Et pourquoi pas lutter pour imposer aux clubs de vrais prix populaires à tous les matchs à domicile?

Brigade Loire | FC Nantes - EA Guingamp | Ligue 1 | 08.08.2015

Le 6 juin dernier la LFP adoptait le principe d’un tarif visiteurs unique plafonné à 10 euros en Ligue 1 et 5 euros en Ligue 2. Un tarif évidemment jugé accessible et « populaire ». Mais le Stade Rennais a déjà créé une petite polémique en traînant des pieds pour appliquer ce tarif aux supporters parisiens, montrant que cette question du prix des places reste un sujet sensible pour certaines directions de club. Et pourtant exiger aussi un plafonnement des tarifs à 10 euros à domicile, quelque soit les matchs, ce ne serait pas demander la lune.

A peine les billetteries de clubs de L1 étaient ouvertes pour les premiers matchs de ce début saison 2019/20 que l’Association Nationale des Supporters (ANS) a déjà du monter au créneau pour faire respecter l’accord sur le tarif uniformisé pour les visiteurs. Motif: les tarifs proposés par le Stade Rennais aux supporters parisiens qui ont prévu de faire le déplacement au Roazhon Park pour la 2e journée de championnat. Avec des places vendues à 35 euros en parcage le Stade Rennais a provoqué une vague de protestation légitime, largement relayée sur les réseaux sociaux par le Collectif Ultras Paris (CUP).

©Association Nationale des Supporters

Dans un premier temps, certains supporters rennais ont tenté maladroitement de justifier la décision de leur club. Pour eux, le PSG avait fait comprendre qu’il n’appliquerait pas le tarif uniformisé pour les visiteurs. Du coup, pas de cadeaux à leur faire! Mais cet argument a vite été balayé car pour la réception de Nîmes lors de la 1ère journée de L1, le PSG a, comme convenu, proposé aux supporters adverses des billets à 10 euros. Le club parisien a bien changé son fusil d’épaule, probablement convaincu par l’engagement de ses propres ultras en faveur du tarif uniformisé. Ce qui se comprend aisément, vu qu’ils sont parmi les clubs qui remplissent le plus les parcages visiteurs. Bien que disposer de statistiques fiables pour la saison dernière est rendu compliqué par les très nombreux arrêtés préfectoraux interdisant ou restreignant les déplacements.

Plus précisément, le PSG, qui réclamait d’abord un tarif uniformisé à 20 euros, serait finalement d’accord pour appliquer la nouvelle règle mais seulement avec les clubs qui en feraient autant. Nous ne sommes pas à l’abri, en effet, de voir d’autres clubs augmenter leurs prix pour une affiche ou un match de gala. Le fait qu’il n’existe pas de sanction automatique – seulement des recours auprès de la Commission des Compétitions de la LFP – peut laisser penser ça. Le Stade Rennais a été le premier à montrer la fragilité de cet accord, même s’il a finalement cédé et appliquera bien le tarif uniformisé pour les supporters parisiens. Le Stade Rennais, par la voix de son directeur général Didier Roudet, interrogé sur le site OuestFrance.fr, confirme être, en l’état, opposé au nouveau réglement: « Pouvoir se déplacer sans avoir à payer trop cher, on l’entend, il n’y a pas de problème. Mais on demandait de pouvoir étudier avec chaque club, avant chaque match, la fixation du prix des billets. Il est tout à fait logique qu’un visiteur paye le même prix que le prix le moins cher qu’un supporter rennais. En revanche, qu’il paye moins cher, non. C’est léser nos supporters. Voilà pourquoi on n’a pas suivi la recommandation de la ligue. »

Message du CUP après le recul du Stade Rennais.

Didier Roudet pose là, peut-être sans s’en rendre compte, une question ô combien intéressante: celle du prix des places pour les supporters locaux. Car qui n’est pas sensible à l’idée que des supporters se sentent lésés par le fait que les places les moins chères soient en parcage visiteurs? Mais, plutôt que d’user d’arguments faussement égalitaristes pour justifier un tarif visiteurs 3,5 fois plus cher, il ne tiendrait qu’aux clubs de prendre de vraies mesures sociales. Qui interdit au Stade Rennais de proposer à ses propres supporters des tarifs plafonnés à 10 euros en virages à tous les matchs, y compris lors des grosses affiches? Personne. Ce ne serait pas une révolution communiste pour autant. Mais dans un contexte social plus large où la question de la vie chère est posée depuis près d’un an par la mobilisation des Gilets Jaunes, pourquoi le prix des places échapperait à la revendication?

D’autant que pratiquer des tarifs inférieurs à 10 euros est loin d’être inenvisageable. La saison dernière, plusieurs clubs de L1 le faisaient, en dehors des matchs dits “de gala”. En réalité, dans la majorité des clubs, les premiers prix oscillent plutôt en moyenne entre 10 et 15 euros. Ce qui fait du championnat de France l’un des plus abordables, pourront rétorquer certains. Malgré tout, le volume des recettes de billeterie en L1 a augmenté de plus de 120% depuis 1996. Et si l’augmentation de l’affluence moyenne explique en partie cela, la hausse du prix des places est pour beaucoup dans ce pourcentage.

Sauf que les dirigeants de club ne portent pas un regard “social” sur cette question du prix des places. C’est d’ailleurs un mot qui va à l’encontre du business, et ça ils l’ont bien compris. La profonde restructuration du football entamée au début des années 90, accompagnée de vastes plans de rénovation des stades, le transforme progressivement en une industrie du spectacle dont le coeur de cible est la famille middle class. L’exemple de la gentrification des tribunes en Angleterre est le plus frappant. Les prix des places et des abonnements sont devenus inaccessibles aux supporters les plus pauvres. En L1, la situation est loin d’être aussi critique. D’autant que, du côté des clubs, la part de la billeterie dans les budgets est de moins en moins importante et tourne seulement autour des 10%. Mais il est vrai que, parmi les revendications des ultras, la problématique des places trop chères est un peu en retrait par rapport à la lutte légitime contre la répression. En raison des disparités selon les matchs et les clubs, elle est plus difficilement unificatrice. Mais comme l’essence ou le pain, les places restent trop chères. Une fois le tarif visiteurs unique acquis, n’est-ce pas le meilleur moment de lutter pour imposer aux clubs de vrais prix populaires pour tous les supporters et à tous les matchs à domicile? Le débat mérite d’être ouvert.

Édito n°11

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