« Anti Play-offs ! » Quand joueurs et supporters belges prenaient position contre un format absurde

Pour la saison 2009/10, la Pro League belge changeait le format du championnat de première division en introduisant un système de Play-Offs, particulièrement complexe et obscur. Ce qui avait provoqué la protestation des supporters avant d’atteindre les joueurs. Dix ans plus tard, le format de la compétition est à nouveau repensé, provisoirement…

Dès 2010, un système de Play-Offs a été imposé. Depuis, les six premiers à la fin de la phase classique s’affrontent entre eux en aller-retour. Après avoir divisé les points par deux, dix « top » matchs sont ainsi proposés et vendus par les détenteurs des droits TV. Les neuf suivants, eux, peuvent déjà préparer la prochaine saison dans des Play-Offs 2, inintéressants et sans réels enjeux. De quoi creuser encore plus l’écart entre le budget des équipes sur le long terme. Ce n’est pas pour rien que ce format a été soutenu bec et ongles par le G4 de l’époque (Anderlecht, Genk, Club de Bruges et La Gantoise), qui n’a pas hésité à mettre la pression sur les petits clubs au moment du vote.

Dès la mise en place des play-offs pour satisfaire les plus gros clubs et les détenteurs des droits TV, les supporters avaient manifesté leur opposition à un tel système. A l’époque, entre 70 et 80% des supporters s’étaient prononcés contre la mise en place d’un format avec des play-offs en fin de saison pour déterminer le champion.

En 2011, des actions s’organisaient dans les stades et la Fédération des Supporters communiquait : « Nous sommes indignés par la décision concernant la réforme de la compétition et la façon dont elle a vu le jour […] l’ensemble du monde du football belge a été témoin à distance d’un «marchandage» qui n’a pas d’égal dans l’histoire sportive belge ». Celles et ceux qui se déplacent chaque semaine dans les stades, et qui rendent ce sport populaire si particulier, ne furent jamais consultés. Une histoire qui se répète cette saison avec les nouveaux horaires décalés de programmation des matchs imposées par le puissant groupe britannique Eleven Sports.

Mais ceux-ci n’ont pas pour habitude de rester les bras croisés pour autant. Plusieurs actions anti-play-offs se sont rapidement organisées dans les tribunes. Quelques semaines plus tard ils étaient même rejoints par de nombreux joueurs. En mars 2011, les joueurs de Charleroi, du Standard, de Saint-Trond, du Beerschot, de Malines et du Lierse entraient sur le terrain avec le slogan « Anti-Play-Offs » floqué sur leurs t-shirts.

Axel Witsel lors de la rencontre Charleroi – Standard en 2011. (©Photonews)

La crise sanitaire a mis a mal la volonté des dirigeants du football belge de sans cesse alourdir les calendriers et de raccourcir les inter-saisons. Mais ceux-ci ont redoublé d’imagination. Afin de maintenir leur système de play-offs coûte que coûte, la Pro League a mis sur pieds, pour cette saison particulière, un format inédit : seuls les quatre premiers de la phase classique se disputeront le titre au cours de « Champions Play-Offs ». Les équipes classées de la 5ème à la 8ème place joueront, quant à elles, des « Europa League Play-Offs » pour tenter de décocher le dernier ticket européen. Le vainqueur de ce mini-groupe devra tout de même encore battre le quatrième, au cours d’un barrage, afin d’obtenir définitivement le dernier précieux sésame.

Dix années de plaidoyers de la Pro League sur les bienfaits d’un tel système n’y ont néanmoins rien changé. Une grande partie des supporters n’est toujours pas dupe. Les bienfaits existent surtout pour les dirigeants des grands clubs et les audiences des diffuseurs TV. Ces décisions n’ont aucun rapport avec une quelconque logique sportive ou de respect des supporters. Et ceux-ci le font encore savoir à maintes reprises.

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