Football Sous Covid: la L1 reprend et il n’y a pas de quoi s’en réjouir

©Bruna Prado | Getty Images

Les clubs français retrouvent le chemin des terrains de Ligue 1 après une interruption de plus de cinq mois pour cause de pandémie de coronavirus. Mais dans quelles conditions ? Qu’est-ce qui a changé ? Le football à l’heure sanitaire pose toujours la question de notre acceptation de cette mascarade.

Il faut bien s’y résoudre la Ligue 1 va reprendre, dans des stades vides ou presque. On est partagé entre l’espoir que tout ça soit vraiment temporaire, la colère de voir triompher l’argument patronal du primat de l’économie et la crainte réelle d’assister en direct à l’avènement d’une nouvelle ère nauséabonde. L’instauration d’un football exclusivement télévisé où les chants de supporters sont remplacés par des fonds sonores enregistrés. Pour faire comme si. Pour ne pas perturber le téléspectateur, toujours plus éloigné, qui n’a de toute façon plus que ce biais pour suivre son équipe. Fatalement.

Livré aux diffuseurs

On sait bien la relation ambiguë des télés et des tribunes. Il faut des tribunes garnies pour satisfaire les diffuseurs mais pas trop turbulentes. Pas de fumigènes, sauf dans les spots publicitaires. Mais après tout, en plus des chants pourquoi pas des hologrammes en tribune ? Les quelques tentatives visuelles n’ont pas été concluantes, mais si la situation de huis clos général – ou presque – venait à durer, attendons-nous à ce type d’innovations farfelues.

Car la France jusqu’ici peut se targuer de ne pas imposer de reprise à huis clos. Avec son histoire de jauge à 5000 personnes délégations comprises – au moins jusqu’au 31 octobre – le gouvernement a réussi son coup. « Derrière ce “compromis” habile et le discours du type “c’est mieux que rien”, il y a un entre-deux foireux qui prend les supporters en étau dans un contexte où il ne faut pas oublier qu’ils restent la cible de la répression des instances » écrivions-nous à l’aube de la finale PSG-ASSE. La position majoritaire des supporters étaient déjà de « patienter davantage plutôt que de reprendre de façon anticipée à huis clos ou avec une jauge limitée qui impliquerait une sélection des supporters en droit d’accéder aux enceintes. » comme expliquait alors l’ANS.

A l’approche de la reprise de la L1, et alors que le parc d’attraction identitaire du Puy du Fou s’est tranquillement vu attribuer une dérogation de complaisance, les groupes ultras se sont vu rappeler les mesures sanitaires drastiques appliquées aux stades de football. Distanciation, port du masque, obligation d’être assis… bref des mesures incompatibles avec leur façon de vivre les matchs. Sans surprise et en toute cohérence, les uns après les autres les groupes déclarent renoncer à se rendre au stade tant que la situation sanitaire ne se sera pas améliorée. Parmi ces groupes, les Gladiators Nîmes 91 font partie des rares à ouvertement dénoncer « l’inconscience des instances qui exigent la reprise des championnats dans un tel contexte, préférant l’économie du football à la santé des joueurs, des staffs et des entourages de tous les clubs ».

La période estivale a pourtant donné un avant-goût de ce que pourrait bien être cette saison qui arrive. Entre un football aseptisé – comme cette parodie organisée sur terrain « neutre » pour boucler les coupes d’Europe – et un autre perturbé par les reports pour cause de cas positifs au Covid-19, n’y a-t-il donc que ces deux options qui nous seraient offertes? Durant leur préparation, les clubs français n’ont pas été épargnés. Comme dans toutes les entreprises, les protocoles sanitaires n’y ont pas empêché l’apparition de cas. Strasbourg, Montpellier ou Nantes ont vu leur préparation être tronquée et plusieurs de leurs matchs amicaux annulés. Et, le comble, l’affiche de la réouverture de la L1, OM-ASSE, est d’ors et déjà annulée à cause de plusieurs cas de Covid détectés dans l’effectif olympien.

Aujourd’hui la Ligue 1 reprend, et il n’y a pas de quoi s’en réjouir.

Édito n°28

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