Supporters sous escorte sanitaire, comment se passe le retour dans les stades chez les voisins européens?

©I love Palermo Calcio

On a vu qu’en France l’instauration du Pass Sanitaire pour accéder aux stades avait suscité des réactions contrastées parmi les groupes ultras. Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne… Quelle est la situation dans les principaux championnats voisins?

Le retour des supporters dans les stades est un sujet sensible sur le plan sanitaire, et pas seulement dans l’Hexagone. Certains pays ont adopté des mesures plus restrictives. Du côté des supporters, même si les contextes sont spécifiques, l’opposition se concentre sur les jauges et sur les mesures de distanciation, et se traduit par des appels au boycott.

Italie: le “Green Pass” massivement rejeté par les ultras

Obligatoire depuis le 6 août dernier, le “Green Pass” suscite aussi son lot de protestations, quoiqu’un peu moindres qu’en France. Délivré dès la première dose de vaccin, il répond à la même logique privative que le Pass Sanitaire pour les personnes qui ne l’ont pas. Mais dans les stades transalpins l’application du “Green Pass” apparaît autrement plus lourde qu’en France.

En plus du classique contrôle d’identité et de celui du QR code, les fans italiens doivent également se soumettre à un contrôle de leur température avant d’entrer dans le stade! Les autorités ont aussi fixé une jauge à 50% de la capacité des stades à l’intérieur desquels les gestes barrière demeurent et la distanciation est respectée via un placement “en damier”. Enfin, pour que le tableau soit complet, le matériel d’animation de type banderoles, les tambours ou mégaphones, est interdit.

“Nous reviendrons tous ensemble, nous reviendrons en tant qu’ultras” Banderole des ultras de Lecce accrochée devant le stade Via del Mare (©Calciolecce.it)

Des conditions inacceptables pour les différents groupes ultras qui ont publié des communiqués pointant l’hypocrisie des autorités qui se servent de la crise sanitaire pour cibler les supporters. Selon Sébastien Louis qui suit d’un œil avisé le monde des tribunes en Italie, “la grande majorité des groupes ultras de la péninsule ont décidé de ne pas revenir au stade.” Les ultras de Pistoia, de Bari, de Terni, d’Avellino, de Palerme, de Brescia, du Genoa et bien d’autres ont d’ors et déjà annoncé leur intention de ne pas retourner dans les stades.

Face au “Green Pass”, vu comme un nouvel instrument de contrôle, la ligne défendue par les groupes est simple: l’accès au stade c’est “soit pour tout le monde, soit pour personne”. A partir du moment où le “Green Pass” laisse des gens sur le carreau alors le boycott s’impose. Et ça durera “jusqu’à ce qu’il soit possible de revenir dans les tribunes d’une certaine manière (notre manière, pour être clair)“, comme l’affirment les ultras de Brescia. Pour l’instant, le “Green Pass” est en vigueur jusqu’au 1er septembre prochain.

Allemagne: retour prudent dans les stades

Outre-Rhin les autorités ont aussi décidé de conditionner l’accès aux stades sur présentation d’un test Covid négatif ou d’une preuve vaccinale. Sachant que le gouvernement a annoncé la fin du remboursement des tests antigéniques pour le 11 octobre prochain. Mais elles ont aussi décidé de mettre en place des jauges limitant les stades à 50% de leur capacité, avec un maximum fixé à 25 000 personnes. Hormis le Bayern qui a fait le choix d’adopter une jauge encore plus restrictive à 20 000 places, soit environ 35% de l’Allianz Arena. Le nombre de places réservées aux fans visiteurs a aussi été baissée à 5% du nombre de places disponibles au lieu de 10% précédemment. Soit un maximum 1250 places.

Les Sottocultura Ultras de Mönchengladbach font partie des groupes de supporters qui ont pris franchement position contre ces normes. “Nous sommes conscients de cette situation encore particulière et nous réévaluerons la situation si les règles et règlements changent pour le mieux. D’ici là, nous continuerons à soutenir inconditionnellement notre club, même si ce n’est pas dans le stade, et nous attendons avec impatience le jour où cela sera à nouveau possible“, ont-ils déclaré dans un communiqué.

Espagne: face aux jauges incompatibles avec leur passion, plusieurs groupes boycottent

Les moins de 30 ans n’étant éligible à la vaccination que depuis le mois de juillet, la question d’un passeport sanitaire n’est pas encore posée en Espagne. A l’approche de la reprise des championnats professionnels, le pays faisant face à une nouvelle vague de contamination au Covid-19, le ministère de la Santé et les communautés autonomes ont fixé les mesures minimales concernant la présence du public dans les stades et autres grands événements sportifs pour l’ensemble du pays.

Alavés-Real Madrid à Mendizorroza devant moins de 4000 personnes pour la 1ère journée de la Liga | 14.08.2021 (©Angel Rivero | Marca)

Parmi ces mesures entrées en vigueur le 13 août dernier, l’accès aux stades est limité par une jauge à 40 % de leur capacité. Les abonnés sont prioritaires, l’entrée se fait de façon échelonnée, le port du masque est obligatoire et les spectateurs doivent respecter une distance de sécurité de 1,5 mètre. Enfin, la consommation de nourriture ou de boisson – exceptée de l’eau – est interdite, tout comme fumer dans l’enceinte. Ces restrictions sanitaires seront réévaluées le 29 août prochain.

Face à ces conditions incompatibles avec leur façon de supporter leur équipe, plusieurs groupes ont communiqué leur refus de revenir dans les stades tant qu’ils ne leur sera pas permis d’animer les tribunes comme avant la pandémie. Citons la Herri Harmaila de Bilbao, les Indar Gorri d’Osasuna, les Biris Norte du Séville FC ou encore les Iraultza 1921 d’Alavés. Certains acceptent de prendre leur mal en patience comme pour les ultras d’Alavés, qui demandent à ce que parmi les abonnés, les familles et les personnes âgées soient prioritaires pour se rendre aux stades.

Belgique: le Covid Safe Ticket laisse encore une petite marge

Le Pass Sanitaire belge, nommé “Covid Safe Ticket” est entré en vigueur le 13 août dernier. Soit quatre jours après la France. Il repose sur le même principe du QR Code à scanner que pour ses jumeaux européens. S’il faut globalement remplir les mêmes conditions qu’en France et en Italie pour l’obtenir (vaccination, PCR négatif ou preuve de contamination antérieure), son application n’est à l’heure actuelle qu’une possibilité laissée aux organisateurs d’événements regroupant plus de 1500 personnes.

Une possibilité qui leur permet en contrepartie de lever les jauges limitant la capacité d’accueil, ainsi que l’obligation des gestes barrière. Ce qui fait que, malgré ce caractère “facultatif”, la plupart des clubs de football ont opté pour le mettre en place dans leur stade. Des conditions globalement acceptées par les groupes de supporters qui estiment retrouver les stades dans des conditions normales, à l’image des Ultras Inferno du Standard de Liège qui pose toutefois la question des déplacements, en suspens.

Néanmoins quatre clubs (Courtrai, Charleroi, Zulte-Waregem et Antwerp) ont fait le choix d’un système hybride en réservant une tribune pour leurs supporters qui n’auraient pas le précieux sésame. Une tribune “non safe” soumise à une jauge fixée au 1/3 de sa capacité maximum, ainsi qu’aux gestes barrière: distanciation physique et port du masque. A noter que cette combinaison n’est possible qu’à titre temporaire, la Ligue ne l’autorisant plus à partir du 23 août. A partir de cette date, les clubs devront choisir entre le CST pour tout le monde ou une jauge au 1/3.

Royaume-Uni: le test antigénique suffit… pour l’instant

Alors que les restrictions sanitaires ont été levées le 19 septembre dernier, le Royaume-Uni craint de se faire rattraper par la quatrième vague. Mais pour l’instant il n’y a pas de Pass Sanitaire pour entrer dans les stades où un test antigénique négatif peut suffire. La Premier League a communiqué pour dire que les supporters qui assisteront à des matchs de Premier League pourront être soumis à des contrôles aléatoires. En attendant, le “code de conduite” indique que le port du masque est obligatoire à l’intérieur et un sens de circulation a été établi à l’extérieur.

La Premier League ajoute qu’il est possible que les mesures de sécurité pour les matchs fassent l’objet de “changements à court terme” de la part du gouvernement de Boris Johnson qui envisagerait de mettre en place pour le mois de septembre l’équivalent du Pass Sanitaire. Mais à la différence de beaucoup de pays du continent, plus de 60% de la population présente un schéma vaccinal complet. Ce qui laisse une marge de manœuvre aux autorités.

 

 

 

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