« Non à la finale de la Champions League à Istanbul ! »

La rédaction du média italien Sport alla Rovescia est à l’origine d’une initiative qui dénonce le fait que la finale de la Champions League 2020 soit jouée au stade Atatürk d’Istanbul au regard des récentes attaques militaires turques sur le nord de la Syrie. Le site a lancé en ce sens une campagne de boycott avec un texte de pétition destiné à l’ensemble du monde du sport populaire et au-delà, du sport tout court.

« Le football européen devrait avoir le courage de se positionner clairement sur ce qui se passe. Il est honteux que la finale de la Champions League ait lieu à Istanbul. Un événement dont cet état, qui tue des miliers de personnes depuis des années, tirera du profit et de la visibilité. Cette dernière opération militaire n’est en effet que la partie visible des politiques agressives menées par Erdoğan. » peut-on lire dans ce texte, déjà signé par un grand nombre d’associations de sport populaire en Italie, accompagné d’un visuel montrant une coupe maculée de sang et des hashtags #NoFinaleIstanbul et #BoycottUEFA.

Depuis l’attaque militaire lancée sur le Rojava par Erdoğan, plusieurs manifestations de solidarité à la résistance kurde sont venues de ce monde du sport populaire, particulièrement développé en Italie. Un certain nombre de banderoles de soutien ont été déployées en tribunes. Un élan de mobilisation dans lequel s’inscrit aussi cet appel du site Sport alla Rovescia. La perspective que cette finale, programmée le 30 mai 2020, soit jouée à Istanbul provoque d’ors et déjà une opposition justifiée. Retenue en mai 2018 par le comité exécutif de l’UEFA, la candidature du Stade Atatürk a pris une toute autre tonalité depuis déclenchement de la guerre par la Turquie pour à écraser la résistance kurde à la frontière syrienne.

C’est pourquoi Sport alla Rovescia appelle les acteurs du sport à une nécessaire prise de position. « Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant l’infâme opération militaire du gouvernement turc, sur cette nouvelle agression contre les peuples du Rojava et sur cet énième massacre au Moyen-Orient. Dans ce contexte, le monde du sport doit adopter une position claire et nette. » Et, en réponse au mensonge véhiculé de la prétendue neutralité du sport, le média italien ne manque pas de rappeler à quel point les sportifs partisans d’Erdoğan ne se sont pas cachés au moment d’appuyer l’invasion et les bombardements au nord de la Syrie. « De Merih Demiral à Hakan Çalhanoğlu, en passant par Cengiz Ünder, pour ne citer que les joueurs qui évoluent en Italie, tous ont soutenu Erdogan sur les réseaux sociaux. » Mais aussi sur le terrain avec ces saluts militaires répétés pour rendre hommage à l’armée turque.

La nécessité d’une mobilisation massive du monde du sport est aussi une manière de croiser le fer avec le régime autoritaire Erdoğan qui a fait du sport un atout supplémentaire de sa communication guerrière. Une stratégie dite de “soft power” que tous les états pratiquent sans gêne. « Comme si cela ne suffisait pas, le président de la Turquie utilise, comme tous les dictateurs, le sport des fins de propagande, et comme un outil pour accroître son pouvoir. »

Un engagement massif des sportifs fidèles au régime nationaliste turc qui n’existe pas en faveur des populations du Rojava. « L’athlète le plus représentatif de l’opposition à Erdogan est Deniz Naki, contraint de vivre loin de Turquie, persécuté et condamné à plusieurs reprises par le régime turc. Certains clubs comme St. Pauli ont pris la décision singulière de mettre à l’écart les joueurs qui ont pris position en faveur de cette guerre. Le club allemand – après en avoir discuté avec les joueurs, les dirigeants et les supporters – a décidé de se séparer de Cenk Sahin pour cause de “mépris des valeurs à la base de notre club, par dessus tout le refus de toutes les guerres”. Sahin, dans son dernier message sur Instagram, a clairement soutenu la guerre menée par Erdoğan. Dans la foulée, Başakşehir, une équipe liée de très près à Erdogan, l’a invité à revenir jouer au pays. »

Certes un appel au boycott ne pèse pas bien lourd comparé à l’artillerie turque, mais face au désert actuel et au silence assourdissant des sportifs incapables d’exprimer un simple rejet de la guerre, c’est un début. Reste à continuer le combat.

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