La fin de l’ère Lopez, fossoyeur en chef du club bordelais, est un soulagement pour nombre de supporters. Celle qui s’ouvre avec Sparta Capital a de quoi mettre en alerte une communauté éprouvée par la débâcle des cinq dernières saisons qui ont vu le club rétrograder de la 1ère à la 4e division, et peut-être encore plus bas selon l’issue des recours. En attendant, la prise de fonction chaotique des nouveaux propriétaires a des airs de déjà-vu.
Le communiqué de Sparta Capital, nouveau propriétaire des Girondins de Bordeaux, racheté pour un euro symbolique, tient à rendre un “hommage sincère” à Gérard Lopez et Jogo Bonito. Pour Sparta et son dirigeant Franck Tuil, “lorsque Jogo Bonito a repris les Girondins de Bordeaux, le club était au bord de la disparition. Cette reprise a permis de sauvegarder une institution historique du football français et de préserver son avenir.” Des premiers mots qui s’inscrivent dans l’inquiétante continuité du storytelling du sauveur, autour duquel la communauté girondine s’est fracturée ces cinq dernières années.
Un mauvais départ, en attendant le verdict du CNOSF, puis du “comex” de la fédération (FFF), les Girondins de Bordeaux ne sont toujours pas assurés d’évoluer au niveau national la saison prochaine. Mais l’entrée en matière des nouveaux dirigeants est déjà suffisamment chaotique pour inquiéter les amoureux du club au Scapulaire. Le temps mis pour réunir les 10 millions d’euros nécessaires au financement de la prochaine saison et la reprise du plan de continuation, pose forcément des questions sur la fiabilité des investisseurs. Selon Ici Gironde, ils seraient au nombre de cinq, anglais et américains.
Un agglomérat opaque d’investisseurs
Présenté par certains comme un “facilitateur” de l’opération de rachat, Sparta Capital – dirigé par Franck Tuil, Cédric Boghanim et Gilles Frétigné – n’aurait pas vocation à s’éterniser à Bordeaux. Dans cette embarcation encore instable, le principal investisseur est James Bord. Un joueur de poker professionnel, reconverti dans le business de la data. Avec sa holding Park Bench, spécialisée dans les investissements dans le football, il est déjà propriétaire du club écossais de Dunfermline et possède des parts dans le CF Cordoue en Espagne, ainsi que dans le Septemvri Sofia en Bulgarie.
Bord est accompagné de son associé Evan Sofer, cofondateur de Park Bench. Un troisième homme est engagé dans la reprise du club: Jeremy Green, fondateur de Redmile Group. Si plusieurs sources évoquaient la participation de Félix Roemer, investisseur allemand, Ici Gironde explique ne pas avoir trouvé de trace de lui. C’est sur ces noms que les supporters vont devoir projeter l’espoir d’un renouveau pour leur club, avec un affreux sentiment de déjà-vu. Des financiers hors sol, arrivés dans un contexte de grande fragilité financière, avec la ferme intention d’obtenir un retour sur investissement.
Dans cet entremêlas, Dominique Delport a été nommé président. Propriétaire d’un château en Charente, c’est un proche du président Macron et de l’homme d’affaires d’extrême droite Vincent Bolloré. Sa nomination est un choix de James Bord. Difficile de voir une rupture avec le passé. Ancien patron du groupe Havas – chargé de la communication institutionnelle du FCGB au début de l’ère Lopez – et rédacteur en chef à M6 – ancien propriétaire du club –, Dominique Delport a des allures d’émissaire de l’ancien monde.
L’exercice de Côme, raté
Pour ne rien arranger à ce pedigree, le châtelain de Moulidars a cru bon de s’auto-annoncer comme futur président des Girondins de Bordeaux, directement sur les réseaux sociaux et avant même toute validation officielle et les verdicts du CNOSF, puis de la FFF. “Incroyablement fier et honoré de diriger l’équipe qui a l’ambition d’écrire le nouveau chapitre de ce club de football emblématique en tant que futur Président du FC Girondins de Bordeaux… Un club avec lequel j’ai grandi et qui fait partie de l’Histoire du Football français”, peut-on lire dans cette publication.
Il s’est ensuite lancé dans un jeu de questions-réponses, devant la multitude de tweets l’interpelant. Cette communication pour le moins inadaptée dans un contexte aussi incertain a eu le don d’agacer une partie de ces supporters qui veulent tourner la page Lopez, et de la communication enjolivée qui n’a eu de cesse d’accentuer les clivages. L’ancien patron d’Havas a mis les deux pieds dedans, surjouant le côté rassurant et vendant du rêve en kit en prenant en exemple le club italien de Côme. Certains observateurs n’ont pas manqué de s’étonner de cette communication inadaptée.
Cette première sortie “publique” a eu le mérite de montrer une absence de maîtrise, d’humilité et de sens du timing. C’est ce qui s’appelle commencer sur les chapeaux de roue. Ou alors, écrire la suite du cauchemar. Arrive un moment où changer les hommes – où les fonds d’investissement – ne suffit plus, c’est le modèle et la méthode qu’il faut revoir.

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