Solidarité avec Unai Etxebarria et les jeunes d’Altsasu

©MundoDeportivo / Aiol

Le jeune gardien de la réserve du Granada CF se retrouve sous les feux de l’extrême-droite espagnole pour avoir manifesté son soutien aux huit jeunes originaires d’Altsasu au Pays Basque, condamnés à des peines de prison allant de 2 à 13 ans de prison suite à une rixe impliquant deux membres de la Guardia Civil en octobre 2016.

En dehors de quelques fins connaisseurs du football ibérique, en France le nom Unai Etxebarria ne dit pas grand-chose. Et pour cause, le jeune gardien de but de 23 ans, formé à l’Athletic Bilbao, n’évolue qu’en Segunda B (le 3e échelon du football espagnol), au sein du Recreativo Granada, l’équipe réserve du Granada CF. Y compris dans la péninsule, Unai Etxebarria connaissait un début de carrière relativement anonyme, jusqu’à que les médias et réseaux sociaux ne le mettent en lumière pour tout autre chose que ses prouesses et parades, son soutien aux jeunes d’Altsasu.

Caso Altsasu et montage policier

De l’autre côté des Pyrénées, l’affaire Altsasu, c’est l’histoire d’une rixe qui a éclaté dans un bar entre des membres de la Guardia Civil, hors de leur service, et un groupe de jeunes locaux en octobre 2016. Une rixe donnant lieu à des blessures légères mais qui a pris des proportions judiciaires hallucinantes du simple fait qu’elle s’est déroulée au Pays Basque, avec toute la charge politique qu’y prend la répression. Le montage policier, qui consiste à enrober une simple affaire comme celle-ci d’un décor terroriste pour que les condamnations pénales soient alourdies, reste une méthode courante de l’arsenal répressif espagnol.

Capture d’écran montrant le fameux t-shirt d’Unai Etxebarria en soutien aux hui d’Altsasu.

Ohian, Jokin, Jon, Julen, Adur, Aratz et Iñaki, sept des huit jeunes inculpés, ont été incarcérés, puis condamnés pour des peines allant de 9 à 13 ans! Tandis qu’Ainara a elle été condamnée à 2 ans de prison, sans incarcération. La situation de ces jeunes a provoqué une vague de solidarité au Pays Basque et plusieurs manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes ont eu lieu à Pamplune et à Altsasu pour s’opposer à cette justice punitive et arbitraire de l’Etat espagnol. L’an dernier Pep Guardiola, l’ancien coach du Barça aujourd’hui à Manchester City, a même qualifié ces condamnation de “pure folie” au détour d’un entretien télévisé.

En décembre 2019, Aratz et Iñaki ont obtenu le passage en régime de semi-liberté. Au début de ce mois de juillet, Ohian, Jokin et Adur ont aussi obtenu ce régime qui leur permet de sortir de la prison le week-end. Jon et Julen restent enfermés à la prison de Zaballa. Le combat pour leur liberté réelle et définitive à tous est donc loin d’être terminé.

T-shirt de soutien et emballement médiatique

Originaire de Getxo, dans la province de Bilbao, Unai Etxebarria est finalement un jeune basque comme les autres, touché par l’injustice de la situation des jeunes d’Altsasu. Les faits remontent au dimanche 19 juillet, date de l’ultime journée de Liga. Plusieurs clubs se disputent les derniers accessits européens, dont le Granada CF qui reçoit l’Athletic Bilbao. La victoire 4 à 0 des andalous leur permet de coiffer Getafe sur le poteau et d’accrocher une jolie 7e place qualificative pour les barrages de l’Europa League. C’est à la fin du match qu’Unai Etxebarria est decendu sur la pelouse pour féliciter ses coéquipiers et saluer certains de ses anciens partenaires de l’Athletic Bilbao. Le t-shirt qu’il porte n’échappe pas aux caméras de télévision. Dessus on peut lire: “Etxera. Altsasukoak aske. Stop montajes policiales!” Soit, “A la maison. Liberté pour ceux d’Altsasu. Stop aux montages policiers!”

Il n’en fallait pas tant à l’extrême-droite pour sauter sur l’occasion comme sur un os à ronger. Macarena Olona, porte-parole et secrétaire général du parti nationaliste Vox, a dégainé la première accusant Unai Etxebarria de faire “l’apologie du délit”. Elle ajoute: “Espérons que le Granada CF va agir car ça n’est pas digne du club ni de ses supporters. Il nous a tous insulté, sauf les pro-etarras.” L’extrême-droite joue sa partition unioniste classique face à tous ce qui s’approche de près ou de loin à la gauche indépendantiste, accusée d’être pro-terroriste. Au club de Granada de ne pas se laisser instrumentaliser et influencer par les pleurnicheries de Vox et laisser son joueur exprimer sa soidarité comme il l’entend.

Dans cette médiatisation soudaine, le joueur a tout de même reçu le soutien d’Oskar Matute, député de la formation de gauche Euskal Herria Bildu, qui l’a remercié pour sa prise de position, qui reste très rare dans le milieu du football. Maintenant aux autres joueurs de ne pas le laisser tomber, il ne doit pas rester isolé. Bravo à lui et Altsasukoak Aske!

 

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