Atalanta Bergame: ces violences policières qui ne passent pas

Les tifosi bargamasques se rendent en cortège au stade derrière une banderole - qui sera aussi déployée dans la Curva Nord - au message simple: "Maintenant ça suffit!!!"

Mercredi 27 février, à Florence, plusieurs tifosi de l’Atalanta avaient été pris à partie et matraqués par la police. Ils étaient alors sur la route pour rentrer à Bergame après la demi-finale aller de Coupe d’Italie disputée par leur club chez la Fiorentina. Le même jour, les ultras de Livourne avient été attaqués dans le parcage visiteurs lors du match de Série B disputé à La Spezia. Depuis, la solidarité venue du monde ultra s’exprime aux quatre coins de l’Italie et la police est dans le viseur.

Une image de l’attaque du bus par les DIGOS en tenue anti-émeute.

Plus d’une semaine après ce qu’on appelle en Italie “les faits de Firenze”, la colère des tifosi n’est pas redescendue. Hormis la police, tout le monde s’accorde sur ce point: le déplacement des 3000 supporters de l’Atalanta s’était passé sans heurt. Ni avant, ni pendant, ni après la rencontre. Les choses n’ont commencé à se gâter qu’aux abords du péage de Florence-Sud quand la police a immobilisé le premier des vingt autobus transportant les supporters bergamasques.

Les policiers armés de boucliers et de matraques ont pénétré à l’intérieur du bus, cognant indistinctement sur tout ce qui bougeait. Les vitres ont volé en éclats. « Les policiers matraquaient à vue » selon les propos d’un des chauffeurs. De nombreux témoignages vont dans ce sens: ce ne sont pas les supporters qui sont à l’origine de l’échauffourée, mais bien les forces de l’ordre qui se sont lâchées.

« Si vous mettez un pied sur le sol, on vous tue »

C’est aussi ce que les quelques images qui tournent, montrent. On y voit notamment une vingtaine de policiers en tenue anti-émeute prendre d’assaut un des bus de supporters. Présent dans le troisième bus, Federico Riva, avocat de la Curva Nord, témoigne : « Les gars du premier bus m’ont appelé pour me dire qu’ils se faisaient massacrer. En deux ou trois minutes notre bus est arrivé à hauteur du leur. J’ai vu qu’ils inséraient des cales sous les roues arrière du bus. Il y avait deux groupes de policiers postés aux deux entrées du véhicule. […] Dès le moment où nous avons ouvert la porte, le responsable de la police est monté dans le bus et a pointé son doigt en direction du gars assis sur le premier siège en le menaçant : “Si vous mettez un pied sur le sol, on vous tue”. »

Communiqué de la Curva Nord intitulé “Nous voulons la vérité!”

De son côté, la DIGOS (police italienne) de Florence cherche à justifier son intervention prétextant qu’une poignée d’ultras de l’Atalanta souhaitait descendre du bus pour aller affronter ceux de la Fiorentina, présents dans un fast-food à proximité. Ce qui ne tient pas vraiment debout et fleure bon le mensonge pour chercher à s’en tirer à moindre frais face à l’indignation générale causée par cette séance de matraquage gratuit. Les syndicats de police sont vite montés au créneau pour couvrir l’action leurs collègues. En mettant en avant le rapport d’incident faisant état de cinq policiers blessés, la police entend passer pour la victime dans cette affaire. Un grand classique. Elle rajoute une couche en exigeant que des interdictions de stades (DASPO) soient délivrées contre les 130 supporters accusés de violence qui ont été identifiés sur place et qui risquent une inculpation.

Dans son communiqué, la Curva Nord rappelle ses « efforts » depuis un certain nombre d’années pour « justement éviter ce type de situation » et demande la vérité sur l’action des forces de l’ordre ce soir là. « Consterné par les images circulant dans les médias », le club y est aussi allé de son communiqué demandant que la lumière soit faite sur les événements, dans un style beaucoup plus consensuel vis-à-vis des forces de l’ordre.

« Nous voulons la vérité! »

Les banderoles de soutien aux tifosi bergamasques se sont multipliées ces derniers jours, venant de toute la péninsule. A travers les ultras de la Curva Nord, c’est tout le mouvement ultra italien, au-delà de ses divergences, qui se sent attaqué et qui refuse de baisser la tête face au sentiment d’impunité policière. Certaines de ces marques de soutien ne manquent pas d’y lier le cas des ultras de Livourne, eux aussi matraqués à La Spezia.

Hasard du calendrier, ce dimanche 3 mars, quelques jours après la demi-finale aller, les deux équipes se retrouvaient à Bergame pour un match de Série A. Dans la Curva Nord, on peut alors lire sur une longue banderole : « Florence 27.02.2019 : Aujourd’hui Bergame, demain qui sait… Assez d’abus, nous voulons la vérité ! » Les ultras ont lu une déclaration, et ont annoncé dix minutes de silence au coup d’envoi. Côté ultras, “l’incident” est loin d’être clos.

 

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