Quand Xerez rencontre Cádiz, c’est plus qu’un simple match

Ce dimanche 27 mars, le Xerez Deportivo FC se déplace sur le terrain de la réserve du Cádiz CF pour une variante du “Derbi Gaditano”, une rivalité andalouse assez peu connue qui a résisté aux évolutions ayant traversé le football xereciste.

Au match aller le 7 novembre dernier, la réserve du Cádiz CF est venue s’imposer à Chapín pour la première fois face au Xerez DFC (0-1). Ce n’est que la troisième fois, depuis sa création en 2013, que les deux équipes se retrouvent dans la même division. A chaque fois, Cádiz avait dominé le championnat et accédé à la division supérieure. Mais, même avec un léger train de retard, le Xerez DFC a aussi brillamment construit son ascension, fort de cinq montées en huit ans. Dernière en date, celle de la saison passée qui l’a propulsé en Segunda RFEF, au quatrième échelon du football espagnol où il retrouve l’équipe B du Cádiz CF, ancien pensionnaire de la défunte Segunda B.

Lors de leur première rencontre à Chapín, lors de la saison 2016/17 en División de Honor, le Deportivo l’avait alors emporté 1-0 avec dans ses cages un infranchissable Edu Villegas, véritable figure locale restée par la suite directeur sportif du club pendant plusieurs saisons avant de devenir celui de Ceuta. Le bilan tourne en faveur de la réserve de Cádiz avec trois victoires, un nul et une défaite. Des matchs qui sont la plupart du temps engagés et fermés. De son côté, le Xerez Deportivo n’a pas encore glané le moindre point des terres cadistas. Ce dimanche, au stade El Rosal, les Azulinos auront l’occasion d’inverser la tendance est belle dans ce “derby de nécessiteux” au regard de son importance comptable pour se maintenir en Segunda RFEF.

Les deux équipes ne sont pas au meilleur de leur forme et sont à la lutte pour le maintien dans cette division où les cinq derniers (sur 18) seront relégués et où le 13e participera à un barrage de relégation. Respectivement 10e et 11e avec 6 points d’avance sur le premier relégable, Cádiz B et le Xerez DFC jouent gros à huit journées de la fin. Les Azulinos n’ont pas réglé leur soucis hors de leurs bases où ils n’ont pris que 6 points. Seuls les relégables San Fernando et Tamaraceite font pire.

Une rivalité méconnue hors d’Espagne

Dans sa jeune histoire, le Xerez DFC – créé en 2013 – n’a jamais eu l’occasion d’affronter le Cádiz CF, devant “se contenter” de son équipe réserve pour raviver la flamme de ce qu’on appelle au bout du bout de l’Andalousie, le “Derbi Gaditano”. La version historique de ce derby oppose le Xerez CD au Cádiz CF, une rivalité assez méconnue hors des frontières espagnoles. Il faut reconnaître que ce derby n’est pas le plus emblématique et n’a pas la même place dans l’imaginaire collectif que les grandes rivalités historiques du football espagnol. Au pays des prestigieux Betis-FC Séville, des Barça-Espanyol ou des Real-Atlético, ça paraît compréhensible.

Les 250 billets visiteurs alloués par Cádiz ont trouvé preneur en une heure et demi. Le Xerez DFC a demandé une rallonge de 100 billets qui a été refusée par les locaux, tout comme la possibilité de jouer ce match au Ramón de Carranza.

Si elle reste encore aujourd’hui considérée comme une rivalité mineure, c’est aussi parce qu’elle ne s’est éprouvée que dans les divisions inférieures (le Derbi Gaditano n’a jamais été disputé plus haut qu’en Segunda División) et qu’elle a eu à s’accommoder des crises et des scissions qui ont traversé le football à Jerez de la Frontera. Notamment quand l’historique Xerez CD, au bord de la faillite, a vu une partie de ses supporters – dont la majorité du Kolectivo Sur – prendre la décision de bâtir un nouveau projet d’actionnariat populaire sous les couleurs du Xerez DFC. C’est probablement ce qui pousse certains esprits chagrin, comme le journaliste gaditan José Joaquín León, à parler d’une “rivalité falsifiée”. Il y a même eu un temps plus d’animosité entre le Xerez CD et le Jerez Industrial CF qu’avec Cádiz qui, de son côté, a aussi développé une rivalité avec certaines places fortes du football andalou comme Grenade ou le FC Séville.

Mais si le Derbi Gaditano garde une saveur particulière c’est aussi en raison des 36 petits kilomètres qui séparent Jerez de la Frontera, la ville la plus peuplée de la province, à Cádiz, la capitale administrative. Une rivalité de clocher, plutôt bon enfant, oppose les habitants des deux villes. Certains estiment qu’elle a pris une tournure plus agressive avec l’activisme ultra dans les deux villes, incarné par les Brigadas Amarillas du Cádiz CF et le Kolectivo Sur de Xerez. Les principales échauffourées commencent dans les années 2000. Les occasions permettant des affrontements directs sont toutefois assez rares.

Avantage Cádiz?

Les équipes fanions des deux clubs n’ont en effet pas beaucoup fréquenté les mêmes divisions. Si la première rencontre officielle entre le Xerez CD et le Cádiz CF remonte à la saison 1935/36, ils ne comptent qu’une cinquantaine de confrontations en un peu plus de 80 ans. C’est peu mais suffisant pour que cette rivalité soit au cœur de leur histoire respective. Pour trouver trace du dernier Derbi Gaditano joué entre les équipes fanions des deux villes, il faut remonter au 4 avril 2008 à Chapín, dans un duel de mal classé de Segunda División. Le Xerez CD s’était alors imposé 2-1 en toute fin de match grâce au pichichi Yordi. A l’issue de cette saison 2007/2008, Cádiz avait d’ailleurs été relégué Segunda B, l’ancienne 3e division espagnole.

Le capitaine Antonio Bello, ancien canterano du Cádiz CF, est devenu un emblème du Xerez DFC dont il porte le maillot depuis 2017. Ici, à Chapín lors du match aller, remporté par Cádiz. (©Teresa Salas / Viva Jerez)

Sur Wikipédia, le bilan du derby fait état de 59 matchs joués entre 1935 et 2008, pour une égalité quasi parfaite avec 23 victoires chacun. Petit avantage toutefois à Cádiz qui a marqué 79 buts contre 68 pour le Xerez CD. Mais au delà des stats, le Derbi Gaditano c’est aussi des moments inoubliables comme la remontée en Liga du Cádiz CF en 2005, douze ans après l’avoir quittée. Valider la montée à Chapín, terrain du rival, lors de la dernière journée, avec 6500 fans dans les tribunes, c’est une page savoureuse de l’histoire cadista, écrite par les Oli, Andrés Fleurquín, Abraham Paz, De Quintana et consorts. Depuis cette période, les deux entités connaissent des destins aux antipodes. Alors que le Cádiz CF a retrouvé l’élite – qu’il n’avait plus fréquenté depuis 2006 – aucun club de Jerez de la Frontera n’a évolué plus haut que le 4e niveau du football espagnol. Le Xerez Deportivo FC bataille actuellement en Segunda RFEF et le Xerez CD est quant à lui resté bloqué en Tercera División (au 5e échelon). Aujourd’hui, avec trois divisions d’écart, les équipes de Jerez doivent donc se contenter de matchs contre l’équipe B de Cádiz.

Cette nouvelle configuration n’empêche pas la dramaturgie, du moins concernant le Xerez DFC. Entre le derby de Cádiz B-Xerez DFC de la saison 2016/17 qui a coûté son poste à Dani Pendín et celui de 2018/19 qui a privé les Azulinos de la montée, la balance penche un peu plus en faveur de Cádiz. La défaite subie par le Xerez Deportivo sur le terrain de Cádiz, à quatre journée de la fin du championnat 2018/19 de Tercera División, avait été très douloureuse. Cette saison là, alors que les deux équipes jouaient la montée, les Azulinos s’inclinaient sur un pénalty consécutif à une faute du défenseur français Robin Lafarge. C’était la fin brutale d’une série de 28 matchs sans défaite et de 1003 minutes sans encaisser de but pour le gardien argentin Juan Flere qui porte aujourd’hui les couleurs de… Cádiz.

Une rivalité ravivée par l’activisme ultra

Chez les ultras, l’amour ne connaît pas les divisions et, par conséquent, la haine non plus. Si les Brigadas Amarillas, fondées en 1982, et le Kolectivo Sur, qui existe officiellement depuis 1991, sont les deux principaux groupes impliqués dans la rivalité entre Cadistas et Xerecistas, d’autres acteurs viennent y jouer les seconds rôles. Les Biris Norte, puissant groupe du FC Séville FC, sont de ceux-là. Amis solides du Kolectivo Sur, ils entretiennent logiquement une rivalité avec les Brigadas Amarillas, marquée par quelques affrontements comme en janvier 2018 avant un match de Copa del Rey à Cádiz. Ces trois groupes ont la particularité de partager les mêmes positions antifascistes et ont tous affiché leur soutien à la grève des ouvriers métallurgistes de la Baie de Cádiz, en novembre 2021.

Tifo célébrant l’amitié entre le Kolectivo Sur (Xerez DFC) et les Biris Norte (Séville FC), le 6 août dernier lors d’un match amical entre le Xerez et l’Atl. Séville, équipe réserve du FC Séville.

La création du Xerez Deportivo FC en 2013 n’a pas changé la donne. Si ce n’est que le Kolectivo Sur a décidé de se diriger vers ce nouveau club bâti sur le modèle de l’actionnariat populaire et reparti du plus petit échelon régional. Durant les premières années du Xerez Deportivo, la rivalité gaditana va donc s’exprimer autour de matchs contre des clubs amateurs de Cádiz comme le Cádiz 1812 CF, aujourd’hui disparu, ou encore le Balón de Cádiz CF. Dans ces divisions régionales, le Kolectivo Sur va aussi trouver sur sa route le Komando Kriptonita, autre groupe antifasciste et ami des Brigadas Amarillas, comme lors du petit déplacement à Chiclana – en banlieue de Cádiz – en avril 2014. La rixe fera une dizaine de blessés et les Brigadas Amarillas, face aux allégations médiatico-policières, démentiront publiquement y avoir pris part.

En parallèle, dans ce schéma de rivalités croisées va aussi s’insérer le groupe des supporters restés fidèles au Xerez CD, dont la frange radicale s’est regroupée sous la bannière des Hools XCD, ennemis à la fois du Kolectivo Sur et des Brigadas Amarillas. Depuis la séparation de 2013, les Brigadas Amarillas ont surtout eu maille à partir avec eux. Plusieurs membres des deux groupes ont été arrêtés par la police après des affrontements avant un Cádiz “B” – Xerez CD en octobre 2015. Et lors de la saison 2018/19, toujours face à la réserve du Cádiz CF, les supporters du Xerez CD s’étaient permis d’insulter la mémoire de “Baguetina”, membre des Brigadas Amarillas, décédé quelques mois plus tôt des suites d’une maladie. Le Cádiz CF avait communiqué dans la foulée pour condamner cet acte “méprisable et ignoble“.

“Un Cádiz-Xerez n’est jamais anodin”

Même si les dirigeants des clubs de Cádiz et de Jerez de la Frontera ne sont pas hermétiques à cette rivalité, ils la vivent différemment. Ils ne se privent pas de recruter des joueurs passés par le rival, au grand dam des supporters. Les Brigadas Amarillas avaient protesté au moment de la signature de Dani Güiza, attaquant international (20 sélections / 6 buts), natif de Jerez de la Frontera et qui a grandi dans le quartier populaire de La Liberación. Même musique trois ans plus tôt du côté des fans du Xerez CD qui avaient fait part de leur hostilité, via de nombreux tags sur la façade du Stade Chapín, à l’annonce du recrutement de Raúl Navas, ancien portier de Cádiz (entre 1999 et 2006). Dans les deux cas, les supporters n’avaient pas été entendus. Interrogé par El País en 2005, à l’aube de cette fameuse victoire cadista qui allait sceller l’accession en Liga, Pepe Mejías (joueur de Cádiz entre 1977 et 1986) rappelait qu’il y a “toujours eu des joueurs nés dans une ville qui ont joué dans l’équipe de l’autre ville” et que ces différents transfuges nourrissaient aussi, à leur manière, lanimosité entre les supporters.

Après avoir déclaré publiquement qu’il ne jouerait jamais à Cádiz, Dani Güiza – qui a refusé des offres plus lucratives en MLS – finit par se contredire en 2015. L’ancien joueur de Mallorca, Getafe ou encore du Fenerbahçe s’en excusera auprès des supporters.

Dani Güiza avait, par le passé, soutenu avec véhémence des positions “anti-cadistas” que les Brigadas Amarillas n’allaient pas oublier. Le Jerezano qu’il est avait jubilé un jour de mai 2006 quand, avec le maillot de Getafe sur le dos, son équipe renvoyait le Cádiz CF en Segunda División. Une blessure qui ne s’est refermée que 14 ans plus tard avec le retour en Liga. A plusieurs reprises, dans les médias, Dani Güiza avait exprimé son bonheur de voir les Amarillos relégués à l’étage inférieur. Alors effectivement, son arrivée neuf ans plus tard du côté du Ramón de Carranza a eu de quoi mettre les supporters sur les nerfs. Le joueur a d’abord commencé à s’excuser oralement. Puis il l’a fait sur le terrain, en marquant. “J’ai dit beaucoup de choses stupides dans ma vie. J’ai mûri et j’espère juste faire de mon mieux. Je ne vais pas laisser tomber les fans, je vais transpirer pour ce maillot et faire ma part pour obtenir la montée.”

Le rapport de force s’est déséquilibré entre le Cádiz CF, réinstallé dans l’élite depuis 2020, et les autres clubs du territoire. Vampiriser le vivier des catégories jeunes des clubs alentours est tentant. Face à ce temps d’avance dont bénéficie Cádiz, les clubs de Jerez veillent à préserver leurs intérêts. Quelques jours avant le match aller en novembre dernier, le Xerez DFC avait d’ailleurs publié un communiqué condamnant les méthodes déloyales utilisées par les recruteurs du Cádiz CF vis à vis des jeunes du club azulino, évoquant des “contacts persistants avec des personnes du cercle familial des joueurs, dans le but de les amener à quitter notre club en cours de saison.”

Pour le match retour, le Cádiz CF n’a pas accédé aux demandes xerecistes d’augmenter le nombre de billets alloués au fans du Xerez DFC, limités à 250. Au moins cinq bus de supporters feront le court déplacement. “El Rosal sera bleu” assure le média Xerezmania. A noter que les dirigeants de l’équipe locale ont d’ors et déjà interdit tout matériel d’animation, tambours ou mégaphones, aux supporters visiteurs. Si l’enjeu de ce match est avant tout sportif, on voit bien qu’un Cádiz-Xerez n’est jamais anodin.

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