A l’occasion du match disputé face à Elche, Kylian Mbappé, Ibrahima Konaté et Vinícius ont retroussé le t-shirt de soutien à la population de Ceuta. Une manière de protester contre l’instrumentalisation raciste et xénophobe de ce soutien par l’extrême droite espagnole. En France, le Rassemblement National a profité de la polémique pour attaquer à nouveau au capitaine des Bleus.
En Espagne, surfant sur la vague des évènements de Ceuta, l’extrême droite a le vent en poupe. Le 30 juillet dernier, plusieurs dizaines de milliers de personnes, en quête d’un avenir meilleur en Europe, ont traversé la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole au prix d’un bilan humain dramatique dépassant les 140 morts. Les franges ultra-nationalistes espagnoles en font un symbole de leurs lubies identitaires et appellent à la démission de Pedro Sanchez, fragilisé. Le président socialiste du gouvernement s’est pourtant livré à une “escalade réactionnaire”, reprenant une à une les exigences de l’extrême droite pour “gérer” cette crise.
Le t-shirt qui a mis le feu aux poudres a été produit par l’AVE, un regroupement patronal de la région de Valence, pour “soutenir la population de Ceuta”. Face à quoi et à qui? Membre de l’AVE, le président du club de Villarreal a pris l’initiative de faire porter ce t-shirt – arborant le slogan “Todos somos Caballas”, comme on appelle les habitants de l’enclave – aux autres clubs de la région de Valence engagés en Liga, ainsi qu’à leurs adversaires. C’est dans ce contexte que les joueurs du Real Madrid ont été invités à le porter pour le protocole d’avant-match à Elche. Mbappé, Konaté et Vinícius ont été les seuls à ne pas se plier pas à l’initiative.
Le refus des trois joueurs de porter ce t-shirt est une réponse à la récupération raciste de évènements de Ceuta. Avant le match Ceuta-Las Palmas en 2e division, les joueurs portait un autre t-shirt problématique, avec le slogan “Ceuta ne se vend pas, elle se défend”. Même chose lors de Cádiz-Valladolid. C’est un slogan que Javier Tebas, président de la Liga et sympathisant du parti d’extrême droite Vox, a repris à son compte. Avant le match de l’AD Ceuta, il a été plus loin, écrivant sur ses réseaux sociaux: “Le football sert aussi à rappeler quelque chose de très simple: Ceuta, c’est l’Espagne. Ceuta est à nous.”
Les Ultras Sur, groupe de supporters néo-nazis du Real Madrid et exclus du stade Bernabeu depuis 2013, ont publié un communiqué dans lequel ils demandent des excuses aux trois joueurs, pour avoir masqué un message de soutien à Ceuta. “Bien que le groupe se tienne toujours à l’écart des polémiques impliquant des joueurs pour qui notre blason et nos valeurs comptent peu ou pas du tout, nous nous voyons contraints d’élever la voix face à ce qui s’est passé hier.”
Depuis ce geste symbolique qui a été largement médiatisé, Kylian Mbappé et Ibrahima Konaté sont aussi la cible de vives attaques venant de l’extrême droite française, principalement du Rassemblement National (RN), en pleine campagne présidentielle. Plusieurs cadres du parti, comme Kévin Mauvieux, Julien Odoul, et Marine Le Pen y sont allés de leur couplet virulent, ciblant particulièrement le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, qui commence à être habitué. Le natif de Bondy s’est déjà publiquement exprimé contre la montée en flèche du RN, en déclarant notamment: “On ne peut pas mettre le pays entre les mains de ces gens-là.”
Dans une interview accordée à AS, il a balayé d’un revers de main les accusations de l’extrême droite qui lui reproche, ainsi qu’à Konaté et Vinícius, de ne pas être solidaire des Espagnols. “Je suis pleinement solidaire des habitants de Ceuta et toutes les victimes. Mais je voulais aussi avoir un geste et une pensée pour tous les migrants qui ont perdu la vie et vivent dans des conditions difficiles. Parce qu’avant d’être joueur, je suis un être humain”, a-t-il précisé. Il a ajouté qu’il refusait de “hiérarchiser la souffrance.” Contrairement aux extrêmes droites de partout.

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