Lorsque la Real Sociedad, ses joueurs et ses supporters ont su qu’ils affronteraient l’Atlético de Madrid en finale de Copa del Rey, tous ont compris la portée émotionnelle de cette affiche. La mémoire d’Aitor Zabaleta, assassiné le 8 décembre 1998 par un hooligan néo-nazi de l’Atlético, a plané sur la rencontre autant qu’elle a porté les joueurs vers le titre.
Quand les joueurs des deux équipes ont pénétré sur la pelouse de La Cartuja à Séville pour jouer cette finale, le virage accueillant les supporters du club txuri-urdin déployait un imposant tifo en hommage à Aitor Zabaleta. Alors que les deux clubs se retrouvaient pour un 1/8 de finale retour de Coupe de l’UEFA 1998/99, ce supporter de la Real Sociedad mourrait, poignardé en plein cœur aux abords du stade Vicente Calderón par un hooligan du Bastión 1903, groupe néo-nazi supportant l’Atlético de Madrid. Aitor Zabaleta et les membres de la Peña Izar avaient été victimes d’une embuscade violente, sans véritable échappatoire.
Depuis, la mémoire d’Aitor Zabaleta est entretenue collectivement. Le matériel à son effigie immortalise son sourire. Le même qui illuminé la tribune des supporters de la Real Sociedad à Séville.
Un douzième homme nommé Aitor
Ce contexte historique a valu à cette finale de Copa del Rey d’être classée à haut risque, mobilisant un important dispositif sécuritaire. Les ultras de l’Atlético, connus pour être d’extrême droite, avaient accueilli l’annonce de la finale par des slogans hostiles à Aitor Zabaleta en l’association à ETA, organisation de lutte armée. Selon les médias espagnols, son assassin est toujours en lien avec les groupes de supporters violents de l’Atlético. Il a d’ailleurs été arrêté à Bruges avec une trentaine de membres de Suburbios Firm, une scission du Frente Atlético, pour avoir effectué des saluts nazis.
Des autocollants ignobles, du même bord, ont aussi été débusqués sur les réseaux sociaux, montrant notamment Adolf Hitler avec un maillot de l’Atlético ou encore Anne Frank avec celui de la Real Sociedad.

À la veille du match, le célèbre chapeau porté par Aitor a été posé sur plusieurs statues de Saint-Sébastien / Donostia. Le maire de la ville, Jon Insausti, a notamment appelé à “soulever la Coupe de la terre vers le ciel pour qu’Aitor Zabaleta puisse la toucher”. Tandis que le 11 avril dernier, lors de la réception d’Alavés, les supporters visiteurs ont déployé une immense banderole en basque: “Ramenez la Coupe, pour Aitor Zabaleta”. Cette finale n’était pas seulement contre l’Atlético, mais aussi contre l’ultranationalisme espagnol.
Les cris “Aitor, Aitor” ont résonné dans tout le stade. Une rivalité qui dépasse le rectangle vert. Après la victoire de la Real Sociedad, aux tirs au but, le capitaine Mikel Oyarzabal a posé un maillot bleu et blanc floqué du numéro 12 et du nom d’Aitor Zabaleta sur le trophée. S’il y a eu un douzième homme dans le stade, les supporters lui ont donné le visage d’Aitor.


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