Dans un contexte très compliqué pour leur club, les Ultramarines Bordeaux (UB87) ont publié un communiqué où ils réclament le départ de Gérard Lopez. Ils l’appellent à “partir loin des Girondins de Bordeaux”. Le message est clair et net, sauf qu’il arrive cinq ans trop tard.
Le groupe ne pouvait ne pas s’exprimer. Mais ce qui est en train de se passer aux Girondins avec la rétrogradation administrative au niveau régional, et la possible liquidation judiciaire, est aussi l’échec criant de leur ligne. Après avoir longtemps validé les manœuvres de Gérard Lopez, présentées comme l’unique chance du club d’éviter la banqueroute, les UB87 parlent à présent de “repartir sur des bases saines”.
La dernière réunion du comité exécutif (le “comex”) de la FFF ayant maintenu l’exclusion des Girondins de Bordeaux des divisions nationales, l’avenir immédiat du club s’est fortement assombri. La société Park Bench, qui avait conditionné son apport financier à un maintien en National 1, a annoncé son retrait dans la foulée. L’opération de rachat du club par le fonds britannique Sparta Capital est caduque.
Gérard Lopez reste donc à la tête du club et les UB87 n’ont pas attendu le verdict du tribunal de commerce pour “tourner la page Gérard Lopez”. Si souvent accusé de connivence avec l’homme d’affaire, le groupe écrit noir sur blanc qu’il “doit définitivement partir loin des Girondins de Bordeaux et cesser toute volonté d’emprise sur notre club: les Girondins ne peuvent plus lui appartenir.”
Il était temps! Mais, pour qui a suivi les déboires du club bordelais ces dernières saisons, cet éclair de lucidité intervient beaucoup trop tard. D’autant que le communiqué en question ne comporte aucun mea culpa, ni aucune auto-critique. Pire, il feint de faire comme si la profonde fracture au sein de la communauté girondine n’existait pas. Une fracture à laquelle l’attitude du Virage Sud est pourtant loin d’être étrangère.
Les interventions dithyrambiques de Florian Brunet, figure des UB87 et du Virage Sud, ont fixé le cap pro-Lopez pris par la tribune à son arrivée. “Il nous a tous hypnotisé”, déclarait-il dans So Foot. Devant l’évidence, les Ultramarines ont quand même fini, pour la forme, par formuler une critique avec une banderole en mai 2024: “GL: Mener le club au désastre chaque année pour le sauver ne fait pas de toi le messie”.
En appelant aujourd’hui à cesser de considérer le club “comme un simple actif financier”, le groupe déploie un argumentaire similaire à celui qu’il a rejeté, malgré les évidences, durant toutes les années Gérard Lopez. Groupe majeur et respecté de la scène ultra hexagonale, les UB87 ont inévitablement écorné leur image. Après avoir porté le fer contre GACP, King Street et Frédéric Longuépée, ils ont déroulé le tapis rouge à Lopez.
Dès 2023, le groupe ultra a pourtant été capable de réclamer – et de finir par obtenir – la tête du directeur sportif, Admar Lopes. Mais le propriétaire a toujours été épargné par les supporters, malgré son passif de fossoyeur de clubs sportifs. Ils ont contribué à entretenir le mythe du sauveur sur lequel l’affairiste hispano-luxembourgeois a basé sa gouvernance.
Le refrain en vogue “Gérard Lopez ou la mort” a rythmé ces années qui ont vu le club passer de la L1 à la N2. Pendant ce temps, les North Gate Bordeaux sont nés, en désaccord avec le “gentlemen’s agreement” entre Lopez et le Virage Sud. Cela a donné lieu à des affrontements, des plaintes, des sanctions et une guerre ouverte entre groupes, laissant des traces profondes dans les tribunes bordelaises.
La page ne sera pas si simple à tourner pour les UB87, dont la priorité absolue est “la survie des Girondins de Bordeaux.” Le groupe il s’agit désormais “de préserver le nom, l’histoire et le palmarès” du club. Il finit le communiqué en donnant rendez-vous pour le match de Coupe de France, le 12 septembre prochain à Saintes. Les UB87 l’affirment: sauver les Girondins est leur priorité. Reste à savoir qui pourra encore les croire.

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