A Cava de’ Tirreni, près de Salerne en Campanie, le Cava United Football Club défend une autre vision du football, basée sur la propriété collective. Il évolue aujourd’hui en Prima Categoria (D6). Fort de sa devise “Il calcio è della gente” et en partant de sa propre histoire, le club réagit à la crise qui agite la FIFA. Il soutient la pétition internationale contre Infantino et promeut un changement à la base.
Il est des nouvelles qui semblent venir de très loin et qui, pourtant, parlent précisément de nous.
Le 20 août, une coalition internationale d’organisations de supporters a lancé une pétition demandant la démission du président de la FIFA, Gianni Infantino, ainsi qu’une réforme en profondeur de la gouvernance du football mondial. Parmi les premiers signataires figurent Football Supporters Europe, Football Supporters Africa, l’Independent Supporters Council d’Amérique du Nord ainsi que de nombreuses organisations nationales. L’information a également été relayée par Reuters.
Cette demande fait suite à la crise suscitée par le projet visant à céder à des investisseurs privés une partie des intérêts commerciaux liés à la Coupe du monde. Mais la contestation dépasse largement ce seul projet et la seule personne qui en est à l’origine. Elle réclame davantage de transparence dans les décisions les plus importantes, de véritables contre-pouvoirs face au pouvoir exécutif, des mécanismes de contrôle indépendants et l’implication formelle des fédérations, des clubs, des ligues, des joueurs et des supporters.
C’est à ce moment qu’une affaire qui semble, en apparence, lointaine arrive jusqu’à Cava de’ Tirreni.
Non pas parce que le Cava United devrait se lancer dans chaque combat international. Ni parce qu’un club ancré dans son territoire devrait distribuer des bons et des mauvais points ou rendre des verdicts à distance. Mais parce que, dans ces revendications, nous reconnaissons une question qui nous accompagne depuis longtemps, avant même que le Cava United ne foule les terrains: qui a le droit de décider de la destinée du football?
Une question posée bien avant nous
À la fin de l’année 2009, nous avons commencé à étudier des expériences qui, à l’époque, semblaient presque incompréhensibles en Italie. Nous avons découvert des clubs reconstruits à la base, des associations démocratiques de supporters, des communautés capables de s’organiser pour défendre une histoire et participer à son avenir.
Deux mots venus d’ailleurs sont alors entrés dans notre vocabulaire: Supporters Trust.
Le principe était simple et, précisément pour cette raison, révolutionnaire: une personne, une voix. Le supporter n’était plus seulement le destinataire de décisions prises ailleurs, mais devenait un acteur organisé, informé et responsable. Il n’était plus un simple client que l’on sollicite lorsqu’il faut remplir un stade, acheter un maillot ou soutenir une campagne. Il devenait une partie prenante du football, dépositaire d’une mémoire, d’une passion, de compétences et d’un intérêt collectif.
Le 2 juillet 2010 naissait alors “Sogno Cavese”. Quelques années plus tard, de cette démarche et de cette vision est né le Cava United. Non pas comme un aboutissement, mais comme un laboratoire en mouvement permanent, construit autour d’une conviction: un autre football n’était pas seulement possible, il était nécessaire.
Depuis lors, nous avons tenté de transformer une phrase en une pratique quotidienne: “Le football appartient au peuple!”
Pour nous, cela n’a jamais signifié que la passion devait remplacer la compétence, ni que chacun devait décider de tout. Cela signifie, et cela signifie toujours, que la compétence sans transparence ne suffit pas et que ceux qui font vivre un club, qui le soutiennent dans les bons moments et surtout dans les périodes difficiles, qui transmettent son identité, ne peuvent être exclus de tous les lieux où se décide son avenir.
Du stade de quartier aux sommets du football mondial
Les dimensions sont différentes, mais le principe reste le même.
Il vaut pour un club amateur comme pour la FIFA. Il vaut lorsqu’il est question de l’avenir d’un stade de quartier comme lorsqu’il s’agit de décider du patrimoine économique, sportif et culturel que représente la Coupe du monde.
Lorsque des décisions susceptibles de transformer le football sont préparées loin de ceux qui le font vivre, le problème n’est pas seulement celui de la communication. C’est un problème de gouvernance. Lorsque la consultation intervient après la décision, ce n’est pas de la participation. Lorsque le pouvoir ne rencontre aucun contre-pouvoir, la communauté du football devient un public que l’on informe une fois les décisions prises.
Depuis plus de vingt ans, le mouvement des Supporters Trust défend une vérité qui se retrouve aujourd’hui au cœur de la crise de la plus haute institution du football mondial: les supporters ne sont pas un élément décoratif du jeu. Ils ne sont pas un décor que l’on exhibe lors des grandes occasions. Ils ne sont pas une ressource émotionnelle que l’on transforme en valeur économique sans leur reconnaître une voix et des responsabilités.
Les supporters font partie du football.
La position du Cava United
Cet article ne constitue pas, à lui seul, une adhésion formelle du Cava United à la pétition. Il ne préjuge pas non plus d’une concertation que nous considérons nécessaire avec Supporters in Campo et au sein de nos propres instances.
Mais sur les principes, nous n’avons pas besoin d’attendre.
C’est pourquoi le Cava United ne peut que se ranger du côté d’une gouvernance transparente, démocratique et responsable; d’une véritable consultation, et non d’un simple exercice rituel; de règles capables de limiter la concentration du pouvoir; et d’une implication durable des supporters dans les décisions qui façonnent l’avenir du football.
Ce n’est pas une position que nous adoptons aujourd’hui par opportunisme. Elle s’inscrit dans la continuité fidèle des valeurs que nous avons choisies il y a de nombreuses années et que nous n’avons jamais abandonnées ni adaptées pour servir des intérêts ou accepter des compromis. Nous avons choisi de passer de la protestation à la proposition, de la passion à la prise de responsabilité, du supporter-client au supporter-participant.
Les personnes changent. Les fonctions passent. Les institutions ne restent crédibles que si elles acceptent le contrôle, le débat et la responsabilité.
Depuis Cava, nous ne prétendons pas parler au nom de l’ensemble du football. Nous continuons toutefois à parler au nom de ce en quoi nous croyons et de ce que nous essayons de construire chaque jour.
Car du stade de quartier à la Coupe du monde, la question reste la même: à qui appartient réellement ce jeu?
Notre réponse, elle, n’a pas changé. Le football appartient au peuple! Et le peuple doit avoir voix au chapitre.
Texte original sur cavaunited.it

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