Trente ans que le Kolectivo Sur chante pour Xerez

©Xerezmania

Ce 6 août, le match amical entre le Xerez DFC et le Sevilla Atlético, sera organisé par le club andalou en l’honneur du 30e anniversaire de leurs supporters les plus fervents du Kolectivo Sur 91. Retour sur trois décennies de supportérisme ultra à Jerez de la Frontera.

Au mois d’avril dernier, en direct du Fondo Sur de l’Estadio Chapin, le Kolectivo Sur 91 présentait le calendrier des célébrations de son 30e anniversaire. Alors que le groupe de supporters du Xerez DFC soufflera officiellement ses bougies le 10 novembre, des événements sont programmés jusqu’en 2022. A l’occasion de cette présentation relayée par le sité Xerezmania, Carlos Delgado du Kolectivo Sur a résumé l’histoire du groupe en quelques chiffres symboliques: “335 voyages officiels. 233 950 kilomètres. 153 chorégraphies. En tant que Kolectivo Sur, nous avons été présents dans les huit catégories du football d’État. Et le Kolectivo Sur a été le foyer et la famille de plusieurs milliers de citoyens de Jerez qui sont passés par ce groupe et ont été biberonnés au xerecismo depuis leur enfance.”

Années 80: des premiers groupes au Kolectivo Sur

Comme pour tous les groupes ultras, l’histoire du Kolectivo Sur ne commence pas immédiatement à sa date de fondation. Il s’inscrit dans une histoire commencée plus tôt dans les travées du vieil Estadio Domecq. La sous-culture ultra est arrivée jusqu’à Jerez de la Frontera au cours des années 80, période où le modèle italien a commencé à s’exporter massivement à l’international. Le club phare de la ville est le Xerez CD, fondé en 1947, et à l’occasion de sa remontée en Segunda Division, plusieurs groupes vont faire leur apparition en tribunes.

Ces pionniers sont apparus lors de la saison 86/87. La Division Blanquiazul occupait l’angle de la preferencia, la tribune latérale. Dans le Fondo Sur, derrière les buts, se trouvaient deux autres petits groupes: les Panteras et les Ultras Sherry. Les premiers s’étaient nommés ainsi en référence au buteur équatorien Ermen “Pantera” Benitez qui venait de signer en 1986, devenant le premier joueur noir à porter les couleurs du Xerez CD. Les seconds, dont le nom rend hommage au fameux vin local, sont à ne pas confondre avec le groupe qui portera le même nom quelques années plus tard.

Outre la distance spatiale, ces groupes sont aussi opposées politiquement. Des tensions vont agiter les premières années de supportérisme organisé à Jerez. La Division Blanquiazul était réputée comme un groupe de droite – comptant y compris quelques néo-fascistes dans ses rangs – à la différence du Fondo Sur qui affiche des valeurs antiracistes. Jusqu’à la destruction de l’Estadio Modecq, les récits font état de plusieurs affrontements entre les groupes des deux tribunes. Mais le déménagement à Chapin en 1988 va amener un semblant d’apaisement avec la création d’un nouveau groupe: les Ultramuces. Installés dans la tribune sud du nouveau stade, ils agrègent certains membres des anciens groupes et se concentrent sur l’animation de la tribune en défendant une démarche apolitique. Le groupe  disparaîtra finalement à l’issue de la saison 90/91 qui voit la relégation du Xerez CD en Segunda B.

Derrière la bâche Ultra Sherry, en déplacement à Jaen lors de la saison 93/94 (©MundoUltra | Twitter)

C’est au cœur de la division de bronze que le Kolectivo Sur, qui ne s’appelle pas encore comme ça, va faire ses classes. D’anciens Ultramuces vont d’abord créer les Dalton’s, un groupe assez peu actif qui assurera néanmoins la transition avec le groupe qui va vraiment s’imposer à Chapin reprenant le nom d’Ultra Sherry, déjà connu de la famille xereciste. Nous sommes en novembre 91. Et c’est considéré aujourd’hui comme la date de naissance officielle du Kolectivo Sur. Fort d’une quarantaine de membres, dans une période où le club ne brille pas vraiment sur le plan sportif, le groupe s’amuse à Chapin comme en déplacement où il commence à se faire un nom. Dans un article biographique disponible sur le net, on découvre les premiers “faits d’arme” du groupe, comme le tout premier déplacement, émaillé d’affrontements, à Puerto de Santa Maria. Il est considéré comme un moment “fondateur”. Ce jour-là une centaine d’ultras xerecistes mettent une ambiance mémorable au stade José del Cuvillo pour accompagner la victoire de leur équipe. En naîtra le chant “mythique”, Al Cuvillo quiero volver. Mais ce moment marque aussi le début d’une relation conflictuelle avec la radio locale Onda Jerez qui prend le groupe en grippe. En représailles, les ultras saccageront la cabine d’où le match était commenté en direct.

Le groupe se fait un nom tout en s’en cherchant un

Les anciens rapportent aussi l’importance qu’a eu l’arrivée en 1993 de la revue Superhincha, spécialisée sur les supporters, pour le développement de la sous-culture ultra en Espagne et l’émulation entre les différents groupes. C’est la période où les Ultras Sherry se structurent et des sections emblématiques comme celle des Buitres (les “Vautours”) font leur apparition. C’est aussi le début des amitiés fortes avec les Biris Norte du FC Séville, ou encore Orgullo Isleno de San Fernando. Mais aussi des rivalités avec les Brigadas Amarillas de Cadiz, également sur des positions antifascistes, et le Frente Onuba de Huelva.

Le Fondo Sur à l’occasion de Xerez CD – Cadiz (1-4), le 3 décembre 2006.

Aux divers affrontements auxquels le groupe est mêlé, il faut ajouter la pression policière grandissante. Ce qui l’incitera à changer de nom. Qualifiée plus tard de “lifting”, décision est prise de retirer la mention “ultra” pour s’appeler plus sobrement Hinchada Azul. Et malgré les tensions internes, toujours sur fond politique, le groupe continue de voir grossir ses rangs et se distingue par de gros affrontements à l’occasion du “Derbi Gaditano”, avec les supporters de Cadiz dont le club est redescendu en Segunda B.

Les querelles intestines vont prendre un tournant majeur au début de l’été 96 avec l’explosion définitive de l’Hinchada Azul. Une partie importante du groupe a décidé de rompre avec la frange fasciste de la tribune. Elle gardera le matériel d’animation et changera le nom en Kolectivo Sur 91. Sous cette nouvelle appellation, s’affirme une ligne politique antifasciste et antiraciste. Très vite, avec son fanzine “Resistencia Xerecista”, ses tifos et ses chants, le Kolectivo Sur impose sa patte à Chapin. La saison 96/97 est réussie à tout point de vue, au point que le Xerez CD retrouve la Segunda Division six ans après l’avoir quittée. Le groupe a aussi le soucis d’assurer la relève, et participe au projet “Grada Joven” qui sera couronné de succès. Malheureusement, niveau sportif, la redescente sera immédiate.

Ultras d’un club en crise au début des années 2000

Entre temps, comme pour beaucoup de clubs ibériques des trois premières divisions, le Xerez CD s’était converti en SAD, passant sous le contrôle d’actionnaires privés. Mais ça n’a commencé à se corser vraiment qu’avec l’arrivée de l’entrepreneur Luis Oliver à la tête du club en 1997, début aussi d’un conflit larvé entre la direction et le maire de Jerez, Pedro Pacheco, qui accuse Oliver de fraude et de blanchiment d’argent. La situation aboutira à l’exil du Xerez CD à Sanlucar pour la première partie de la saison 2001/02. Au milieu de ce rapport de force, le Kolectivo Sur se mobilise pour le retour à Chapin pour le départ d’Oliver.

D’une manière générale, le groupe ne connaîtra que des rapports conflictuels avec les directions successives: “Tant qu’il y aura des corrompus à la tête du club, nous lutterons contre eux“. Le club est gangréné par la gestion frauduleuse des dirigeants qui se succèdent à sa tête. Et pourtant le Xerez CD connaît l’unique montée en 1ère Division de son histoire en 2009. Un one-shot qui aboutira à une relégation à l’issue de la saison. Le retour à l’étage inférieur n’enraye pas la dynamique du groupe qui poursuit sa présence en déplacements, ou encore ses actions caritatives, comme celle pour les enfants handicapés.

Le départ pour le Xerez Deportivo FC

Alors qu’à l’été 2013 le Xerez CD est salement endetté et qu’il est sur le point de disparaître, les supporters se réunissent et votent pour la création d’une nouvelle entité. Une manière d’anticiper la suite, pour repartir sur des bases saines. Ainsi nait le Xerez Deportivo FC qui s’inscrit dans la plus petite division régionale. Entre temps, le Xerez CD a été “sauvé”. Deux clubs cohabiteront dorénavant à Jerez.

Affiche du match de préparation entre le Xerez DFC et la réserve du Séville FC. Les Biris Norte seront bien sûr de la partie à Chapin pour les 30 ans de leurs amis du Kolectivo Sur.

Le Kolectivo Sur, qui est confronté à un choix difficile, organise un vote interne. Trois possibilités s’offraient aux membres du groupe: suivre le Xerez DFC, suivre le Xerez CD et ou ne suivre le Xerez CD qu’en déplacement, “pour ne pas donner un centimes à Ricardo“, le nouveau propriétaire d’emblée contesté. La majorité des membres choisissent de rejoindre le projet de club populaire et son modèle “un socio, une voix”. Certains aficionados, tiraillés, tiennent à être socios des deux entités. Tandis que les membres du Kolectivo Sur, opposés au départ du groupe vers le Xerez DFC, ils créeront un peu plus tard les Hools XCD, pour continuer à suivre le Xerez CD.

La création du nouveau club génère une nouvelle rivalité, basée sur une forme de rancœur. Côté supporters, après une période de coexistence pacifique, tensions et animosité prennent peu à peu de l’ampleur. Une rivalité pour la suprématie xereciste qui n’est pas allée au-delà de tags, attribués au KS91 qui les conteste, sur le QG des Hools. Depuis la montée en Segunda RFEF, le Xerez CD se trouve pour la première dans la division inférieure. Une ascension fulgurante du Xerez DFC qui agace leurs frères ennemis, détenteurs du club historique et qui s’estiment les plus légitimes pour ne l’avoir jamais “lâché”. Vu de loin, on dirait bien que le Kolectivo Sur 91 et le Xerez DFC ont pris un sérieux avantage.

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