L’Arena Civica de Milan a retrouvé le parfum des matchs européens

Après avoir accueilli le FC United of Manchester au début du mois d’avril, dans le cadre du FENIX Trophy, le Brera FC recevait ce jeudi 21 avril l’AKS Zły rappelant l’Arena Civica de Milan, plus vieux stade italien, au bon souvenir des premières joutes européennes. 

Le peuple milanais connaît bien l’endroit. Les groundhoppers, peut-être un peu aussi. Le FC United of Manchester est venue s’y imposer le 6 avril dernier, accompagné de 300 de ses fans. Reconnaissons que le Brera FC, club créé en 2000 par le journaliste Alessandro Aleotti, a fait ce qu’il fallait pour faire briller à nouveau l’Arena Civica au plan européen, le temps de cette première édition du FENIX Trophy. A l’origine de la création de cette compétition européenne amateur mettant aux prises des clubs “cultes” qui se distinguent par un engagement social ou culturel, le Brera FC a reçu ses adversaires à l’Arena Civica où il n’évolue plus en championnat depuis la saison 2017/18 qui l’a vu descendre en Prima Categoria (7e division). Dorénavant, le club évolue au Brera Football Village, un complexe sportif inauguré en septembre 2019 et situé sur la commune de Peschiera Borromeo, en banlieue de Milan. Et c’est l’Alcione Milano (Serie D) qui, depuis quelques matchs, l’a remplacé à l’Arena Civica.

Joyaux de l’architecture néo-classique

Ce temple du football des années 30 a poussé depuis bientôt 215 ans, à quelques pas du Castello Sforzaco. En Italie, beaucoup de stades “modernes” – dont San Siro achevé en 1926 – ont été construits sous Mussolini, dans le cadre du programme fasciste de développement des infrastructures sportives qui allait permettre au pays d’accueillir la Coupe de Monde en 1934. L’Arena Civica est plus ancienne. Plus qu’une enceinte sportive, elle est considérée comme un joyaux de l’architecture néo-classique italienne. Achevé en 1807, l’ouvrage avait été commandé à l’architecte Luigi Canonica par Napoléon (Milan était alors la capitale du Royaume d’Italie, composante de l’Empire napoléonien) et il était destiné à accueillir des jeux et des spectacles, notamment les naumachies, ces batailles navales du monde antique.

Vue de l’Arena Civica en 1918 (©Vecchia Milano)

Propriété de la ville de Milan depuis 1870, l’Arena Civica voit les premières parties de football s’y dérouler au début du 20e siècle. Connue pour avoir été le théâtre, le 15 mai 1910, du tout premier match officiel de l’équipe nationale italienne (victoire 6-2 face à l’équipe de France), le stade a été rebaptisé “Arena Civica Gianni Brera” en 2002. Un hommage – comme pour le Brera FC – au plus célèbre des journalistes sportifs italiens, rendu après plusieurs années de tergiversation de la part du conseil municipal de Milan. Les premières demandes – formulées par l’Association des “Amis de Gianni Brera” réunissant entre autres Enzo Bearzot, Giovanni Trapattoni, Gianni Rivera ou encore Dario Fo – remontaient à 1995. Si le foot y a une place de choix, l’Arena Civica reste une enceinte multi-sports, en témoigne la rénovation de la piste d’athlétisme ces dernières années. L’Amatori Milano, club de rugby aujourd’hui disparu, y a également élu domicile le temps de son ultime saison en 2010/11. Mais il ne s’y est pas écrit que des belles pages sportives. A l’intérieur du stade, une stèle est là pour rappeler qu’à cet endroit, le 19 décembre 1943, huit partisans antifascistes ont été exécutés par le régime de la République Sociale Italienne en représailles d’un attentat contre un fasciste local.

Mitropa Cup, Coupe Latine et Coupe des Villes de Foires

L’Arena Civica a beau avoir traversé les siècles, elle reste dans l’ombre de San Siro depuis plusieurs décennies. Encore plus depuis que le grand Inter y a officiellement rejoint son rival du Milan AC en 1947, abandonnant une Arena Civica où il jouait définitivement depuis 1930 et qui a vu briller Giuseppe Meazza, véritable égérie du fascisme sportif mussolinien. Endommagée par la guerre, elle était devenue trop vétuste pour les ambitions des Nerazzurri qui y ont écrit certaines belles pages de leur histoire. Comme cette finale aller de Mitropa Cup où, le 3 septembre 1933 devant 22 000 personnes, l’AS Ambrosiana-Inter était venue à bout de l’Austria Vienne (2-1), emmenée par Mathias Sindelar, Josef Stroh et Rudolf Viertl. Probablement ce qui se faisait de mieux en Europe à cette époque. L’Austria inversera d’ailleurs la tendance au retour à Vienne (3-1), et remportera la coupe grâce à un triplé de Sindelar.

En 1956, l’Arena Civica a accueilli la Coupe Latine, sorte de “Final Four” avant l’heure. Lors de l’édition de 56, l’AC Milan y a retrouvé le Benfica, l’OGC Nice et l’Athletic Bilbao (©Memorias del Fútbol Vasco)

Grâce au FENIX Trophy, l’Arena Civica a modestement renoué avec ce glorieux passé européen jalonné de compétitions disparues. Une histoire enfouie dont le dernier épisode remonte à près de soixante-cinq ans, le 10 décembre 1958. Comme le rappelle le site Calciomio, ce jour-là l’Inter a joué son dernier match à l’Arena Civica contre l’Olympique Lyonnais en Coupe des Villes de Foires, avec un large succès 7-0. Auteur d’un quadruplé, Eddie Firmani est le dernier à y avoir fait trembler les filets dans un match officiel de Coupe d’Europe. Le Milan AC a aussi ponctuellement joué des parties européennes à l’Arena Civica, notamment un match de Coupe d’Europe des Clubs Champions en 1957 face aux Glasgow Rangers. L’Arena Civica a également été le théâtre de la Coupe Latine de 1956, remportée par les Rossoneri face à l’Athletic Bilbao.

Bientôt le football féminin?

Aujourd’hui, il n’est pas vraiment envisageable de revoir une compétition officielle de football professionnel à l’Arena Civica qui ne répond pas à toutes les normes exigées. Berlusconi y est venu présenter l’effectif de stars de son Milan AC dans les années 80, et l’Inter y a bien joué un match amical en novembre 1997 face au petit club croate du NK Marsonia, révélant le tout jeune Ivica Olic. Mais l’Arena est considéré par les géants du football milanais comme un stade du passé, de toutes façons incompatible avec les attendus du football mercantile. En attendant, l’Arena Civica semble destinée à être le repaire de celui qui récupérera de façon pérenne le titre honorifique de “Troisième club de Milan”. Si le Brera FC a, un temps, pu revendiquer ce statut, c’est aujourd’hui l’Alcione Milano qui tient la corde.

La stèle qui rend hommage aux huit partisans antifascistes exécutés dans l’Arena Civica le 19 décembre 1943 par les autorités fascistes: Fedele Cerini, Giovanni Cervi, Carlo Mendel, Carmine Campolongo, Luciano Gaban, Alberto Maddalena, Amedeo Rossin et Giuseppe Ottolenghi.

Par contre, depuis sa réhabilitation terminée fin 2020, les conditions sont désormais réunies pour y organiser des compétitions internationales d’athlétisme, de l’envergure de la Ligue de Diamant. C’est du moins le souhait des instances et du maire de Milan, Beppe Sala, un écologiste de centre-gauche. En octobre 2020, lors de la cérémonie d’inauguration, l’édile a rappelé les travaux qui pouvaient encore être réalisés pour améliorer ce lieu planté dans le Parco Sempione et “que les Milanais aiment tant“. Il ne faut pas exclure de voir dans les années à venir l’Arena Civica se mettre au service du football féminin. Verrons-nous la section féminine de l’Inter y recevoir leurs adversaires européennes? “Ce serait une source de fierté et une véritable avancée pour le football féminin“, avait déclaré Regina Baresi. Aujourd’hui jeune retraitée, elle évoluait alors à l’Inter, le club qui a formé son paternel, un certain Giuseppe, le frère de Franco, formé lui au Milan AC. Dans tous les cas, le projet qui s’y installera durablement se devra d’être à la hauteur de ce lieu chargé d’histoire.

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