Refuser le Pass Sanitaire dans les stades, une urgence collective

Faute d’imposer une vaccination générale, le gouvernement fait d’un usage drastique du pass sanitaire un moyen détourné pour parvenir à ses fins. Sans surprise, les stades de foot font partie des nombreux lieux accessibles à la seule condition de disposer du sésame sanitaire. Premiers concernés, comment vont réagir les passionnés et les ultras? 

Le discours présidentiel du 12 juillet dernier a allumé plusieurs débuts d’incendie. La recette commence à être connue. Des mesures fortes allaient être annoncées et la puissante communication gouvernementale allait tout verrouiller derrière. Alors qu’Emmanuel Macron venait d’annoncer qu’il comptait bien, pour la dernière année de son quinquennat, mener au bout les réformes anti-sociales de l’assurance-chômage et des retraites, ce qui a mis le plus le feu au torchon est l’annonce de la mise en place du “pass sanitaire”, ménageant au passage les policiers de cette contrainte.

Pour imposer ça, l’État aura besoin de son bras armé. C’est pratiquement l’essentiel des espaces – autres que les lieux de travail – qui seront soumis à la détention du dit “pass”. Et donc les stades, présentés comme des foyers de contamination en puissance depuis le début de la pandémie, font bien entendu partie de ces lieux concernés. Cela fait un an et demi que des dizaines de milliers de supporters sont suspendus aux mesures sanitaires et aux expérimentations d’un gouvernement auto-proclamé expert en épidémiologie. Des supporters qui, quand ils n’ont pas activement pris part au mouvement de solidarité envers le personnel soignant, ont traversé cette période avec un sens de l’intérêt général exemplaire. Opposés d’abord à l’hypothèse de terminer la saison 2019/20 à huis clos, ils avaient fini par se résigner à voir la suivante se dérouler au rythme de l’état d’urgence sanitaire. Chronique d’une période où, décrété dangereux pour se rendre au stade, le virus n’a pas posé autant de soucis quand il a fallu envoyer les salariés au boulot dans des transports en commun bondés aux heures de pointe. Deux poids, deux mesures où, souvenons-nous, la seule “normalité” qu’il ne fallait pas bousculer était celle de l’exploitation.

Vers un triple contrôle à l’entrée des stades!

Au vu des conditions imposées au tout début, beaucoup de groupes ultras avaient alors déclaré renoncer à aller au stade: port du masque obligatoire, distanciation, obligation de rester assis… Une décision de bon sens tant le comportement exigé pour assister à un match était à mille lieues de leurs habitudes. Autant dire qu’entre les jauges faméliques du début et le huis clos sur la quasi intégralité de la saison, le retour dans les stades “comme avant” est attendu comme une libération. Au fait de cette attente, comme pour le retour en terrasses ou dans les lieux culturels, le gouvernement fait du “retour à une vie normale”, y compris dans les stades, le point central de son chantage à la vaccination. Résignation et usure tendent à faire croire que l’instauration d’un pass sanitaire serait un moindre mal, là encore y compris dans les stades.

Le lendemain du discours de Macron, la Ministre des Sports annonçait triomphante la levée des jauges pour les stades. Mais cette nouvelle tant attendue à un coût, celui d’être conditionnée au pass sanitaire. Si un test PCR de moins de 48h fait l’affaire (jusqu’au 1er octobre, date où il deviendra payant), cette généralisation des lieux inaccessibles sans justificatif n’a d’autre but que de pousser les réfractaires dans les centres de vaccination. À l’arrêt pendant près d’un an et demi, le foot amateur devra, pour retrouver le chemin de la compétition, se soumettre aux mêmes règles, à partir de 50 personnes.

Depuis l’allocution du chef de l’état, des manifestations ont lieu un peu partout, mais les divers acteurs du monde du foot, particulièrement les groupes de supporters, ne se sont pour la plupart pas encore exprimés. On peine à croire que le pass sanitaire ne fera pas débat parmi les ultras. Mais, eux qui font du combat contre la répression, l’hyper-sécurisation et le fichage, un point central de leur engagement, vont voir cette nouvelle restriction se mettre entre eux et leur passion. D’autant qu’elle implique la présentation d’une pièce d’identité. On imagine déjà la pression à l’entrée du stade et le triple contrôle: QR Code + Carte d’Identité + Billet. De quoi donner l’envie de faire demi-tour… Et encore, on n’est pas à l’abri de voir la mise en place de billets nominatifs justifiés pour fluidifier le contrôle.

Boycotter le retour en tribune?

De nouvelles vagues en nouveaux variants – britannique, indien, delta –  la communication du gouvernement voudrait encore faire croire que tout ne serait qu’affaire de responsabilité individuelle, que tous les maux de la crise sanitaire seraient dus à l’égoïsme de la partie de la population non-vaccinée. Et que les mesures qu’il prend seraient en fait des mesures de protection dans l’intérêt général. On croit rêver tant l’état d’urgence sanitaire est la couverture d’attaques sociales contre les plus vulnérables.

Tous ces mois vécus sous le Covid-19, nous enseignent que, si le vaccin est une option nécessaire, l’urgence est d’augmenter les capacités de soins d’un hôpital publique plumé par des années de management agressif et d’austérité budgétaire – 100 000 lits fermés ces vingt dernières années. Là encore la seule réponse gouvernementale aux revendications des personnels soignants a été le gaz lacrymogène.

Sans tomber dans les délires conspirationnistes, ou les amalgames douteux propagés par quelques hurluberlus “antivax”, surexposés médiatiquement, les divers acteurs du monde du sport ne doivent pas rester silencieux dans ce contexte. Supporters, bénévoles des clubs ou footeux du dimanche, tous impactés par le pass sanitaire, ne peuvent pas rester extérieurs à un mouvement collectif de refus. Vaccinés ou non, ultras ou simples passionnés, à quelques jours de la reprise des premiers championnats, la question de boycotter un retour au stade dans ces conditions-là – et donc celle du football que nous voulons – se pose urgemment.

Édito n°31

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