Les supporters du Rayo Vallecano en grève contre le prix des abonnements

La direction du club historique de Vallecas, quartier ouvrier de Madrid, est restée sourde à toutes les tentatives de dialogues des supporters opposés à la hausse du prix des abonnements. Le président Raúl Martín Presa, déjà détesté en long, en large et en travers, a ouvert un nouveau front dans le conflit larvé qui l’oppose au peuple rayista.

Le 15 juillet dernier, la direction du Rayo Vallecano présentait sa campagne d’abonnement pour la saison 2019/20. Intitulée « Voyage retour », car le club vient de redescendre en Segunda et envisage de remonter en Liga, cette campagne est marquée par une augmentation incompréhensible des prix. Comparé à la dernière saison du club en 2e division, les abonnements ont augmenté de 20% à 77% selon les secteurs du stade. Avec au passage plusieurs énormes aberrations, comme l’abonnement en zone « handicapés » qui est plus cher que celui proposé la saison passée en Liga.

Un abonnement pour suivre l’équipe féminine

Communiqué de la Plataforma ADRV contre la hausse du prix des abonnements.

Dans la foulée, les différentes peñas du Rayo Vallecano, réunies dans la Plataforma ADRV ont appelé à boycotter la nouvelle campagne d’abonnement. Outre cette hausse des prix, les groupes de supporters s’opposent aussi à la création spécifique d’un abonnement pour les matchs de l’équipe féminine. Alors que le président Raúl Martín Presa a le culot de présenter cet abonnement comme une mesure mettant les équipes-fanion masculine et féminine sur un pied d’égalité, les différentes peñas y ont surtout vu un moyen de pratiquer une hausse des prix déguisée, tout en se parant d’habits féministes peu crédibles.

Interrogée sur le site Pasión por el Rayo, à propos de cet abonnement spécifique, l’ancienne star du Rayo Femenino Natalia Pablos, a déclaré qu’elle y voyait une nouvelle stratégie de la présidence pour mettre en difficulté la section féminine en montrant « qu’elle n’intéresse pas les gens alors qu’en réalité elle rapporte beaucoup au regard du minimum qui y est investi. » Plus largement, Natalia Pablos considère cette campagne comme « une folie », le prix des abonnements « exorbitant », et que Presa « n’en a rien à faire que les supporters soient des ouvriers, puisque la seule chose qui l’importe c’est de faire du profit à tout prix. »

Opération tribunes vides

La tentative de dialogue, à l’initiative des groupes de supporters, pour que la direction du club renonce à sa nouvelle politique tarifaire, s’est avérée infructueuse. Pire, c’est un dialogue de sourd entre une direction qui ne parle que de retombées économiques ou de manque-à-gagner quand les représentants des groupes de supporters mettent sur la table ce qui est vécu comme une réelle injustice sociale. De son côté Presa et sa bande mettent cette augmentation sur le dos de la nouvelle convention d’occupation du stade, signée avec la gouvernement de la province de Madrid au début de l’été, plus coûteuse et qu’il faut donc amortir. Manière de dire qu’il n’y a pas d’alternative. Mais dans ce rapport de force, la masse sociale que représente les supporters n’ont pas dit leur dernier mot.

Face à cette situation bloquée, les Bukaneros 92, groupe ultra solidement ancré à l’extrême-gauche et élément majeur de la Plataforma, a initié un appel au boycott de la rencontre amicale du Trofeo de Vallecas contre Alcorcón, puis des deux premiers matchs à domicile de la saison: contre le promu Mirándes le 17 août et contre le Deportivo le 1er septembre. Une opération tribunes vides que les supporters les plus fervents entendent poursuivre « jusqu’à ce que soient garantis des prix d’abonnements dignes pour l’ensemble des supporters rayistas ».

Sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la rue avec de nombreuses affichettes portant la mention « No entres al estadio ! », les supporters du Rayo ont fait un gros travail pour que ce samedi les gradins soient désertés et que la grève soit une réussite. Un rendez-vous est donné au moment du match, à proximité du stade pour assister au match sur des écrans. Les peñas comptent bien montrer que la véritable ambiance de Vallecas sera là, à l’extérieur du stade, et qu’elle est indisociable des supporters.

« Presa vete ya ! »

Cette grève s’inscrit dans un contexte plus profond de protestation contre la présidence de Presa, qui dure depuis de longs mois et qui s’exprime autant dans les travées du stade que sur les murs du quartier où on a vu fleurir le slogan « Presa vete ya ! », qui signifie dans la langue de Don Quichotte « Presa casse-toi maintenant ! ». La rupture est telle que ce conflit ne prendra fin qu’avec le départ du président, comme l’exigent ces nombreux graffitis ou banderoles. Les supporters lui reprochent clairement de chercher à liquider l’héritage populaire du club et de ses 95 ans d’histoire. En retour, lui n’hésite pas à publiquement accuser la Plataforma d’être une « organisation criminelle ». Tous les coups sont permis pour discréditer les supporters. Mais résistera-t-il à cette grève des tribunes ? Certains observateurs doutent qu’il cède, bien qu’il l’ait déjà fait par le passé comme lorsque les ultras s’étaient opposés en 2017 à la signature de Roman Zozulya, attaquant ukrainien, sympathisant de groupes para-militaires néo-nazis. Presa le voulait, mais le joueur avait du faire demi-tour illico sous la pression des Bukaneros.

Là, c’est autant une affaire de business que l’occasion pour Presa de porter un coup à ce football populaire qu’il exècre. Mais face à lui, les différents groupes de supporters font preuve d’unité. Ils ne sont pas dupes ce qui est en train de se jouer dépasse la simple question des abonnements et entendent bien ne pas céder un pouce à ce président qui cherche à les éradiquer. Au fond ils savent très bien qu’à terme, ça ne peut être qu’eux ou lui.

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