Après sa promotion en Super Lig, Amedspor – le club de la capitale kurde – va fouler les pelouses de l’élite du football turc, un événement très attendu. Même ceux qui ne s’intéressent pas au football suivent de près le club kurde, bien souvent avec des motivations racistes. Face à Kocaelispor, le club kurde a pu se faire une idée de ce qui l’attend cette saison.
Divers partis politiques de l’extrême droite turque menacent de fermer le club s’ils accèdent au pouvoir car, pour eux, “Amed porte une menace à l’intégrité territoriale du pays”. Simplement parce qu’un nom kurde en Turquie, ça ne peut pas exister. D’autre part, Amedspor est bien souvent censuré ou ignoré par les clubs rivaux, et les médias biaisés. Il n’est pas rare de voir ces derniers utiliser des termes comme “Diyarbakirspor” ou encore “le club de Diyarbakir”, utilisant le nom turc de la ville.
C’est donc dans ce climat d’oppression qu’Amedspor, attaché à la défense de l’identité kurde, scotche les supporters de tout le pays devant leurs écrans. Il attire aussi les fascistes qui remplissent les stades et viennent y scander leurs slogans “anti-terreur” envers le club. Le 24 août dernier, Amedspor a joué son tout premier match de Super Lig, à l’extérieur, sur le terrain de Kocaelispor. Et ce match annonce déjà la couleur des déplacements futurs.
Près de 1 500 supporters d’Amed ont fait le déplacement, et plus de 20 000 personnes occupaient les gradins de l’équipe vert et noir. À noter que 24h avant le match, la billetterie a été ouverte au grand public et, sans surprise, des milliers de nationalistes d’autres clubs se sont rués dessus pour venir montrer leur intolérance et leur hostilité envers le club kurde. On pouvait ainsi apercevoir des maillots et des écharpes de d’autres clubs parmi les supporters à domicile.
“Diren Diyarbakir”
Amedspor s’est incliné 2 buts à 0, mais après le match les médias ont plus parlé des tribunes que du match. Dès l’instant où les premiers supporters Amedî ont commencé à remplir le parcage, des sifflets et des chants anti-PKK ont commencé à se faire entendre parmi les supporters de Kocaeli. De nombreux drapeaux turcs étaient brandis en direction du parcage, tandis que certains supporters effectuaient le salut des “Loups gris”, un geste associé à l’ultranationalisme turc.
Ce n’était que le début car ce qui a suivi derrière était bien pires et inédit. Dès la première seconde de jeu, certains supporters de l’équipe à domicile ont commencé brandir des “sacs jaunes”. Une référence évidentes aux sacs mortuaires utilisés par l’armée turc pour transporter les corps des combattants du PKK. Les supporters d’Amedspor en ont déjà vu de toutes les couleurs avec les fascistes des clubs rivaux, mais c’est la première fois qu’on les menaçaient directement de mort comme ça. Suite à ça, la justice turque a mis en garde à vue cinq supporters de Kocaeli.
La scène a suscité de nombreuses réactions d’indignation chez les Kurdes. De leurs côtés, les supporters de diverses équipes turques ont partagé les images avec fierté, ajoutant leur intention de faire, au minimum, la même chose lorsqu’ils affronteront Amedspor. Les supporters de l’équipe kurde, et notamment le groupe antifa Barikat, ont répondu à ses provocations par des slogans pro-kurdes. Comme très souvent le chant “Diren Diyarbakir” (“Résiste Amed”) a été scandé dans le parcage.
Ce premier déplacement d’Amedspor est annonciateur des prochains. Face aux supporters adverses qui sont littéralement en compétition les uns avec les autres pour savoir qui sera le plus hostile, le premier club kurde en Super Lig depuis 16 ans aura la lourde tâche de représenter tout un peuple qui le voit comme leur Barça à eux.

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