Interdiction des sites de paris en ligne au Brésil

(©AFP)

A quelques jours de l’élection présidentielle du 4 octobre où il briguera un nouveau mandat, Lula a fait interdire les paris sportifs en ligne. Au Brésil, les plateformes de paris sportifs sont devenus un phénomène endémique. Cette interdiction ne remplace pas une politique publique de prévention, mais elle a le mérite de s’attaquer frontalement au fléau.

Lula aura donc attendu d’être dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle pour interdire les sites de paris sportifs et autres jeux d’argent en ligne. Cette annonce intervient en effet à l’aube du premier tour qui le verra affronter Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président d’extrême droite. Un contexte où les enquêtes d’opinion montrent “un fort rejet des électeurs envers les plateformes de paris en ligne”, selon l’AFP. Le président sortant, âgé de 80 ans, a dénoncé une “industrie multimillionnaire qui transforme le vice en profit”, lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Lula reconnaît qu’elle pose un réel problème de santé publique, générant des conduites addictives et de l’endettement massif. Il prétend s’attaquer de façon radicale à ces sociétés qui ne cessent de s’enrichir sur le dos des plus pauvres en leur faisant miroiter des gains chimériques. “Soit on enlève la tumeur, soit la tumeur nous tuera”, défend Lula qui a signé une mesure provisoire d’interdiction avec effet immédiat. Cette Medida Provisória (MP) – qui interdit l’exploitation, l’offre et la publicité des paris, y compris en ligne – devra cependant être examinée par le Congrès, dans un délai de 60 jours, avant de devenir une loi définitive.

L’effet immédiat ne signifie pas la fermeture immédiate de tous les sites de paris sportifs. La MP prévoit en effet une courte période transitoire qui commence par l’interdiction de tout nouveau dépôt d’argent sur les comptes des joueurs. Ils ont jusqu’au 5 octobre prochain à 23h59 pour retirer leur argent, après quoi les sites et applications de paris doivent être bloqués au Brésil, c’est à dire à compter du 6 octobre 2026. La mesure a été accueillie fraîchement par les enseignes concernées, ainsi que par les clubs dont les finances tirent parti de ces partenariats lucratifs.

Dans ce pays où on a coutume de présenter le football comme une religion, les paris sportifs ont pris une place importante. Plusieurs stars vendent leur image pour en faire la publicité et pas moins de 13 des 20 clubs de l’élite ont pour principal sponsor maillot une enseigne de paris ou de jeux en ligne. Mais à la base de ce commerce, il y a une réalité sociale alarmante: huit familles brésiliennes sur dix font face à une forme d’endettement. Selon les estimations, le montant total des revenus des ménages perdus dans les paris sportifs atteint 62,5 milliards de reais (plus de 10 milliards d’euros) en 2025.

Adversaire principal de Lula à l’élection présidentielle, le fils Bolsonaro s’est déclaré contre l’interdiction des paris sportifs qui sont, selon lui, suffisamment encadrés. Les partisans des plateformes déploient aussi leur argumentaire, et affirment que l’interdiction enverra les parieurs vers les sites clandestins. Il est vrai que l’efficacité de la mesure dépendra largement des moyens consacrés à la lutte contre ce marché clandestin. Mais, plutôt que les jérémiades des acteurs du secteur, Lula préfère écouter ce sondage, de l’institut Atlas et Bloomberg, qui rapporte que trois quarts des Brésiliens sont favorables à l’interdiction totale des paris en ligne.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*