la France est restée fidèle à sa ligne. Du refus de porter le brassard “One Love” contre les discriminations – exprimé par le capitaine Hugo Lloris – aux propos élogieux envers le pays organisateur, la France n’aura pas ménagé ses efforts pour contribuer à la “réussite” de ce Mondial indécent qui a généré un chiffre d’affaire record de 7,5 milliards de dollars, calculé sur les quatre dernières années.

Les retraites et le ballon

Un Mondial de la honte auquel la France aurait, c’est de plus en plus évident, largement contribué, en étant impliquée dans son attribution frauduleuse en décembre 2010. Le président Macron compte bien récolter quelques fruits de ces fameuses “décisions prises des années avant“, derrière lesquelles il se cache aujourd’hui. L’argument-massue de ceux qui cautionnent, pour dire qu’il est trop tard pour s’offusquer. Sans oublier au passage de railler avec arrogance ces partisans du boycott rendus inaudibles.

Après avoir reporté au 10 janvier prochain la présentation de la réforme des retraites initialement prévue le 15 décembre, le lendemain de la demi-finale face au Maroc. C’est calculé. Macron privilégie la séquence actuelle qui voit les Bleus briller. Pense-t-il pouvoir tirer profit d’un éventuel succès lors du Mondial? En 2018, la hype avait duré trois jours. Combien de temps cette fois-ci? Même si certains semblent le penser, personne n’est assez idiot pour brader sa retraite contre une troisième étoile. Encore moins si avoir les deux est possible.

Édito n°53

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